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L’Ardente passion

Rudes cinglades et meurtrissures

Roman érotique (Chapitre IV)



Auteur :

Mots-clés :

Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.


IV

Louis s’était réfugié dans la bibliothèque et angoissé, il attendait. Au cadran du cartel pendu au mur, des aiguilles avançaient avec lenteur. Quoiqu’il eut un livre devant lui, il ne lisait pas. Le cœur étreint, il écoutait les bruits de la maison, persuadé toujours d’entendre le piétinement sourd de la gouvernante.

Minuit sonna et celle-ci ne vint pas ; alors, n’en pouvant plus, il se leva, certain qu’elle s’était endormie, sans remarquer qu’il veillait. Ce fut avec une sensation lancinante qu’il gagna sa chambre pour se coucher et pourtant il n’osait s’avouer qu’il avait longuement espéré la venue de la jeune femme pour qu’elle le brutalisât.

Marthe cependant ne dormait ; derrière sa porte, elle écoutait également. Dans sa main frémissante, tremblait une badine. Elle aurait voulu courir, descendre, saisir l’adolescent pour le corriger sévèrement. Elle n’osa pas, craignant de démêler le sentiment obscur qui la poussait à cette cruauté.

Quand elle l’entendit, un soupir de soulagement dilata sa poitrine et elle s’en fut se coucher, avançant vers le lit d’une démarche titubante.

Le lendemain, elle évita peureusement la rencontre du jeune homme et celui-ci avec ténacité tranquille, la cherchait. Ils se butèrent l’un à l’autre, dans le jardin et les yeux baissés, se tendirent la main.
- Vous avez veillé hier soir… vous savez que je vous l’ai défendu…

Il hésita à répondre, puis mentit, ardemment, certain qu’elle savait :
- Non… Je me suis couché à dix heures.

Elle s’arrêta et le scruta ; le geste fut involontaire, elle leva la main et le souffleta. Sous la violence du coup, il chancela, mais ne récrimina point, se contentant de porter ses paumes à ses joues en feu.

À pas hâtifs, elle s’éloigna, le laissant là, pantois, indécis. De loin, il la suivit, timidement, admirant inconsciemment, l’ondulement harmonieux de sa taille souple. Arrivée au perron, elle se retourna et le vit, confus, penaud.

Elle frissonna, une flamme, brilla dans ses yeux, ses lèvres se crispèrent. Apeurée par l’idée qui venait de traverser son cerveau, elle se sauva, courant s’enfermer dans le boudoir. Il la suivit encore et s’accota douloureusement à la porte, essayant d’entendre ce qui se passait de l’autre côté de cette mince barricade. Longtemps, il resta là dans cette même posture et l’huis s’ouvrant brusquement, il faillit tomber.

Marthe parut devant lui ; elle était blême, ses grands yeux noirs, agrandis encore d’une langueur maladive. Elle le considéra, mais n’eut pas de colère, toute l’énergie momentanément brisée.

Après le déjeuner, ils se retrouvèrent au salon, puis chacun s’en alla à ses occupations habituelles. Pourtant tous deux attendaient Berthe ; avec une égale impatience, ils espéraient sa venue.

À cinq heures, elle n’était pas là et dès lors ils furent certains qu’elle évitait de les voir. Marthe éprouvait comme une vague crainte que la jeune fille eut tout révélé à sa mère. À la réflexion, elle comprit que c’était uniquement l’embarras qui retenait la pauvrette.

Nerveuse, elle regagna le salon où déjà Louis, vautré dans un fauteuil, s’ennuyait. Ils prirent le chocolat, sur un étroit guéridon qui les séparait, leurs genoux se touchaient presque.

Exaspérée par son mutisme, son attitude inquiète, elle le cribla de reproches, pour des motifs futiles. Comprenant qu’elle allait frapper encore, elle s’éloigna, pour peu de temps cependant, incapable de rester loin de lui. Elle le retrouva allongé sur un canapé et avec des gestes brusques l’obligea à s’asseoir en une posture plus convenable.

À tout cela, il répondait par une indéfectible patience, se contentant seulement de regarder sa tournure, d’admirer la sveltesse de sa taille, la blancheur de ses mains longues. Quoiqu’elle le tourmentât, il demeura auprès d’elle, inlassablement, lui rendant mille services avec une promptitude joyeuse.

Cette bienveillance l’exaspérait, elle sentait qu’elle cachait le désir inconscient de l’adolescent pour la femme en général. Ce manque de précision dans le sentiment la secouait d’une jalousie mauvaise.

Quand après le dîner, il se sauva dans la bibliothèque, elle lui cria la voix tremblante :
- Ne veillez pas… sinon je vous corrigerai.

Il s’abattit dans un fauteuil et considéra la pendule. Deux longues heures s’écouleraient encore, avant que la jeune femme ne revint. Il essaya de lire, de s’intéresser à la traduction d’Hésiode. Toute occupation lui fut insupportable ; il regardait le cartel.

Dix heures sonnèrent ; il sursauta, livide, cette angoisse étreignant sa poitrine sous une cuirasse rigide.

Derrière lui, la porte s’ouvrit : Marthe était là, livide, en un ample peignoir décolleté, les pieds nus dans des babouches de cuir rouge.

Sans un mot, elle alla à lui, et il ne bougea pas, cloué au sol, les yeux rivés sur la badine qui tremblotait dans la menotte de la femme.

Il sentit une poigne solide qui le saisissait à l’épaule, le faisait virevolter légèrement. Puis le jonc, vigoureusement frappa sa croupe, lui meurtrissant odieusement.

Il eut un faible cri, mais une seconde cinglade suivit et il défaillit, les jambes flageolantes. Après cinq coups vifs, il tomba à genoux, avec plainte étouffée. Une souffrance atroce le pénétrait, brûlant sa chair jusqu’au plus profond de lui-même.

Il était à quatre pattes, se traînant sur le tapis ; à chaque fois qu’il tentait de se relever, un coup plus rude, aux cuisses, à la croupe, aux reins, le rejetait en avant avec un gémissement.

Pourtant il parvint à se remettre à genoux et de ses deux bras, enlaça les jambes du bourreau, tandis que son visage se cachait dans les plis du peignoir.
- Plus ! Plus ! Je ne le ferai plus, implorait-il.

Elle n’écoutait rien, tenant la chemise de sa main gauche crispée, elle la tirait très haut, afin de meurtrir davantage, d’atteindre les omoplates qui se violaçaient. Du genou, elle le repoussa et il roula en arrière, sur le dos, vaincu par la souffrance qui le tenaillait.

Un instant, elle le considéra, avec dans les yeux, un peu de pitié, puis elle s’enfuit, haletante, le cœur oppressé.

Dans sa chambre, elle s’enferma et roula sur son lit, où elle demeura, allongée, n’ayant pas eu le courage de retirer le peignoir qui flottait autour d’elle.

En bas, Louis péniblement s’était relevé ; il ne pleurait pas, un sourire très doux détendait ses traits. Quand il fut debout, il se frictionna vigoureusement sa chair meurtrie et il eut un geste d’orgueil :
- Je suis un homme, je peux bien supporter !

Sans bruit, il remonta à sa chambre, mais passant devant la porte de la gouvernante, il s’agenouilla et prêta l’oreille. Il n’entendit rien et s’éloigna, bouleversé par une inquiétude intime qu’il ne parvenait à définir.

Voir en ligne : Gouvernante à poigne, martinet et rire satanique (Chapitre V)

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Maurice de Vindas, L’Ardente passion, Éd. Librairie Franco-Anglaise, Paris, 1929.



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