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Les délices du fouet

Se perfectionner dans l’art de la flagellation

Roman érotique (chapitre 17)



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Mots-clés :

Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.


17

Le programme des études, pour la semaine qui commençait, comportait l’historique des cours souveraines d’Europe et des familles régnantes. Ce sujet me permit de me distinguer. J’étais très documenté sur la matière, j’en avais fait l’objet d’une conférence devant mes camarades de Rennes, surpris de l’étendue de mes connaissances héraldiques. J’avais apporté à Londres les notes qui m’avaient servi, et je profitai de l’occasion pour offrir de refaire ma conférence devant les professeurs et élèves du collège, ce qui ne devait pas manquer de me mettre en lumière. Ma proposition fut acceptée avec empressement et la conférence, enlevée par moi avec beaucoup de brio, eut un succès complet.

Ce petit triomphe me mit en bonne posture au collège et devait me valoir la note que j’ambitionnais pour confondre la moqueuse miss Bobby. Des frissons délicieux me secouaient, en pensant que j’avais conquis les ravissants petits pieds, dont je n’avais oublié ni la beauté ni l’exquise saveur.

Le courrier du jeudi matin m’apporta une nouvelle sensationnelle. Ma tante m’annonçait que mon conseil de famille avait décidé de m’émanciper. Les fortes dépenses occasionnées par mon séjour à Londres, trop lourdes pour le prélèvement fixé pour mon éducation, nécessitaient la libre disposition de ma fortune, dont la gérance serait confiée à deux membres du conseil de famille, appartenant à la finance. Je devais rester au collège pendant dix-huit mois encore, pour atteindre ma vingt et unième année et perfectionner mon éducation supérieure.

Le soir, je fus appelé chez le directeur, qui m’annonça la même nouvelle et m’informa que, pour fêter cet heureux événement, toutes les punitions de la semaine seraient levées et le déjeuner du lendemain, transformé en gala avec permission, pour chaque élève, d’inviter à ce festin deux membres de leur famille et des amis. Je devins ainsi, par un magique coup de baguette, l’homme du jour.

Le déjeuner de gala fut une véritable fête. Il y avait, sur la table, une profusion de fleurs et le menu était de tout premier ordre. Miss Bobby, invitée par moi, avait mis, pour la circonstance, une ravissante toilette qui l’habillait comme une petite fée.

Mais mon attention fut accaparée par une autre apparition féminine, qui me fascina dès le premier coup d’œil d’une façon extraordinaire. C’était miss Lilian Silly, exquise blonde de dix-huit ans, d’une angélique beauté, la sœur de mon excellent camarade Lord Philidor et la fille du marquis Silly, ancien Lord Chancelor du royaume. Dès que je l’aperçus, je ne vis plus qu’elle ; victimes d’une sorte de daltonisme du beau, mes yeux ne percevaient plus que cette idole rayonnante et irradiée. Cette petite chose vivante, pétrie de soleil, avec sa peau d’ambre et l’or pâle de ses cheveux, enveloppée d’étoffe liliale, me sembla renfermer toutes les séductions, toutes les grâces de la femme et toutes les ivresses de l’amour. Par un hasard providentiel, elle fut placée à côté de moi et fit un accueil aimable aux paroles d’adoration qui débordaient de mes lèvres. Ses yeux pleins d’une douce langueur et néanmoins pétillants de malice, me firent comprendre que je ne déplaisais pas : bientôt je me risquai aux câlineries des doigts et aux mots de caresse.

Après le repas, Lord Philidor, qui avait suivi d’un œil bienveillant notre manège, m’invita à sa maison paternelle, pour un prochain jour, afin de me présenter à ses parents. Je fus on ne peut plus heureux de l’aubaine, qui me permettait de revoir la liliale apparition.

Cette semaine, si fertile en agréments pour moi, devait se couronner par une apothéose. La fête de Vénus donnée par miss Fanny Foster, était fixée au samedi soir.

Je reçus une grande enveloppe renfermant ma carte d’entrée ; c’était un pur chef d’œuvre dessiné par le célèbre Alma Taddema. Au revers, il y avait une indication pour le costume : hommes et femmes vêtus d’une façon uniforme, sans autre chose sur le corps, qu’une tunique sans manches, tombant jusqu’aux genoux et serrés à la taille par une ceinture. L’échancrure du cou était facultative, à condition qu’elle ne descendît pas plus bas que la ceinture. Chacun pouvait choisir l’étoffe et les ornements à son idée ; ceux-ci pouvaient se composer de broderie ou de joaillerie. Aux pieds, des sandales. Les hommes, tête-nue ; les femmes avaient le droit de se parer de diadèmes et de couronnes. Par exemple, ce qui était strictement interdit, c’était le pantalon ou le caleçon ; celui ou celle qui se présenterait muni d’un « inexpressible », se verrait obligé non seulement de le déposer au vestiaire, mais encore de se rendre immédiatement dans un petit salon spécial, pour y être fouetté par une gouvernante sévère, qui s’y tiendrait en permanence à cet effet.

Ce costume, si suggestif, imposé par la fantasque Fanny, avait le double but de tenir les postérieurs commodément à la portée de ses verges, sans perte de temps pour le déshabillage, et de prêter à d’autres joies, au cas où la fête tournerait en orgie. Quant à la punition destinée aux personnes qui transgresseraient la défense du pantalon, c’était, sans aucun doute, une façon malicieuse d’offrir une bonne fessée aux amateurs, en guise d’apéritif.

L’heureux samedi arriva enfin. J’avais obtenu, ainsi que d’autres élèves invités à la fête, la permission de la nuit. À la distribution des notes, on m’avait remis le numéro 1, et ce fut un triomphe.

Je débouchai à la grille du féerique palais de Richmond, à cinq heures moins un quart ; la fête commençait à cinq heures. Mon cab me promena à travers le parc superbe, jusqu’au perron, où une nuée de domestiques, vêtus en esclaves grecs, recevaient les arrivants et organisaient le vestiaire. Dès l’entrée de la fantastique demeure, on était saisi par une atmosphère lourde de parfums aphrodisiaques, comme le souffle de Vénus vous enveloppant de ses effluves lascifs. Au vestiaire, deux jeunes filles, demi-nues sous des guirlandes de roses s’enroulant autour de leurs corps graciles, avaient pour mission de soulever les tuniques des invités, hommes ou femmes, pour s’assurer de l’absence du vêtement prohibé. Au fond du vestiaire, contre une porte ouverte, se tenait la gouvernante sévère, une longue verge à la main, guettant l’occasion d’entrer en fonctions. Elle avait le type de l’emploi, grande brune aux traits accusés, aux yeux durs, aux gestes hardis. Il émanait d’elle une fascination qui me fit presque regretter de ne pas avoir enfreint le règlement.

Je pénétrai, avec d’autres arrivants, dans la salle du banquet et demeurai ébloui du coup d’œil féerique qu’offrait l’immense pièce. On avait enlevé les cloisons et réuni le rez-de-chaussée presque en entier, pour créer un hall aux proportions grandioses. À l’endroit où se trouvait la terrasse fleurie, un immense rideau de velours cachait sans doute aux yeux la vue du temple de Vénus. Sur ce velours rouge frangé d’or, se détachait le trône de la maîtresse de maison, destiné à lui servir de siège pendant la durée du banquet.

Ce fut un grand remue-ménage pour se caser, chaque invité cherchant la place dont le numéro était indiqué sur sa carte d’invitation. Ces numéros étaient disposés de façon que les impairs étaient pour les hommes et les pairs pour les femmes, les deux sexes alternés et réunis en des mariages que la fantaisie de la maîtresse de maison avait décidés. J’avais le numéro trois, tout près du trône de miss Fanny qui, en tant que maîtresse de cérémonie, n’avait pas de numéro, et j’étais très fier du privilège. Le numéro quatre, à ma gauche, était resté vide, et j’attendais avec impatience la fée que ma capricieuse amie m’avait choisie comme partenaire, pour cette sensationnelle soirée.

