Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Le Salon de l’érotisme > Passion sexuelle et folie érotique > Sade et son école

Navigation



Passion sexuelle et folie érotique

Sade et son école

Les Aberrations psychologiques (Chapitre XIV)



Mots-clés :

Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.


XIV
SADE ET SON ÉCOLE

On connaît la triste renommée du Marquis de Sade. Dans ses ouvrages, ce dévoyé offre non seulement la description de scènes révoltantes, mais encore une sorte de philosophie justificative des pires, des plus cruelles débauches.

Sade exhorte son lecteur à tirer plaisir de la douleur d’autrui. Il l’incite à torturer les êtres avec lesquels il assouvit son instinct sexuel. Et il décrit complaisamment d’horribles excès, d’ignobles cruautés qu’il s’attribue avec satisfaction comme s’il s’agissait d’actions héroïques.

Nous jugeons malsaines les descriptions de ce genre. Aussi bien n’en citerons-nous aucune. La psychologie du sadisme se passe d’ailleurs de tout exposé graveleux.

Selon notre directive, nous envisageons toujours le cas normal pour expliquer l’anormal. Et la première observation que nous puissions faire est celle de l’attrait exercé sur les hommes par la virginité. Dans cet attrait on peut discerner des éléments sentimentaux comme le contentement d’être aimé le premier, encore qu’il s’agisse d’une pure illusion dans nombre de cas. On peut, en effet, épouser une fille vierge et la déflorer alors qu’aucun élément spécifiquement amoureux ne l’a déterminée au mariage. La certitude d’épouser une intacte vertu flatte aussi, pratiquement, le candidat au mariage, quoique la virginité physique ne soit qu’une garantie très incertaine.

Mais, indéniablement, hormis tous les autres attraits de la vierge, il en est au moins un qui s’adresse nettement aux possibles dispositions sadiques de l’homme, à cet instinct de viol plus ou moins vif chez tous les mâles : c’est la défloration sanglante, meurtrissante, polluante, ménagée par la virginité.

Que la vue et l’ouïe de maint bourgeois, lors de l’approche nuptiale, aient été réjouis par le spectacle et les cris caractéristiques du stupre initial, nul ne le déniera.

Les sadiques avérés sont des êtres que le goût des voluptés mêlées de douleur et de sang possède constamment, exclusivement et non seulement à l’occasion d’une défloration éventuelle.

Le type du Don Juan, séducteur infatigable, immédiatement las d’une fille, dès l’assouvissement de son désir pour elle et toujours acharné à de nouvelles conquêtes est sadique au premier chef, mais d’un sadisme sans cruauté spéciale.

Le dévoiement commence avec le besoin de pimenter le coït par des brutalités depuis le simple pincement ou piqûre d’épingle jusqu’aux morsures profondes et aux plaies creusées avec une arme plus ou moins dangereuse. Actuellement, le sadisme meurtrier de l’infernal marquis reste exceptionnel. Mais si les cas extrêmes sont rares, il n’en est pas moins certain que les demi-sadiques sont légion. De multiples annonces insérées dans certains journaux par des maisons spéciales à l’usage des aberrants génésiques en font foi. Les unes indiquent en un langage conventionnel, que le client y trouvera des créatures subissant, pour une somme déterminée, les flagellations sanglantes. D’autres promettent la disposition de véritables salles de tortures.

Nous avons visité un établissement de ce genre. Dans un vaste caveau, on y voit une reconstitution très fidèle d’une chambre de torture moyenâgeuse. Il s’y trouve des croix et des chevalets pour attacher les victimes. Il s’y trouve aussi un personnel disposé à subir toute sorte de menues douleurs moyennant finance.

Il faut noter que dans ces mêmes établissements, on administre à qui veut les châtiments corporels les plus variés et que la clientèle de ceux qui cherchent ainsi la volupté dans leur propre souffrance est aussi nombreuse que l’autre.

