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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

Retour de Randolph

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre XXII)



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Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


XXII
RETOUR DE RANDOLPH

Georges m’annonçait son retour pour le lendemain soir, et me recommandait de lui faire préparer un bon dîner à l’heure habituelle.

Le jour de son arrivée, vers deux heures, je fis seller mon cheval et partis me promener. Aidée de Rosa, j’avais mis une jolie amazone, et m’étais coiffée d’un grand feutre gris comme en portent les cow-boys, ce qui m’allait à ravir. Je rentrai ver cinq heures. Le groom m’attendait sur le perron, et m’annonça que son maître était arrivé depuis plus d’une demi-heure. Épouvantée, j’entrai en courant au salon.
- Oh ! Georges, lui dis-je, je suis vraiment peinée de ne pas avoir été là pour vous recevoir, mais je ne pouvais penser que vous arriveriez avant six heures.

Je croyais le trouver furieux, mais il était au contraire de bonne humeur. Il se leva, vint à moi, et répondit en m’embrassant :
- Cela importe peu, ma petite chérie, je suis seul fautif.

Je fus surprise de ces manières affectueuses auxquelles je n’étais pas accoutumée, manières presque tendres et qui contrastaient singulièrement avec l’humeur habituelle de mon amant.

Nous descendîmes à la salle à manger, et nous fîmes honneur au repas qui, d’ailleurs, était excellent.

Randolph me questionna sur la conduite des femmes ; je lui dis sans hésitation que je n’avais eu qu’à me louer d’elles durant son absence.

Après le dîner, une fois installés au salon, Randolph me fit part de ses craintes sur la situation présente. Les rapports entre Nord et Sud très tendu. Georges, naturellement, Sudiste convaincu, avait voué une haine invétérée à ses adversaires qu’il agonisait d’injures. J’étais Yankee, et, comme telle, j’espérais en mon âme sur l’entière victoire de mes compatriotes ; je me gardais cependant d’exprimer tout haut mon opinion ; Randolph, selon son habitude, m’eût violemment imposé silence.

Le lendemain, nous fîmes en buggy une longue promenade, qui nous conduisit jusqu’à l’habitation où j’avais vécu si heureuse avec Miss Dean.

Les souvenirs se pressaient en foule dans mon esprit.
- Oh ! partons, dis-je à Georges qui s’aperçut de mon émotion. Mais le cruel ne fit que rire bruyamment de ce qu’il appelait ma « sensiblerie mouillée », — mouillée ! parce que mon émotion se traduisait en larmes silencieuses ! — et nous reprîmes lentement le chemin de Woodlands.

Les jours succédaient aux jours, dans un morne désoeuvrement. La continuité du calme dans cette ruche monotone pesait lourdement sur mes esprits ; il me semblait que je souffrais de ma tranquillité. Depuis le retour de Randolph, tout allait pourtant pour le mieux et aucune femme n’avait encore eu ses jupons relevés — pour recevoir le fouet, s’entend, car — pour le reste… L’amour existe dans tous les pays.

Cette quiétude ne pouvait durer. Un petit accident arrivé dans la récolte — accident peu important, du reste, eut le don de mettre Randolph dans une violente colère.

J’étais dans la bibliothèque, étendue négligemment sur une chaise longue, chaussée d’espadrilles légères, Randolph entra brusquement, les yeux charges d’éclairs. Il mordillait rageusement sa moustache, et, ne trouvant personne sur qui passer la colère qui grondait sourdement en lui, il m’adressa violemment la parole.
- Drôlesse ! ! vous savez que ces espadrilles me déplaisent. Eh quoi ! avez-vous l’intention maintenant de vous affubler plus mal qu’une chienne d’esclave…
- Mais…
- Taisez-vous, ou je vous gifle.

Alors, un peu calmé, il m’annonça qu’il avait un rendez-vous très important avec un planteur des environs. Il appela Dinah qui accourut aussitôt, et lui commanda de faire seller son cheval, puis alla s’habiller.

Au bout d’une demi-heure, il rentrait, en costume de route. Le groom n’avait pas encore fait son apparition et Randolph se mit à arpenter rageusement la pièce en consultant sa montre à chaque minute. Il jurait de faire attacher et fouetter le groom jusqu’au sang, s’il manquait son rendez-vous et finalement sonna encore Dinah.
- Je parie que la garce a oublié de prévenir le groom, grommela-t-il entre ses dents.

Dinah parut, calme.
- Avez-vous commandé mon cheval ?

La femme se mit à trembler, affreusement pâle.
- No, massa, mo ka oublié.

Il bondit de fureur.
- C’est ainsi ; c’est bien, je vous réponds que cela ne vous arrivera plus.

Et bondissant sur la pauvre Dinah, il la renversa, d’un tour de main lui releva ses jupes, et commença à la frapper furieusement, s’excitant, tapant de plus en plus fort sur la chair qui frémissait sous le cruel contact de ses gros poings.

Enfin il la repoussa violemment, en jurant.
- Oh ! Georges, lui dis-je. Comment avez-voue pu battre cette fille ?

Il me regarda durement :
- Je vous serais reconnaissant de vous mêler de ce qui vous regarde. Je fais ce qu’il me plaît de mes esclaves.

Il s’animait en parlant.
- Dieu me damne, jura-t-il, jamais personne ne s’est permis semblable remarque, et j’ai bien envie de vous fouetter comme cette femme.

Il l’aurait fait. Mon sang se glaça dans mes veines.
- Je vous demande pardon, fis-je d’une voix étranglée… Je suis désolée que ma prière ait pu vous contrarier.
- C’est bien. Mais sachez que je déteste les observations.

Enfin, il quitta la salle. Je poussai un soupir de soulagement en le voyant disparaître dans l’avenue, au grand trot de son cheval.

La nouvelle de la punition de Dinah s’était vivement répandue par toute la maison. Comme elle était femme de charge, et obligé de rapporter à son maître toutes les fautes commises par ses gens, elle n’était pas très aimée des noirs.

Je fis venir Dinah auprès de moi. Je fus surprise de la trouver plus fraîche que jamais, ses cheveux bien en ordre sous un bonnet blanc, un tablier, un col et des manchettes très propres. Sa figure avait son habituelle expression de placidité mais ses yeux étaient un peu rouges.
- Je vous plains, ma pauvre Dinah, lui dis-je, votre maître vous a battus sévèrement.

Quoiqu’un peu surprise de la sympathie que je lui témoignais, elle parut néanmoins s’en montrer reconnaissante, et me remercia, en disant :
- Mo ka tini bocoup fouettée dans ma vie, mais mo jamais croire quo Massa baillé à mo fessée tan coin pitit fille. Mo l’a pas reçu chose comma ça depuis mo tini treize ans. Mo ha reçu deux fois la batte mais la main de Massa être quasi dure comme batte.

Dinah avait parlé sans émotion : elle ne trouvait pas étrange qu’une femme de son âge fut fouettée d’une manière aussi cruelle, et elle ne paraissait pas en garder rancune à son maître. Elle était son esclave : son corps était sa propriété : il était par conséquent libre de faire d’elle ce que bon lui semblait. Et l’état d’âme de Dinah était semblable à celui de tous les noirs, pauvres gens subissant de gaieté de cœur la pire des dégradations, résignés à souffrir comme des bêtes sous le bâton, sans aucune velléité de révolte.

Je m’habillai pour dîner et, en entrant dans la salle à manger, j’y trouvai Randolph déjà installé.

Il avait manqué son rendez-vous. Je m’attendais donc à le trouver de fort méchante humeur, mais, à ma grande surprise, il se montra fort doux et aimant, la nuit qui suivit surtout.

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : Nord contre Sud (Chapitre XXIII)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



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