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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

Tentative infructueuse

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre V)



Auteur :

Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


V
TENTATIVE INFRUCTUEUSE

Peu à peu, sans m’expliquer pourquoi, je me pris à avoir un peu plus d’affection pour Randolph, et soit que je m’habituasse à ses manières, soit que je lui fusse reconnaissante de n’avoir jamais porté sur moi le dédaigneux jugement qu’il portait sur les femmes en général, je sentais qu’une détente se produisait en mon cœur. Je lui savais gré de sa politesse et de sa galanterie pleine de réserve dont il usait à mon égard. Il me prêtait des livres, des poésies que je dissimulais pour que Miss Dean ne les vit pas, et souvent, étendus sur la mousse, il me lisait d’une voix qu’il savait rendre harmonieuse des passages de Byron ou de Shelley.

Une après-midi, par une chaleur torride, nous étions installés dans notre coin favori à l’ombre des arbres, au bord de l’eau. Il me lisait un poème d’amour avec une voix chaude et si vibrante qu’à chacun des vers passionnés, je sentais des flammes me monter au visage, et, dans ma poitrine, mon coeur battre avec violence.

Une douce langueur me pénétrait toute, et je fermais les yeux comme si j’eusse voulu prolonger par le sommeil le doux rêve que je rêvais.

Il cessa de lire. Tout était calme.

Un oiseau moqueur s’envola en poussant un cri strident ; j’éprouvais un bien-être indicible.

Je sentis soudain son bras se glisser autour de ma taille, et ses lèvres se poser sur les miennes : un frisson me parcourut toute, mais je ne fis aucun mouvement pour me dérober. Le baiser figé sur mes lèvres semblait m’avoir hypnotisée.

Me pressant tendrement contre lui, il couvrit mon visage et mon cou de baisers, murmurant qu’il m’aimait, et me donnant les plus doux noms.

Ah ! s’entendre dire : « Je vous aime ! » comme ces mots sonnent agréablement à l’oreille d’une femme quand elle les entend pour la première fois.

Combien sommes-nous qui résistons au fluide enchanteur qui nous pénètre ?

Cette longue chanson d’amour qu’est notre vie, nous voudrions toujours la vivre, y revenir sans cesse, même quand elle nous a trompée.

Pauvres naïves que nous sommes ! Et combien Randolph avait raison de ne prendre nul ménagement à l’égard de la naïve jeune fille qui se livrait tout entière, imprudemment, presque inconsciemment ; elle ne voyait pas, la pauvre créature, dans l’illusion d’un rêve doré, surgir le mensonge et le désenchantement.

La réalité brutale n’apparaissait pas encore au bord du précipice où sombre la vertu.

Cependant mon immobilité l’enhardit. Je sentis sa main glisser lentement sous mes jupes.

Le charme était rompu ! Je frémis sous l’attouchement infâme de cet homme, et essayai de me dresser pour m’enfuir. Vains efforts ! Il m’avait saisie rudement et me maintenait couchée sur le sol malgré mes prières, malgré mes larmes.

Je tentai un suprême effort. Peine perdue, il se jeta sur moi, me renversa et, hagard, une lueur de folie immonde éclairant ses yeux sombres, il arrachait mes vêtements. Cependant je résistais de toutes mes forces ; j’essayais mes dents sur sa face et mes ongles sur ses yeux. J’étouffais sous le poids de son corps et sentais mes forces décroître. Mais j’étais vigoureuse, et je combattis vaillamment pour la défense de ma virginité. J’appelais à l’aide en poussant en même temps de grands cris que sa main étouffait. La lutte fut longue ; mes membres étaient brisés et comme il continuait à peser de tout son poids sur ma poitrine, je râlais épuisée, haletante, à bout de souffle ; les yeux hagards, en proie à une indicible épouvante, j’étais envahie de dégoût et voyais venir l’instant fatal ou toute résistance serait vaine, lorsque soudain, craignant sans doute qu’attiré par mes cris quelqu’un ne survint, il lâcha prise et se releva. Je me redressai d’un bond, éperdue, sanglotant et sans voix ; je lui crachais au visage. Mes vêtements étaient déchirés et souillés, mes cheveux défaits inondaient mes épaules. J’allais m’enfuir, quand il me saisit par le bras, et me regardant dans les yeux, avec un sourire cruel de négrier, il me dit :
- Petite folle, pourquoi me résistes-tu ?
- Laissez-moi, misérable ! Comment osez-vous me regarder en face après votre action infâme. Vous êtes un lâche, monsieur Randolph ! J’informerai la justice et demanderai votre arrestation.

Il éclata de rire :
- Ma petite fille, dit-il d’un ton hautain et méprisant, vous vous trompez étrangement. Vous ne donnerez, aucune suite à votre projet de dénonciation quand vous aurez entendu ce que je vais vous dire.

Je fis un brusque mouvement pour dégager mon bras de son étreinte, mais il me serra plus fort, et continua :
- Toute lutte est inutile ; j’en ai fini avec vous pour aujourd’hui, et dans un moment vous serez libre ; mais auparavant écoutez-moi. Ne croyez pas que j’ignore ce que vous faites ici avec Miss Dean. Vous dirigez une station souterraine. Je m’en étais douté dès le premier jour, et je vous ai surveillées. Pour plusieurs raisons que vous devinerez sans peine, je ne vous ai pas dénoncées, mais vous êtes toutes deux en mon pouvoir, et s’il me plaît de vous envoyer en prison, je n’ai qu’un mot à dire. Comprenez-vous, maintenant !

J’étais épouvantée. Nous étions entièrement à la merci de cet homme ; terrifiée, je ne trouvais rien à lui répondre. Changeant de ton, il continua :
- Mais je n’ai nulle envie de vous dénoncer. Je veux continuer à être votre ami. Je vous aime, et tout à l’heure, quand je vous ai embrassée et que vous vous y êtes prêtée avec tant de complaisance, j’ai cru voir dans votre calme encourageant la défaite de votre vertu. J’ai été brutal, il est vrai ; je vous en demande sincèrement pardon. Mais je veux que vous m’apparteniez. Laissez Miss Dean, et venez vivre avec moi ; vous aurez tout ce qu’une femme peut désirer ; je vous assurerai mille dollars par an, votre vie durant ; de plus, je vous jure de laisser Miss Dean continuer tranquillement son manège et de ne la troubler en quoi que ce soit.

Si j’avais pu prévoir l’avenir, j’aurais accepté cette offre, mais pleine de rage et de honte, je m’écriai :
- Non, misérable lâche, je ne quitterai pas Miss Dean, vous pouvez nous dénoncer si vous le voulez. Je préfère la prison à votre contact. Retirez-vous, partez, misérable ! Votre vue me devient odieuse !
- Très bien, mademoiselle Morton, qu’il soit fait selon vos désirs, mais il est à croire que, lors de notre prochaine rencontre, vous regretterez d’avoir repoussé mes offres.

Puis il pivota sur ses talons et me laissa seule.

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : Après la lutte (Chapitre VI)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



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