Vis-à-vis du sadisme physique, il existe un sadisme moral que le triste marquis n’a eu garde de négliger. Dans l’Anti-Justine- [1] on le voit parler à une jeune fille qu’il a fait enlever et qu’il destine à ses coupables manœuvres. Bien loin de lui adresser d’amoureuses paroles, le marquis, dans un langage élégant et châtié, lui fait part de ses intentions et des conséquences de leur exécution.

Il évoque devant sa victime l’incapacité où elle se trouve de lui échapper. Il lui décrit ce qui doit se passer entre elle et lui. Il lui fait envisager les flétrissures physiques qui résulteront des abus qu’il commettra sur elle. Il termine en lui assurant qu’il ne la relâchera qu’après l’avoir rendue mère et séparée à jamais de son enfant. La malheureuse ne peut croire à pareille noirceur chez un aussi élégant cavalier, s’exprimant avec mesure dans des termes choisis. Elle l’adjure, au nom des sentiments les plus sacrés, de renoncer à ses desseins. Le misérable s’abandonne alors à l’hilarité.

Un autre jour, il lui développe ses théories : La femme n’est pour lui qu’un instrument de plaisir et il en tire une satisfaction d’autant plus vive qu’il la voit souffrir plus horriblement. Il est riche, puissant, honoré. L’impunité lui est assurée tandis que ses victimes n’ont rien à espérer du secours ou de la justice des hommes.

Cette sorte de torture morale constitue l’un des plus grands plaisirs du marquis : c’est le jeu du félin et de sa proie qu’il tient palpitante dans la terreur de ses griffes.

Que d’hommes sont inconsciemment — et même de propos délibéré des tortionnaires moraux, à la manière de Sade !

Nous avons connu un individu — par ailleurs irréprochable — auquel sa femme inspirait le plus violent désir quand elle pleurait. Aussi s’ingéniait-il à la tourmenter jusqu’à ce qu’elle éclatât en sanglot. Il s’attachait alors à prolonger la crise jusqu’à ce que sa propre excitation génésique atteigne le paroxysme et renversant alors à l’improviste la malheureuse, il la possédait avec une violence voisine de la fureur.

Ici, comme ailleurs, les cas d’espèce sont extrêmement variés. Il suffit d’avoir compris le principe du sadisme pour s’apercevoir qu’il s’agit d’une manifestation génésique dont les formes légères sont fréquentes et les formes moyennes assez répandues.

Au fond, la sauvagerie primitive sommeille dans les instincts de l’homme moderne, contenue et engourdie par les mœurs civilisées. À de rares exceptions près, il suffit d’un concours de circonstances pour susciter la brute ancestrale tapie derrière le masque civilisé.

La vie coloniale et la guerre en ont fourni les preuves les plus indiscutables. Tel qui, sur le sol des cités européennes contenait ses mauvais désirs, les manifeste avec cynisme dès qu’il se trouve transplanté loin des terres civilisées, dans quelque domaine asiatique ou africain. L’exemple de l’administrateur colonial Toqué qui, par manière de jeu, faisait exploser des cartouches de dynamite préalablement enfoncées dans l’anus d’un nègre est certainement extrême, mais d’autres atrocités subsistent, d’équivalente inspiration.

Enfin l’orgueilleuse Germanie, le pays de la « Kultur », le flambeau de la civilisation, a donné la mesure sexuelle de ses élites durant l’invasion de 1914. Qu’il suffise de rappeler les viols systématiques des jeunes filles, sous les yeux de leurs parents, non seulement par de vulgaires feldgrau, mais en tout premier lieu par des officiers supérieurs, puis sous l’ordre de ceux-ci, par la moindre canaille.

Cruauté et débauche sont souvent sœurs jumelles...

Voir en ligne : Chapitre XV : Incubes et succubes

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS, d’après l’ouvrage sur l’érotisme du Docteur Gastyano, Passion sexuelle et folie érotique, New-Editions, Paris, 1929.

Notes

[1 Il faudrait sans doute lire Justine. L’auteur de l’Anti-Justine est Rétif de la Bretonne. [Note de Nathalie Quirion].



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris