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Thérèse philosophe

Thérèse perd sa virginité

Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (5)



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Jean-Baptiste de Boyer Marquis d’Argens, Thérèse philosophe ou Mémoires pour servir à l’histoire du père Dirrag et de mademoiselle Éradice, Paris, 1748.


Pratique de l’abbé T***, dont il conseille l’usage aux hommes sensés

- Je le veux, répondit l’abbé. Mais, ma petite mère, tu sais ce qu’il me faut auparavant : je ne vaux rien quand je n’ai pas fait la besogne qui affecte le plus vivement mon imagination. Les autres idées ne sont pas nettes et se trouvent toujours absorbées, confondues par celle-ci. Je t’ai déjà dit que lorsqu’à Paris je m’occupais presque uniquement de la lecture et des sciences les plus abstraites, dès que je sentais l’aiguillon de la chair me tracasser, j’avais une petite fille ad hoc comme on a un pot de chambre pour pisser, à qui je faisais une ou deux fois la grosse besogne, dont il vous plaît de ne vouloir pas tâter de ma façon. Alors l’esprit tranquille, les idées nettes, je me remettais au travail. Et je soutiens que tout homme de lettres, tout homme de cabinet qui a un peu de tempérament doit user de ce remède, aussi nécessaire à la santé du corps qu’à celle de l’esprit. Je dis plus : je prétends que tout honnête homme qui connaît les devoirs de la société devrait en faire usage, afin de s’assurer de n’être point excité trop vivement à s’écarter de ces devoirs en débauchant la femme ou la fille de ses amis, ou de ses voisins.

Instructions pour les femmes, les filles et les hommes qui veulent se pousser sans danger à travers les écueils des plaisirs

« Présentement vous me demanderez peut-être, madame, continua l’abbé, comment doivent donc faire les femmes et les filles. Elles ont, dites-vous, leurs besoins comme les hommes, elles sont de même pâte, cependant elles ne peuvent pas se servir des mêmes ressources : le point d’honneur, la crainte d’un indiscret, d’un maladroit, d’un faiseur d’enfant, ne leur permet pas d’avoir recours au même remède que les hommes. D’ailleurs, ajouterez-vous, où en trouver de ces hommes tous prêts comme l’était votre petite fille ad hoc ? Eh bien madame, continua T***, que les femmes et les filles fassent comme Thérèse et vous. Si ce jeu ne leur plaît pas assez (comme en effet il ne plaît pas à toutes), qu’elles se servent de ces ingénieux instruments nommés godemichés : c’est une imitation assez naturelle de la réalité. Joignez à cela que l’on peut s’aider de l’imagination. Au bout du compte, je le répète, les hommes et les femmes ne doivent se procurer que les plaisirs qui ne peuvent pas troubler l’intérieur de la société établie. Les femmes ne doivent donc jouir que de ceux qui leur conviennent, eu égard aux devoirs que cet établissement leur impose. Vous aurez beau vous récrier à l’injustice, ce que vous regardez comme injustice particulière assure le bien général, que personne ne doit tenter d’enfreindre.
- Oh ! je vous tiens, Monsieur l’abbé, répliqua Madame C***, vous venez me dire présentement qu’il ne faut pas qu’une femme, qu’une fille, se laissent faire ce que vous savez par les hommes, ni qu’un honnête homme trouble l’intérêt public en cherchant à les séduire. Tandis que vous-même, monsieur le paillard, m’avez tourmentée cent fois pour me mettre dans ce cas, et qu’il n’y a pas longtemps que ce serait une besogne faite sans la crainte insurmontable que j’ai toujours eue de devenir grosse. Vous n’avez donc pas craint, pour satisfaire votre plaisir particulier, d’agir contre l’intérêt général que vous prônez si fort.
- Bon ! nous y voilà encore ! reprit l’abbé. Tu recommences donc toujours la même chanson, ma petite mère ? Ne t’ai-je pas dit qu’en agissant avec de certaines précautions on ne risque point cet inconvénient ? N’es-tu pas convenue avec moi que les femmes n’ont que trois choses à redouter : la peur du diable, la réputation et la grossesse ? Tu es très apaisée, je pense, sur le premier article. Je ne crois pas que tu craignes de ma part l’indiscrétion ni l’imprudence qui, seules, peuvent tenir ta réputation. Enfin on ne devient mère que par l’étourderie de son amant. Or, je t’ai déjà démontré plus d’une fois, par l’explication du mécanisme de la fabrique des hommes, que rien n’était plus facile à éviter. Répétons donc encore ce que nous avons dit à ce sujet. L’amant, par la réflexion ou par la vue de sa maîtresse, se trouve dans l’état qui est nécessaire à l’acte de la génération : le sang, les esprits, le nerf érecteur, ont enflé et roidi son dard. Tous deux d’accord, ils se mènent en posture, la flèche de l’amant est poussée dans le carquois de sa maîtresse, les semences se préparent par le frottement réciproque des parties. L’excès du plaisir les transporte, déjà l’élixir divin est prêt à couler. Alors l’amant sage, maître de ses passions, retire l’oiseau de son nid, et sa main, ou celle de sa maîtresse, achève par quelques légers mouvements de provoquer l’éjaculation au-dehors. Point d’enfant à craindre dans ce cas. L’amant étourdi et brutal pousse au contraire jusqu’au fond du vagin, il y répand sa semence, elle pénètre dans la matrice et, de là, dans ses trompes, où se forme la génération.

« Voilà, madame, continua Monsieur T***, puisque vous avez voulu que je le répétasse encore, quel est le mécanisme des plaisirs de l’amour. Me connaissant tel que je suis, pouvez-vous me croire du nombre de ces derniers imprudents ? Non, ma chère amie, j’ai fait cent fois l’expérience du contrée. Laisse-moi, je te conjure, la renouveler aujourd’hui avec toi. Regardez dans quel état de triomphe est mon drôle… Tu le tiens, oui, serre-le bien dans ta main, tu vois qu’il demande grâce, et je…

Madame C*** procure des plaisirs désintéressés à Monsieur l’abbé T***

- Non pas, s’il vous plaît mon cher abbé, répliqua à l’instant Madame C***, il n’en fera rien je vous jure. Tout ce que vous m’avez dit ne peut me tranquilliser sur mes craintes, et je vous procurerais un plaisir que je ne pourrais pas goûter, cela n’est pas juste. Laissez-moi donc faire, je vais mettre ce petit effronté à la raison. Eh bien ! poursuivit-elle, es-tu content de mes tétons et de mes cuisses ? Les as-tu assez baisés, assez maniés ? Pourquoi trousser ainsi mes manchettes au-dessus du coude ? Monsieur aime sans doute à voir les mouvements d’un bras nu ? Fais-je bien ? Tu ne dis mot ! Ah ! le coquin, qu’il a de plaisir !

Il se fit un instant de silence. Puis tout à coup j’entendis l’abbé qui s’écria :
- Ma chère maman, je n’en puis plus ! un peu plus vite, donne-moi donc ta petite langue, je t’en prie ! Ah ! il… cou… le !

Juge, mon cher comte, de l’état où j’étais pendant cette édifiante conversation. J’essayai vingt fois de me lever pour tâcher de trouver quelque ouverture par où je pusse découvrir les objets. Mais le bruit des feuilles me retint toujours. J’étais assise, je m’allongeai de mon mieux et, pour éteindre le feu qui me dévorait, j’eus recours à mon petit exercice ordinaire.

Monsieur l’abbé T*** prouve que les plaisirs, de la petite oie sont licites à tous égards

Après quelques moments, qui furent employés sans doute à réparer le désordre de Monsieur l’abbé :
- En vérité, dit-il, toute réflexion faite je crois, ma bonne amie, que vous avez eu raison de me refuser la jouissance que je vous demandais. J’ai senti un plaisir si vif, un chatouillement si puissant, que je pense que tout eût coulé à travers choux si vous m’eussiez laissé faire. Il faut avouer que nous sommes des animaux bien faibles et bien peu maîtres de diriger nos volontés.
- Je sais tout cela, mon pauvre abbé, reprit Madame C***, tu ne m’apprends rien de nouveau. Mais dis-moi, est-il bien vrai que, dans le genre des plaisirs que nous goûtons, nous ne péchions pas contre l’intérêt de la société ? Et cet amant sage, dont tu approuves la prudence, qui retire l’oiseau de son nid et qui répand le baume de vie au-dehors, ne fait-il pas également un crime ? Car il faut convenir que les uns et les autres nous supprimons à la société un citoyen qui pourrait lui devenir utile.
- Ce raisonnement, répliqua l’abbé, paraît d’abord spécieux, mais vous allez voir, ma belle dame, qu’il n’a cependant que l’écorce. Nous n’avons aucune loi humaine ni divine qui nous invite, et encore moins qui nous contraigne, de travailler à la multiplication du genre humain. Toutes ces lois permettent le célibat aux garçons et aux filles, à une foule de moines fainéants et religieuses inutiles, elles permettent à l’homme marié d’habiter avec sa femme grosse, quoique les semences alors répandues le soient sans espérance de fruit. L’état de virginité est même réputé préférable à celui du mariage. Or, ces faits posés, n’est-il pas certain que l’homme qui triche et ceux qui, comme nous, jouissent des plaisirs de la petite oie ne font rien de plus que ces moines, que ces religieuses, que tout ce qui vit dans le célibat ? Ceux-ci conservent dans leurs reins en pure perte une semence que les premiers répandent en pure perte. Ne sont-ils donc pas les uns et les autres précisément dans un cas égal, eu égard à la société ? Ils ne lui donnent tous aucun citoyen. Mais la saine raison ne nous dicte-t-elle pas qu’il vaut mieux encore que nous jouissions d’un plaisir qui ne fait tort à personne, en répandant inutilement cette semence, que de la conserver dans nos vaisseaux spermatiques, non seulement avec la même inutilité, mais encore toujours aux dépens de notre santé et souvent de notre vie. Ainsi vous voyez, madame la raisonneuse, ajouta l’abbé, que nos plaisirs ne font pas plus de tort à la société que le célibat approuvé des moines, des religieuses, etc., et que nous pouvons aller notre petit train.

Sans doute qu’ensuite de ces réflexions l’abbé se mit en devoir de rendre service à Madame C***, car j’entendis un instant après que celle-ci lui disait :
- Ah ! finis, vilain abbé ! retire ton doigt, je ne suis pas en train aujourd’hui, je me ressens encore de nos folies d’hier, remettons celle-ci à demain. D’ailleurs tu sais que j’aime à être à mon aise, bien étendue sur mon lit : ce banc n’est point commode. Finis, encore un coup, je ne veux de toi présentement que la définition que tu m’as promise sur Dame Nature. Vous voilà tranquille, monsieur le philosophe, parlez, je vous écoute.

Définition de ce qu’on doit entendre par le mot de nature

- Sur Dame Nature ? reprit l’abbé. Ma foi, vous en saurez bientôt autant que moi. C’est un être imaginaire, c’est un mot vide de sens. Les premiers chefs des religions, les premiers politiques, embarrassés sur l’idée qu’ils devaient donner au public du bien et du mal moral, ont imaginé un être entre Dieu et nous, qu’ils ont rendu l’auteur de nos passions, de nos maladies, de nos crimes. Comment en effet, sans ce secours, eussent-ils concilié leur système avec la bonté infinie de Dieu ? D’où eussent-ils dit que nous venaient ces envies de voler, de calomnier, d’assassiner ? Pourquoi tant de maladies, d’infirmités ? Qu’avait fait à Dieu ce malheureux cul-de-jatte, né pour ramper sur la terre pendant toute sa vie ? Un théologien nous dit à cela : ce sont les effets de la nature. Mais qu’est-ce que c’est que cette nature ? Est-ce un autre dieu que nous ne connaissons pas ? Agit-elle par elle-même et indépendamment de la volonté de Dieu ? Non, dit encore sèchement le théologien. Comme Dieu ne peut pas être l’auteur du mal, le mal ne peut exister que par le moyen de la nature. Quelle absurdité ! Est-ce du bâton qui me frappe que je dois me plaindre ? N’est-ce pas de celui qui a dirigé le coup ? N’est-ce pas lui qui est l’auteur du mal que je ressens ? Pourquoi ne pas convenir une bonne fois pour toutes que la nature est un être de raison, un mot vide de sens, que tout est de Dieu, que le mal physique qui nuit aux uns sert au bonheur des autres, que tout est bien qu’il n’y a rien de mal dans le monde eu égard à la Divinité, que tout ce qui s’appelle bien ou mal moral n’est que relatif à l’intérêt des sociétés établies pari les hommes, mais relatif à Dieu par la volonté duquel nous agissons nécessairement d’après les premières lois, d’après les premiers principes du mouvement qu’il a établi dans tout ce qui existe ? Un homme vole : il fait du bien par rapport à lui, du mal par son infraction à l’établissement de la société, mais rien par rapport à Dieu.

