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Nouvelle érotique

Souvent femme varie

Irène : le charme froid d’une héroïne hitchcockienne

par Jacques Lucchesi

Jacques Lucchesi, « Souvent femme varie », Nouvelle érotique, Paris, juillet 2011.


Souvent femme varie

Quand je croisai Irène pour la première fois, j’avais 35 ans et déjà pas mal de rêves déçus. Blonde, fine, longiligne (quoique pas très grande), elle avait le charme un peu froid d’une héroïne hitchcockienne : la suite des choses allait confirmer cette première intuition. Irène occupait alors un petit emploi dans une galerie d’art au sein d’un lycée marseillais ; une expérience pédagogique que je suivais depuis quelques mois, tant par intérêt personnel que professionnel. Hormis les soirs de vernissage, il n’y venait presque personne et, pour tromper son ennui, elle fumait cigarette sur cigarette. J’étais donc le seul visiteur en ce froid vendredi de janvier, ce qui facilita le contact entre nous. La conversation roula sur différent sujets, depuis la qualité des œuvres exposées jusqu’à la personnalité (controversée) de l’enseignante qui était à l’origine de cette initiative. Irène avait un esprit vif mais inclinait au pessimisme ; ses propos étaient tour à tour drôles et tranchés. Autant de caractéristiques qui me la rendaient sympathique et attrayante, même si quelque chose en elle – une sourde nervosité ? – me retenait de lui faire une cour empressée. Pendant quelques semaines, notre relation balbutia, se nourrissant surtout d’apartés téléphoniques tardifs. Jusqu’à ce qu’un nouveau vernissage nous donnât l’occasion de filer à l’anglaise et d’aller prendre un verre dans un bar près du port. Un mistral encore glacial soufflait sur les voiles et les vélums, décomposant cruellement l’architecture de nos coiffures. Sous l’angle du calendrier le printemps venait d’arriver, mais c’était toujours l’hiver au regard de la météo. Néanmoins, la complicité grandissait entre nous et nous décidâmes de nous retrouver le lendemain, devant les escaliers du palais Longchamp.

J’arrivai au lieu-dit de notre rendez-vous vers 15 heures. Un pâle samedi où le soleil semblait s’être endormi dans les nuages. Irène m’y attendait déjà, mais un peu plus haut, près de l’entrée du musée d’histoire naturelle. D’en bas, je remarquai surtout sa tête blonde tournée vers le ciel, comme attirée par les volutes de sa cigarette. Mais lorsque j’eus gravi les quelques escaliers qui me séparaient d’elle, je constatai vite qu’elle ne portait, sous le blouson de cuir passé autour de ses épaules, qu’une mince robe de mousseline brune, une longue robe moulante et diaphane qui ne cachait rien de ses jolis seins (libres de toute armature) et de ses hanches :
- Tu n’as pas froid aussi légèrement vêtue ?
- Non. Pas du tout. Alors, que faisons-nous ?

Contenant mon léger trouble, je l’invitai tout d’abord à aller visiter les collections du musée, ce qui ne pouvait qu’exciter sa curiosité intellectuelle. Et une excitation en appelant une autre… Dans la grande salle pleine d’animaux taxidermisés où nous déambulions maintenant, il faisait bon et Irène avait, bien sûr, ôté son blouson. Tous les regards des gardiens et des visiteurs se portaient spontanément sur sa silhouette impudique, mais elle ne semblait pas s’en soucier, se déplaçant avec une nonchalance de princesse. Moi-même, je ne pouvais pas complètement l’ignorer lorsque je me penchai avec elle sur une table-vitrine pour admirer une aile ocellée de papillon ou un scarabée aux reflets de calcédoine. Parfois, elle pouffait comme une enfant devant le rictus de tel ou tel singe figé dans son mouvement. Cette visite studieuse n’était qu’un prétexte, nous le savions bien :
- J’habite derrière le jardin, au début des Chutes-Lavie. Je vis avec ma mère, mais elle n’est pas là aujourd’hui. Tu veux venir prendre un café ?
- Bonne idée. Je n’osais pas te le proposer.

Dehors, l’air était toujours aussi vif et je couvris aussitôt de son blouson ses épaules délicates. Nous ne marchâmes pas longtemps pour arriver enfin chez elle. Tension légère à l’idée de pénétrer dans un nouvel intérieur de femme. L’appartement que je découvris était propre et sobrement meublé, même si une odeur persistante de tabac froid me saisît à la gorge sitôt entré. Irène mit un peu de café à chauffer sur la gazinière tandis que je laissais aller mon regard sur les objets et sur les murs :
- C’est ma mère sur la photo.
- On ne peut pas dire que vous vous ressembliez beaucoup.
- C’est vrai. Elle est plus équilibrée que moi.
- Mais moins jolie, aussi.

Ce disant, je posais une main sur son épaule. Mais cette première et légère caresse n’emporta pas son adhésion :
- Qu’est-ce qu’il y a ? Tu n’aimes pas que je te touche ?
- Ce n’est pas ça, mais…
- Tu sais, ta robe et ce qu’elle me montre ne me laissent pas insensible.

Soudain le ton de sa voix monta sensiblement :
- Toi aussi tu ne penses qu’à ça. Comme tous les hommes quand ils sont avec moi. Je pensais que tu étais différent, mais tu es bien comme tous les autres.
- Pourquoi t’énerves-tu ? Tout ça est parfaitement naturel.
- Naturel. Eh bien viens, puisque c’est ce tu veux…

Et, me tirant par le bras, elle m’entraina prestement dans sa chambre. Là, en un tournemain, elle fit glisser sa robe puis son slip et s’allongea, blanche et raide comme un cadavre, sur le lit. Ébahi, je la regardai sans rien dire :
- Allez viens. Viens me baiser puisque tu en meurs d’envie.
- Non. Tu te trompes. Ce n’est pas ce que je veux. En tous les cas, pas comme ça. Tu peux te rhabiller. Je n’en ai plus envie.

Et, retenant ma colère, je sortis de sa chambre. Presqu’aussitôt, Irène me rejoignit dans le plus simple appareil :
- Attends. Tu ne vas pas partir comme ça. Je ne voulais pas te vexer. Comprend-moi : on a tellement cherché à profiter de moi.
- Ce n’est pas une raison pour me faire ce cinéma.

Je scrutai les yeux d’Irène maintenant accrochée à moi. Ses traits fins, que la colère avait soudainement assombris, avaient encore changé en quelques secondes, affichant à présent une douceur implorante de fillette :
- Reste avec moi, je t’en prie.

Je la serrai contre moi, hésitant à l’embrasser, ne sachant trop comment répondre à cette volte-face :
- Viens. Déshabille-toi aussi. Et allons nous allonger.

Comment ne pas céder à sa demande ? Après tout, c’est ce que j’avais désiré. Mes derniers vêtements ôtés, je la rejoignis sous les draps, caressant, embrassant ses petits seins, passant ma main sur sa toison puis sur sa fente. Souplement, elle changea de position, à la recherche de mon membre qu’elle prît aussitôt dans sa bouche :
- Attends. Je vais chercher un préservatif dans ma veste.

Irène sourît de ce petit contretemps :
- Dès fois qu’on ferait des bébés ensemble.



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