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Nouvelle érotique

Taxi-girl

Magda, taxi-girl, tous les soirs de 22h à 3h, sous les remparts d’Avignon

par Jacques Lucchesi

Jacques Lucchesi, « Taxi-girl », Nouvelle érotique, Paris, Juin 2011.


Taxi-girl

 
« Mais où les ai-je donc laissées ? Ce n’est quand même pas au théâtre… » Guy avait beau fouiller ses poches, remuer de fond en comble sa serviette, il devait bien, à présent, admettre qu’il avait égaré ses lunettes. Pour un journaliste, il n’est pas bon, quand on est myope, de se retrouver à la nuit tombée dans une telle situation. Même dans une ville aussi festive et agréable qu’Avignon durant le mois de juillet.

De dépit il choisit, plutôt que de rentrer directement à son hôtel, d’allumer une cigarette et de se balader un peu sur le cours de la République, entre les lueurs floutées des bars-restaurants qui ne désemplissaient pas et les phares d’automobiles. Il dériva ainsi une vingtaine de minutes, jusqu’à ce qu’il arrivât près des remparts de la vieille ville. Là, il discerna quelques voitures à l’arrêt, sans doute des taxis puisqu’ils avaient leurs feux de code allumés. Pourquoi ne pas en prendre un ? Il commençait à être fatigué et, vu qu’il était en mission, il mettrait le prix de la course sur sa note de frais :

« Taxi, taxi. Vous êtes libre ? »

« Oui monsieur. »

Le chauffeur était en fait une chauffeuse, une blonde aux cheveux frisés qui exposait complaisamment ses belles jambes par la portière entr’ouverte de sa Volvo. Mais Guy, privé de ses lunettes, n’avait pas remarqué ce détail généralement apprécié des noctambules et s’était porté à l’arrière de la voiture.

« Si vous montiez plutôt devant, cher monsieur. Reprit-elle d’une voix mélodieuse. Vous serez mieux pour me guider. »

« Pourquoi pas ? Alors conduisez-moi place de l’Horloge. J’ai mon hôtel là-bas et je trouverai bien, dans mes bagages, des lunettes de rechange. »

Il s’installa sur le siège avant, toujours insensible à ses cuisses charnues et dorées qui émergeaient de sa courte robe blanche. D’autres s’en seraient offusquées mais pas elle. Quel drôle de client et quel accent parisien ! Mais sympathique et distingué, de quoi poursuivre ce petit jeu. La Volvo démarra doucement :

« Ainsi vous avez perdu vos lunettes ? »

« Ne m’en parlez-pas. C’est pour me calmer que j’ai marché jusqu’ici. »

« Et vous êtes de passage à Avignon ? »

« Oui, je suis journaliste et je chronique le festival de théâtre pour Le Matin »

« Journaliste. C’est bien, ça. Je n’ai pas eu souvent de clients journalistes. Au fait, je m’appelle Magda. Et vous ? »

« Moi c’est Guy. Dites, Magda, vous êtes sûre d’aller dans la bonne direction ? »

« Laissez-moi faire et détendez-vous. »

La voiture roulait maintenant près des allées de l’Oule, désertes à cette heure-ci. C’est alors qu’elle s’engagea derrière une haie de platanes avant de stopper doucement :

« Mais mon hôtel n’est pas là. Protesta Guy. Où m’avez-vous donc emmené ? »

« Je sais bien. Répliqua Magda avec malice. Mais je suis, cher monsieur, un taxi un peu spécial. J’offre un petit plus à mes clients. »

Elle extirpa le bout de ses seins de sa robe décolletée :

« Touche ça comme c’est doux. Il n’y a pas besoin de lunettes pour trouver le chemin. »

Elle porta une main à sa braguette et constata que le myope n’était pas tout à fait insensible à ses charmes.

« Allez, relaxe-toi. Tu seras bientôt rendu. »

« D’accord, je me rends. »

Et, avec dextérité, elle dégrafa un par un les boutons de son pantalon puis plongea sa bouche sur le cyclope frémissant du journaliste. Une plume professionnelle qu’il convenait de tailler à petits coups de langue, avec un égal savoir-faire à ce faiseur appliqué de chroniques, pour en faire jaillir cette fois la suave et subtile encre blanche.

Lorsque dix minutes plus tard, elle déposa Guy sur la place de l’Horloge, il était encore sous le coup de l’émotion. Vraiment Magda avait le don de la langue universelle :

« Voilà, cher monsieur. Ça fait donc 300 francs. 100 pour le transport et 200 pour le petit supplément. »

« Des transports comme ça, j’en voudrais plus souvent. Voici votre argent, chère Magda. Au fait, pouvez-vous me laissez votre carte ? Afin que je justifie cette dépense auprès de mon journal. »

« La voici. Et n’oubliez pas de passer me voir lorsque vous reviendrez à Avignon. »

« Je n’y manquerai pas. Bonne route. »

De retour dans sa chambre, Guy trouva assez vite sa seconde paire de lunettes. Elles étaient moins confortables que les premières mais ça irait jusqu’à la fin de la semaine. Il sortit de sa poche la carte que lui avait remise Magda pour l’examiner dans le détail. Entre les deux vénus dénudées dont l’image ornait les bords supérieurs, on pouvait lire verticalement :
 

Magda, taxi-girl, vous attend tous les soirs sauf le dimanche, de 22h à 3h, sous les remparts d’Avignon. Portable : 06 09 84 12 69

Il pensa alors à la crise que traversait la presse quotidienne française. Non, il ne lui serait peut-être pas si facile de faire accepter ce petit extra par le service de comptabilité.



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