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Trois Filles de leur Mère

Trois Filles de leur Mère - II

Roman érotique (Chapitre II)



Auteur :

Pierre Louÿs, Trois Filles de leur Mère, Éd. Au dépens d’un Amateur et pour ses amis, Paris [n.d.] 1926.


II

Une demi-heure après, la mère entrait chez moi. Dès le premier regard mon roman se compliqua tout à coup. La mère était beaucoup plus belle que la fille… Je me rappelai son nom : Teresa.

À peine couverte d’un peignoir serré qui tournait sur sa taille souple, elle refusa le fauteuil que je lui offrais, vint s’asseoir au bord de mon lit et me dit à brûle-pourpoint :

« Vous avez enculé ma fille, monsieur ? »

Oh ! que ces questions-là me déplaisent et que j’ai peu de goût pour les scènes de ce genre. Je fis un geste noble et lent qui ne voulait rien dire du tout… Elle y répondit.

« Ne protestez pas. C’est elle qui vient de me le raconter. Je vous arracherais les yeux si vous l’aviez dépucelée ; mais vous ne lui avez fait que ce qui lui est permis… Pourquoi rougissez-vous ?
- Parce que vous êtes belle.
- Qu’est-ce que vous en savez ? »

Moi aussi, j’allais au fait en peu de mots. Le départ prématuré de Mauricette m’avait laissé plus ardent que ne m’avait trouvé sa rencontre. D’ailleurs, avec les femmes, j’aime toujours mieux exposer ma science de la pantomime que mon aptitude à la discussion.

Teresa ne put rien me dire de ce qu’elle avait préparé. Changer le parcours d’une scène périlleuse est la seule façon de la mener à bien. J’avais tourné le volant sans ralentir. Elle en perdit le souffle une seconde, quoiqu’elle fût plus forte que moi ; mais elle serra les cuisses avec un sourire. Avant que j’eusse rien touché, elle réussit à constater de la main les motifs que j’avais de choisir l’itinéraire ; et je lus dans ses yeux que mon brusque virage ne m’avait pas culbuté sous la disqualification.

Cet échange de gestes mit entre nous beaucoup de familiarité.

« Qu’est-ce que tu veux que je te montre ? Qu’est-ce que j’ai donc entre les jambes ?
- Ton coeur ! répondis-je.
- Tu crois qu’il est là-dessous ?
- Oui.
- Cherche. »

Elle riait tout bas. Elle savait que la recherche n’était pas facile. Ma main s’égara dans un fouillis de poils extraordinaire où je fus quelque temps à perdre mon chemin. À la naissance des cuisses, il en poussait comme sur le ventre. Je commençais à me troubler quand Teresa, trop adroite pour me démontrer que j’étais maladroit, ôta son peignoir avec sa chemise, pour me consoler ou pour me distraire, ou peut-être pour m’offrir un second prix d’encouragement.

Un admirable corps, long et plein, mat et brun, tomba dans mes bras. Deux seins mûrs, mais qui ne semblaient pas maternels et que leur poids ne faisait pas fléchir, se pressèrent sur ma poitrine. Deux cuisses brûlantes m’étreignirent et comme j’essayais de…

« Non. Pas ça. Tu me baiseras plus tard, fit-elle.
- Pourquoi ?
- Pour finir par là. »

Elle se vengeait. À son tour elle prenait la direction ; et la formule de sa mainmise était assez bien trouvée pour qu’en me refusant ce que je lui demandais, elle parût me l’accorder avec un surcroît de sollicitude.

Au silence que je gardai, elle sentit que son corps était maître. D’un ton nouveau qui m’interrogeait et ne m’offrait rien du tout, elle me dit :

« Veux-tu ma bouche ou mon cul ?
- Je veux tout toi.
- Tu n’auras pas mon foutre. Je n’en ai plus une goutte dans le ventre. Elles m’ont trop goussée depuis ce matin.
- Qui ?
- Mes filles. »

Elle me vit pâlir. L’image de Mauricette revint à moi toute nue avec les mot s : « Je te donne maman. » Je ne savais plus très bien ce que j’éprouvais. Une heure auparavant, j’avais cru que Mauricette serait l’héroïne de mon aventure… Sa mère m’enflammait dix fois davantage. Elle le comprit mieux que moi, se coucha sur mon désir et, sûre de sa puissance, caressant des poils et du ventre ma chair éperdument raide, elle eut l’audace de me dire :

« Veux-tu encore Mauricette ? Elle a un petit béguin. Elle se branle pour toi. Tu avais envie de la retenir. Veux-tu que j’aille la chercher ? Que je t’ouvre ses fesses ?
- Non.
- Tu n’aimes pas les petites filles ? Alors, prends Charlotte, ma fille aînée. C’est la plus jolie des trois. Ses cheveux tombent jusqu’aux talons. Elle a des seins et des fesses de statue. Le plus beau con de la famille, c’est le sien ; et je mouille pour elle quand elle ôte sa chemise, moi qui ne suis pas gousse, moi qui aime la queue. Charlotte… Imagine une très belle fille brune, molle et chaude, sans pudeur et sans vice, une concubine idéale qui accepte tout, jouit n’importe comment, et qui est folle de son métier. Plus tu lui en demanderas, plus elle sera contente. La veux-tu ? Je n’ai qu’à l’appeler à travers la cloison. »

C’était le diable amoureux que cette femme. Je ne sais ce que j’aurais donné pour la prendre au mot et pour lui crier : « Oui ! » en pleine figure. Comme je serrais les muscles de ma volonté, comme j’ouvrais la bouche et prenais haleine.… Teresa me dit assez vite avec l’expression d’un intérêt sincère :

« Est-ce que je te fais bander ? »

Cette fois, j’entrai en fureur. Sur un « tu te fous de moi ! » suivi d’autres paroles, je la battis. Elle riait de toute sa voix sonore en luttant des bras et des jambes. Désarmée par son rire, elle se défendait à l’aveuglette. Je la couvrais de coups et d’attouchements qui ne semblaient lui faire aucun mal ; puis ce rire m’exaspéra, et, ne sachant pas où la prendre pour la battre, j’empoignai une touffe de poils, je tirai… Elle poussa un cri.

Et comme je crus l’avoir blessée, je tombai dans ses bras avec confusion. Je m’attendais à mille reproches ; mais elle ne songeait guère à me dire quoi que ce fût qui eût refroidi mon ardeur pour elle. Même en criant, elle ne cessa de rire que pour sourire et s’accuser :

« Voilà ce que c’est que d’avoir tant de poils au cul ! Quand tu coucheras avec Lili, je te défie d’en faire autant. »

L’incident rompit ma violence et hâta le dénouement. Teresa n’avait pas un instant à perdre pour m’offrir son caprice en guise de pardon. Elle me l’offrit sans me consulter, avec une habileté d’organe et de posture qui tenait de la jonglerie.

Couchée avec moi sur le flanc et me prenant les hanches entre ses cuisses relevées, elle passa une main sous elle… y fit je ne sais quoi… puis me dirigea comme il lui plut.

La prestidigitation de certaines courtisanes réussit des tours incompréhensibles… Comme un jeune premier qui s’éveille dans le jardin d’une magicienne, je faillis soupirer : « Où suis-je ? » car mon enchanteresse demeurait immobile et je ne savais pas bien où j’étais entré. Je me tus pour garder un doute qui me laissait une espérance. Mais le doute s’évanouit aux premières paroles.

« Ne t’occupe pas de moi, dit-elle. Ne bouge pas. N’essaie pas de me prouver que tu sais t’y prendre. Ricette vient de me le dire ; je m’en fous pour ce soir. Quand tu m’enculeras toi-même, je déchargerai sans me toucher. En ce moment, c’est moi qui me fais enculer et tu vas voir ça ! mais je ne veux pas jouir.
- Et si j’aime mieux ta jouissance que la mienne ? Si je te la donne de force ?
- De force ? dit Teresa. Ne me touche pas ou je te vide les couilles en un tour de cul… Tiens… ! Tiens… ! Tiens ! »

Elle était affolante. La violence et la souplesse de sa croupe dépassaient tout ce que j’avais éprouvé dans les bras des autres femmes. Cela ne dura que l’instant de m’en faire une menace. Et elle reprit son immobilité.

Alors, malgré le trouble où elle jetait mes sens, je ne voulus pas même attendre la séparation de nos corps pour faire savoir à Teresa que je n’aimais point être bousculé.