Mon attention fut tout de suite captivée par le spectacle curieux de la salle éblouissante de clarté. Une profusion de gerbes électriques se reflétaient dans les glaces et allumaient les ors des murs et du plafond. Une foule bariolée se pressait et se bousculait : les femmes s’étaient livrées, en dépit de l’uniformité prescrite, à toutes les fantaisies inspirées par la coquetterie et le désir d’attirer les regards. Sur nombre d’elles, la simple tunique s’était transformée en un ruissellement de pierreries et un chatoiement d’étoffes précieuses, de soie, de velours et de brocards lamés d’or. Bientôt, un formidable bourdonnement du gong annonçait le commencement de la fête et tous les invités gagnaient leurs places.
La prêtresse de Vénus, la divine Fanny Foster, fit alors son entrée, précédée de vingt jeunes esclaves effeuillant des roses, et de joueuses de flûtes et d’archiluths, dont les instruments égrenaient les notes entraînantes et grisantes d’un hymne grec. Dans ce sillage de pétales et d’harmonie, la prêtresse parut, casquée d’or et mitrée de perles. Pareille à une idole, elle s’avançait, lente et souriante, entourée de douze esclaves portant, en guise de flabellums, des faisceaux de verges ornés de nœuds de rubans.

Son apparition fit éclater un enthousiasme délirant ; toute l’assistance était debout, applaudissant et criant « hurrah ! ». La prêtresse se blottit dans les fleurs de son trône ; une gerbe de roses servit d’appui à ses pieds délicats.

Je la contemplais avec une admiration fervente, quand, tout à coup, je me sentis tiré par le bras, et une voix fraîche me fit me retourner :
- Eh bien, Charley, vous ne m’aidez pas à m’installer ?

Je crus défaillir de bonheur en apercevant l’adorable Lilian, la marquisette Silly, idéalement blanche, dans une tunique de satin argentin, ornée de perles. Ma joie fut si grande de la sentir à mes côtés, blottie contre moi, dans la demi-nudité de son costume, que je demeurai muet d’émotion.
- Eh bien, Charley, recommença-t-elle, vous me me dites pas que vous êtes content de m’avoir pour compagne. N’est-ce pas une surprise agréable pour vous ?
- Cette surprise est pour moi un si grand bonheur, que je n’ose en croire mes yeux. Jamais je n’aurais pu supposer que vous puissiez assister à cette fête, où les mamans n’amènent pas leurs filles.
- Chut ! taisez-vous, dit-elle. Ce que vous dites là est très vilain.

Je suis venue pour être auprès de vous et pour me perfectionner dans l’art de la flagellation.

Je n’en revenais pas. Comment, cette colombe blanche était une adepte de notre mystique passion ? J’allais l’interroger ; mais un tremblement gong annonça le premier service, et une nuée d’esclaves apportèrent des plats montés avec art, composés d’une grande quantité de poissons, de langoustes, de crabes et de coquillages et ce fut aussitôt le silence, suivi d’un grand bruit de fourchettes. Les esclaves servaient encore, lorsque parurent vingt jeunes filles de même taille, à chevelure d’or, presque nues, en des robes bruissantes, formées de fils d’or alourdis de cabochons. Elles supportaient des amphores contenant du vin de Chios, couleur de topaze, où semblait enfermé un rayon du soleil de l’Archipel, et qu’elles versaient dans le gobelet d’or placé devant chaque invité.

Dans l’espace vide du milieu, surgirent quatre musiciennes, jeunes filles frêles, en robes de soie orfèvrée et fleurie ; leurs doigts agiles tourmentaient les cordes de harpes et de théorbes.

Voir en ligne : La fête de Vénus (chapitre 18)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.



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