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Journal intime d’une soubrette

Très riche par l’amour

Confessions érotiques (IV)



Par ***, Le Journal intime d’une soubrette, Éditions Richepanse, Paris, 1935.


TRÈS RICHE PAR L’AMOUR
IV

Durant cinq ans, je continuai ce manège, et j’en obtins d’heureux résultats. Je fus dans différentes maisons bourgeoises, une femme de chambre arriviste et désirable, et partout, je fis des ravages dans les cœurs et dans les portefeuilles.

Avec une audace qui m’a toujours réussi, je faisais du chantage au bon moment, et lorsque je quittais une maison, j’étais toujours certaine d’emporter avec moi de nouvelles garanties d’avenir. Sans pitié, je semais la discorde dans les meilleurs ménages, car pas un homme ne résistait à mon charme pervers.

Cependant, ces aventures troubles achevèrent de me donner le dégoût de l’homme. Et, sourdement, mes goûts lesbiens, qui avaient été autrefois si bien exaltés par la belle Sergine, me taquinèrent à nouveau. C’est à ce moment que je me plaçai chez une très belle et jeune Américaine, dont les passions hors nature étaient connues de tous.

Je devins amoureuse de cette jolie femme, et je réveillai à son service tous mes vieux instincts.

Je sus bien vite me faire remarquer d’elle, et de servante, je devins amante passionnée.

Chaque jour m’apportait des débauches nouvelles, de plus subtiles étreintes. Le vice ancré au cœur d’une femme comme moi, n’a plus de limites. Très perverse, l’Américaine donnait chez elle des soirées intimes qui dégénéraient en orgies.

C’est au cours d’une de ces orgies que je devais rencontrer celui qui allait prendre dans ma vie le rôle de protecteur définitif.

Après un souper au champagne, les couples grisés s’étaient répandus dans tous les recoins de l’appartement de l’américaine. Partout ce n’était que corps enlacés. Des femmes, débarrassées de leurs robes de soirée, étaient nouées entre elles, sur des coussins de velours sombre, échangeant d’une langue avide la douce gamme des caresses lesbiennes. Quelques hommes étaient mêlés aux groupes, et l’on voyait ça et là des amants pour qui la volupté se limitait aux étreintes normales.

Mon amie avait eu la fantaisie de s’unir, pour la soirée, à une petite jeune fille vierge qui lui plaisait fort. Connaissant les caprices sans suite de l’américaine, je n’en étais nullement jalouse. J’errais dans les chambres pleines d’amoureux soupirs, jetant sur toute cette luxure un œil froid et indifférent. C’est alors que je fus abordée par un homme d’un certain âge, que je n’avais pas remarqué durant le souper. Il paraissait éperdu de désir, et chercha à m’enlacer, avec des hoquets d’ivresse. Par lassitude, sans envie, je cédai à son caprice amoureux.

Nous nous installâmes sur un divan, à l’abri d’un coin sombre. Et bientôt, j’étais mollement étendue, renversée en arrière, cachant sous l’écran de mes jupes la tête de mon partenaire, qui me prodiguait avec fougue d’ardentes caresses. Ces caresses me laissèrent absolument froide, mais mon fluide opérait sur l’homme : il était conquis. Je ne lui accordai rien de précis, et ne lui permis pas de déboutonner ma culotte. C’était là une tactique de ma part, et qui m’avait si souvent réussi. Enfiévré, énervé par la prison soyeuse qu’il ne pouvait franchir, l’homme était à ma merci. Je devais apprendre bientôt que c’était l’un des plus grands financiers, l’une des plus grosses fortunes de la capitale. Je résolus donc de me l’attacher. Rendez-vous fut pris pour le lendemain ; quelques jours après, j’étais devenue sa maîtresse, et il décida de m’entretenir princièrement.

À l’heure qu’il est, je suis encore avec lui, et cette liaison dure depuis plusieurs années. J’ai lâché mon américaine, peu de temps après la fameuse soirée. Mais mes goûts sont demeurés lesbiens, et mon seul vrai plaisir sensuel est de conquérir les jeunes femmes qui éveillent mon désir.

Je suis riche, très riche. Comblée par un ami prodigue et peu jaloux, je n’ai plus rien à attendre de l’existence. Et cependant, je ne suis pas heureuse. J’ai tout essayé : je méprise les hommes dont l’argent seul m’intéresse ; les stupéfiants, dont j’use un peu, ne me laissent qu’amertume et dégoût ; seules les femmes contentent ma chair, mais n’éveillent plus jamais en moi des sentiments profonds.

Arrivée par l’amour, je suis l’ennemie de cet amour même.

Parfois, dans le secret de mon cœur j’évoque ma vie passée, et son long cortège de souvenirs traîne dans mon esprit las comme un grand fleuve de boue. Peut-être, sans me l’avouer, revois-je avec tristesse la petite fille de dix ans qui s’amusait avec l’eau bourbeuse du ruisseau ; pourquoi ne s’amuserait-elle pas plutôt avec les rayons de soleil...

Mais ce qui est fait est fait. Je n’ai plus qu’à suivre maintenant, d’un cœur las et indifférent, le cours de ma brillante et pitoyable destinée...

FIN

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS, d’après les Confessions érotiques de ***, Le Journal intime d’une soubrette, Éditions Richepanse, Paris, 1935.



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