Je lui déclarai que je la trouvais belle, extrêmement désirable, mais qu’après ma vingtième année je me croyais un homme et non un enfant ; que je n’avais nullement le vice de prendre plaisir à la tyrannie d’une femme ; et je ne sais comment je le lui dis, car mes esprits étaient fort agités. Elle aurait pu me répondre que sa menace avait suivi la mienne : elle n’en fit rien, redevint plus douce et garda pourtant un certain sourire autour de sa pensée intime. « Sois tranquille, je ne te casserai pas la queue, dit-elle tendrement. Je te la suce, tu le sens ? Je te la suce avec le trou du cul. »

Ce qu’elle faisait, je n’aurais su le dire. Mais sa bouche, en effet, ne m’aurait pas énervé davantage. II me devenait difficile de parler.

Elle suivit sur mon visage le reflet de ma sensation et, sans avoir besoin de m’interroger pour savoir s’il en était temps, elle pressa peu à peu l’allure de ses reins jusqu’à l’adagietto, me sembla-t-il. Je crois que je murmurai : « Plus vite ! » et qu’elle n’y consentit pas. Je n’ai qu’un vague souvenir de ces dernières secondes. Le spasme qu’elle obtint de ma chair fut une sorte de convulsion dont je n’eus pas conscience et que je ne saurais décrire.

*
* *

Aussi ma première question fut-elle, après deux minutes de silence :

« Qu’est-ce que tu m’as fait ?
- Un joli petit travail avec mon trou du cul, fit-elle en riant. Tu as déjà enculé des femmes…
- Oui. Il y a une heure. Une toute jeune fille qui ne s’y prend pas mal, pourtant.
- Pas mal du tout. Elle a du muscle, hein ? Et elle galope ?
- Mais toi…
- Mais moi je suis la première qui t’ait sucé la queue par là. Tu veux savoir comment je fais ? Je te dirai ça demain. Laisse-moi me lever. Tu veux savoir aussi pourquoi ? pour accoucher de l’enfant que tu viens de me faire : la petite soeur de mes trois filles. »

… Quand elle m’apparut à nouveau, toujours nue et corrigeant des deux mains sa coiffure derrière la nuque, ma jeunesse méconnut que, par ce geste relevé, Teresa voulait moins rentrer ses petits cheveux que tendre ses deux seins dont elle était fière.

Je n’ai jamais été de ces adolescents qui dépérissent pour les maturités : mais une pécheresse de trente-six ans, quand elle est belle de la tête aux pieds, c’est un « morceau », disent les sculpteurs ; c’est une « femme », disent les amants.

Et qu’est-ce que n’était pas cette femme ? Mettez la question au concours : elle départagera curieusement les hommes.

Teresa nue ressemblait à un mezzo d’opéra. Vous alliez dire : à une fille de bordel ? Pas du tout. Vous murmurez : c’est la même chose ? Non. C’est le jour et la nuit. Si vous ne connaissez les actrices que par les conversations de fumoir, n’en dites rien.

Les belles cantatrices qui vivent de leur lit et les filles souvent plus belles qui chantent leur âme sentimentale en montant un escalier rouge n’ont guère d’autre analogie que leur commune aisance à marcher presque nues, et à se faire traiter de putains.

La fille de théâtre aspire de toutes ses forces à la liberté. La fille de bordel a besoin d’esclavage. En apparence, la profession la plus servile des deux est plutôt la première. En fait, la cabotine est montée en scène pour se libérer de sa famille ou de son amant par esprit d’indépendance ; la bordelière s’est jetée dans la servitude, aimant mieux obéir aux caprices des autres que forger elle-même les jours de sa vie.

Dès sa première année de Conservatoire, la fille de théâtre se hausse à connaître par coeur toutes les crudités du langage français. Pour elle, c’est un jeu que d’en grouper quinze autour d’une pauvre idée qui n’en mérite aucune ; et c’est un de ses talents que de les détacher selon les strictes règles de l’articulation. Au contraire, la fille de bordel n’a vraiment ni le goût ni la science du vocabulaire cynique. La liberté des mots la tente aussi peu que celle de la vie. Pas de confusion possible en présence d’une inconnue : les cris d’amour d’une femme suffisent à révéler si elle vient du bordel ou de l’Odéon ; mais beaucoup d’hommes s’y trompent, faute de songer à cela.