Pourquoi les méchants doivent être punis

« Cependant, je conviens que cet homme doit être puni quoiqu’il ait agi nécessairement, quoique je sois convaincu qu’il n’a pas été libre de Commettre ou de ne pas commettre son crime. Mais il doit l’être parce que la punition d’un homme qui trouble l’ordre établi fait mécaniquement, par la voie des sens, des impressions sur l’âme qui empêchent les méchants de risquer ce qui pourrait leur faire mériter la même punition, et que la peine que subit ce malheureux pour son infraction doit contribuer au bonheur général, qui est préférable dans tous les cas au bien particulier. J’ajoute encore que l’on ne peut même trop noter d’infamie les parents, les amis et tous ceux qui ont eu des habitudes avec un criminel, pour engager, par ce trait de politique, tous les humains à s’inspirer mutuellement entre eux de l’horreur pour les actions et pour les crimes qui peuvent troubler la tranquillité publique. Tranquillité que notre disposition naturelle, que nos besoins, que notre bien-être particulier nous portent sans cesse à enfreindre. Disposition enfin, qui ne peut être absorbée dans l’homme que par l’éducation, qu’au moyen des impressions qu’il reçoit dans l’âme, par la voie des autres hommes qu’il fréquente ou qu’il voit habituellement, soit par le bon exemple, soit par les discours, en un mot par les sensations externes qui, jointes aux dispositions intérieures, dirigent toutes les actions de notre vie. Il faut donc aiguillonner, il faut nécessiter les hommes à s’exciter entre eux à Ces sensations utiles au bonheur général.

« Je crois, madame, ajouta l’abbé, que vous sentez présentement ce que l’on doit entendre par le mot de nature. Je me propose de vous entretenir demain matin de l’idée qu’on doit avoir des religions. C’est une matière importante à notre bonheur, mais il est trop tard pour l’entamer aujourd’hui. Je sens que j’ai besoin d’aller prendre mon chocolat.
- Je le veux, dit Madame C*** en se levant. Monsieur le philosophe a sans doute besoin d’une réparation physique pour les pertes libidineuses que je lui ai fait faire. Cela est bien juste, continua-t-elle, vous avez fait et vous avez dit des choses admirables, rien de mieux que vos observations sur la nature. Mais trouvez bon que je doute fort que vous puissiez me faire voir aussi clair sur le chapitre des religions, que vous avez touché diverses fois avec beaucoup moins de succès. Comment en effet donner des démonstrations dans une matière aussi abstraite, et où tout est article de foi ?
- C’est ce que nous verrons demain, répondit l’abbé.
- Oh ! ne comptez pas en être quitte demain par des raisonnements, répliqua Madame C***. Nous rentrerons, s’il vous plaît, de bonne heure dans ma chambre où j’aurai besoin de vous et de mon lit de repos. »

Quelques instants après, ils prirent l’un et l’autre le chemin de la maison. Je les y suivis par une allée couverte. Je ne restai qu’un moment dans ma chambre pour y changer de robe, et je me rendis de suite dans l’appartement de Madame C*** où je craignais que l’abbé n’entamât encore l’article des religions, que je voulais absolument entendre. Celui de la nature m’avait frappée : je voyais clairement que Dieu et la nature n’étaient qu’une même chose, ou du moins que la nature n’agissait par la volonté immédiate de Dieu. De là je tirai mes petites conséquences, et je commençai peut-être à penser pour la première fois de ma vie.

L’abbé T*** procure à son tour à Madame C*** des plaisirs intéressés

Je tremblais en entrant dans l’appartement de Madame C***. Il me sembla qu’elle devait s’apercevoir de l’espèce de perfidie que je venais de lui faire et de diverses réflexions dont j’étais agitée. L’abbé T*** me regardait attentivement. Je me crus perdue. Mais bientôt je l’entendis qui disait à demi bas à Madame C*** :
- Voyez si Thérèse n’est pas jolie ? Elle a des couleurs charmantes, ses yeux sont perçants et sa physionomie devient tous les jours plus spirituelle.

Je ne sais ce que Madame C*** lui répondit. Ils souriaient l’un et l’autre. Je fis semblant de n’avoir rien entendu, et j’eus grand soin de ne pas les quitter de toute la journée.

En rentrant le soir dans ma chambre, je formai mon plan pour le lendemain matin. La crainte où j’étais de ne pas m’éveiller d’assez bonne heure fut cause que je ne dormis point. Vers les cinq heures du matin, je vis Madame C*** gagner le bosquet où Monsieur T*** l’attendait déjà. Suivant ce que j’avais ouï la veille, elle devait bientôt rentrer dans sa chambre à coucher où était le lit de repos dont elle avait parlé. Je n’hésitai pas de m’y couler et de me cacher dans la ruelle de son lit, où je m’assis sur le plancher, le dos appuyé contre le mur à côté du chevet. J’avais le rideau du lit devant moi, que je pouvais entrouvrir au besoin pour avoir en entier le spectacle du petit lit qui était dans le coin opposé de la chambre, où l’on ne pouvait pas dire un mot sans que je l’entendisse.