Donc, j’avais plus de raisons qu’il ne m’en fallait pour deviner ce qu’on ne m’avait pas dit. Le physique de Teresa, la désinvolture de son caractère et la brutalité de ses expressions, tout en elle me semblait marqué de la même empreinte.

« Tu fais du théâtre ? lui dis-je.
- Plus maintenant, j’en ai fait. Comment le sais-tu ? Par Mauricette ?
- Non. Mais cela se voit. Cela s’entend. Où as-tu joué ? »

Sans répondre, elle se coucha près de moi, sur le ventre. Je repris ironiquement :

« Tu me le diras demain ?
- Oui.
- Reste avec moi jusque-là.
- Jusqu’à demain matin ? Tu veux ? »

Comme elle souriait, je la crus sur le point d’accepter. J’étais encore un peu las, mais elle m’inspirait presque autant de désir que si j’avais été dispos. Elle se laissa étreindre et me dit :

« Qu’est-ce que tu veux de moi jusqu’à demain ?
- D’abord, te faire jouir.
- Ce n’est pas difficile.
- Ne me dis pas ça, tu m’exaspères ! Pourquoi t’es-tu retenue ?
- Parce que mon “petit travail” aurait été mal soigné. Allons ! Qu’est-ce que tu veux encore ?
- Tout le reste.
- Combien de fois ?
- Oh ! je crois qu’avec toi je ne compterais guère. Ce ne serait “pas difficile” non plus. »

Teresa fixa sur moi un de ces longs regards silencieux à travers lesquels j’avais tant de peine à distinguer sa pensée. Et cette femme qui ne voulait répondre à aucune de mes questions me fit soudain la confidence la plus imprévue, comme si la certitude qu’elle avait de m’attirer l’assurait de ma discrétion ; ou dans un autre dessein : peut-être pour m’obliger à garder le secret si je venais à l’apprendre d’une autre source.

« Ricette m’a dit qu’elle t’a fait jurer et que tu lui as tenu parole. Je peux te dire un secret ? Oui ? Eh bien, j’habitais Marseille avec mes trois filles, en appartement. Je suis partie parce qu’on a changé le commissaire de police. Voilà. Tu comprends ?… Ici, je vais me tenir tranquille pendant quelque temps ; mais comme j’ai une fille qui a le feu dans le derrière, elle est venue se faire enculer chez toi le premier jour… et sa mère y est venue ensuite. »

Sur ce mot elle se remit à rire, d’abord pour me persuader que son histoire marseillaise n’avait aucune importance, et ensuite parce qu’elle voulait me voir de bonne humeur avant de me dire ses projets.

Du rire elle passa aux caresses. Quand elle fut sûre de mon état, elle me posa une question sous la forme qui convient à l’extraction des aveux :

« Tu n’es pas assez puceau pour ne pas savoir encore ce que c’est qu’une petite fille ? Une vraie, sans poils, sans nichons ; tu en as baisé ?
- Oui ; mais pas souvent. Deux… ou quatre… en tout. Deux vraies, comme tu dis ; et les deux autres un peu moins vraies.
- Deux, ça me suffit. Tu sais qu’on n’enfile pas une gosse comme une femme, et que quand on lui a logé le bout de la queue dans la moniche, c’est tout ce que la môme peut prendre ? Tu sais ça ?
- Évidemment. Pourquoi me le demandes-tu ?
- Parce que je vais t’envoyer ma Lili et, comme tu as la manie de baiser, je ne veux pas que tu me la défonces. »

Les patientes personnes des deux sexes qui ont assumé la charge de mon éducation m’ont appris qu’au bal, si la belle dame que l’on invite répond au jeune homme : « Faites danser ma fille », il ne peut manifester ni regret, ni plaisir, ni indifférence. La situation est très complexe.

Je le savais ; mais, tout nu, je suis moins bien élevé qu’en habit. Et puis j’ai quelque similitude avec Alexandre. Je tranche les complexités.

« Je crois que je ne saurais pas m’y prendre. Donne-moi une leçon », dis-je à Teresa.