Ainsi postée, l’impatience commençait à me faire appréhender d’avoir manqué mon coup, lorsque mes deux acteurs rentrèrent.
- Baise-moi comme il faut, mon cher ami, disait Madame C*** en se laissant tomber sur son lit de repos. La lecture de ton vilain Portier des Chartreux m’a mise toute en feu : ses portraits sont frappés, ils ont un air de vérité qui charme. S’il était moins ordurier, ce serait un livre inimitable dans son genre. Mets-le-moi aujourd’hui, et je consens d’en risquer l’événement.
- Non, pas moi, reprit l’abbé, pour deux bonnes raisons : la première, c’est que je vous aime et que je suis trop honnête homme pour risquer votre réputation et vos justes reproches par cette imprudence, la seconde c’est que monsieur le docteur n’est pas aujourd’hui, comme vous voyez, dans son brillant, je ne suis pas gascon, et…
- Je le vois à merveille, reprit Madame C***, cette dernière raison est si énergique que vous eussiez pu en vérité vous dispenser de vous faire un mérite de la première. Çà, mets-toi donc du moins à côté de moi, ajouta-t-elle en s’étendant lascivement sur le lit, et chantons, comme tu dis, le petit office.
- Ah ! de tout mon cœur, ma chère maman, reprit l’abbé qui était alors debout, découvrant méthodiquement la gorge de Madame. Ensuite, il troussa sa robe et sa chemise jusqu’au-dessus du nombril, puis il lui ouvrit les cuisses en élevant tant soit peu ses genoux de manière que ses talons, qui se rapprochaient quelque peu de ses fesses, étaient presque joints l’un à l’autre, appuyés sur les pieds du lit.

Dans cette attitude, en partie cachée pour moi par l’abbé qui baisait alternativement toutes les beautés du corps de sa chère maîtresse, Madame C*** paraissait immobile, recueillie, méditant sur la nature des plaisirs dont elle sentait déjà les prémices. Ses yeux étaient à moitié fermés, la pointe de sa tangue se montrait sur le bord de ses lèvres vermeilles, et tous les muscles de son visage étaient dans une agitation voluptueuse.
- Finis donc tes baisers, dit-elle à l’abbé T***. Ne vois-tu pas que j’attends ? Je n’en puis plus…

Le complaisant directeur ne se fit pas répéter deux fois ce qu’on exigeait de lui. Il se glissa par le pied du lit entre Madame C*** et la muraille, sa main gauche fut passée sous la tête de la tendre C*** qu’il pressait, la baisant bouche à bouche avec les petits mouvements de langue les plus voluptueux. Son autre main fut occupée à l’action principale : elle caressait artistement, frottant cette partie qui distingue notre sexe, et que Madame C*** a très abondamment garnie d’un poil frisé et du plus beau noir. Le doigt de l’abbé jouait ici le rôle le plus intéressant.

Jamais tableau ne fut placé dans un jour plus avantageux, eu égard à ma position. Le lit de repos était disposé de façon que j’avais pour point de vue la toison de Madame C***. Au-dessous se montraient en partie ses deux fesses, agitées d’un mouvement léger de bas en haut, qui annonçaient la fermentation intérieure. Et ses cuisses, les plus belles, les plus rondes, les plus blanches qui se puissent imaginer, faisaient avec ses genoux un autre petit mouvement de droite et de gauche qui contribuait sans doute aussi à la joie de la partie principale que l’on fêtait et dont le doigt de l’abbé, perdu dans la toison, suivait tous les mouvements.

Thérèse franchit la barrière et perd sa virginité, en oubliant les défenses de son directeur

J’entreprendrais inutilement, mon cher comte, de vous dire ce que je pensais alors : je ne sentais rien pour trop sentir. Je devins machinalement le singe de ce que je voyais, ma main faisait l’office de celle de l’abbé, j’imitais tous les mouvements de mon amie.
- Ah ! je me meurs ! s’écria-t-elle tout à coup. Enfonce-le, mon cher abbé, oui… bien avant, je t’en conjure. Pousse fort, pousse, mon petit. Ah ! quel plaisir ! je fonds… je… me… pâ… me !

Toujours parfaite imitatrice de ce que je voyais, sans réfléchir à la défense de mon directeur, j’enfonçai mon doigt à mon tour. Une légère douleur que je ressentis ne m’arrêta pas, je poussai de toute ma force et je parvins au comble de la volupté.

Voir en ligne : Virginité originelle et origine des religions (6)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean-Baptiste de Boyer Marquis d’Argens, Thérèse philosophe ou Mémoires pour servir à l’histoire du père Dirrag et de mademoiselle Éradice, publié à Londres en 1782-1783.



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