Elle devenait assez nerveuse et rit en détournant la tête.

« Ce que tu me demandes, tu ne l’as même pas vu.
- Montre-le-moi.
- Pas par-devant. Tu m’as enculée par-devant. Tu verras mon chat par-derrière. Mais tu sais ce que j’ai dit ?
- Ce sera pour la fin ?
- Pauvre petit ! Si je me fourre ta queue dans la bouche, tu seras bien à plaindre. Et si je te fais danser les couilles du bout de ma langue… Tu ne la connais pas, ma langue ? Tiens ! Regarde ! Regarde ! »

Comme, sans m’abstenir de regarder, j’essayais de prendre Teresa d’une façon plus simple et non moins agréable, elle serra les cuisses, elle arrêta mon bras :

« Est-ce que tu ne comprends pas qu’on n’attache pas trois filles avec une chaîne à la ceinture comme trois singes autour d’un piquet ? Qu’elles faisaient l’amour à Marseille et qu’elles ne le font plus à Paris ? Que si je prends un amant elles en prendront six ? Écoute-moi. Tu me veux ? tu m’auras. Mais tu nous auras toutes les quatre. »

Je faillis demander avec effroi : « Tous les jours ? » Je me retins et j’essayai de dissimuler mon inquiétude sous un masque reconnaissant.

« Je vais t’envoyer Lili, poursuivit-elle, parce que Lili se couche de bonne heure et que les môminettes sont comme les dames du monde : elles grouillent du cul l’après-midi. Ce soir, je t’enverrai Charlotte pour toute la nuit. Demain soir, c’est moi que tu verras entrer. Et si tu n’es pas content de nous, tu demanderas le registre des réclamations.
- Je suis comblé… Malheureusement, je vois que tu t’en vas ?
- Non. Dans cinq minutes ; quand j’aurai tenu mes promesses. Mais à deux conditions : tu ne jouis pas ; moi non plus. Je ne te montre pas mes beautés pour que tu leur fasses minette… »

Recommandation inutile. J’aime beaucoup mieux prouver ma virilité que rivaliser avec les lesbiennes, et cette préférence devient exclusive quand je couche avec une femme qui a d’autres amants.

Toujours souple et agile, Teresa fit un saut d’écuyère pour tenir ses deux promesses, tête-bêche sur mon corps étendu.

Ce qu’elle déploya sur mes yeux me parut extraordinaire. Toutes les parties en étaient anormales : un clitoris protubérant ; de vastes lèvres minces, délicates, noires et rouges comme des pétales d’orchidée ; une gorge vaginale redevenue étroite, qui donnait par contraste aux lèvres une proportion monstrueuse ; un étrange anus en cocarde, largement teinté de bistre sur un fond pourpre ; mais autour de ces détails, les singularités les plus invraisemblables étaient celles des poils. Je crois que jamais une femme aussi velue de noir n’avait couché dans mon lit. Ses poils envahissaient tout : le ventre, les cuisses, les aines ; ils croissaient entre les fesses ; ils obscurcissaient la croupe ; ils montaient jusqu’à…

Tout à coup, je ne vis plus rien. La langue de Teresa m’avait touché la peau. Mes muscles piqués se crispèrent. La langue erra, tourna, passa par-dessous… Je frémissais. Cela ne dura qu’un instant d’angoisse. Teresa releva la tête et, sautant du lit :

« Assez pour ce soir ! dit-elle.
- Tu as juré de me rendre enragé ? Tu vas me laisser dans un pareil état ?
- C’est pour Lili. Je cours la chercher. Fais-lui croire que tu bandes pour elle. Et demain, toi et moi… toute la nuit, tu m’entends ? »

Rien ne me déplaît davantage que les substitutions d’amantes. Désirer une femme, en posséder une autre, cela m’est odieux. Quand Teresa eut disparu, je décidai que Mlle Lili se ferait désirer elle-même ou qu’elle n’aurait rien du tout.

En l’attendant, je pris dans ma bibliothèque un roman capiteux de Henri Bordeaux, que j’avais acquis tout exprès pour abattre par la force les érections rebelles à ma volonté.

À la septième ligne, le miracle advint.

Voir en ligne : Trois Filles de leur Mère - III

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Pierre Louÿs, Trois Filles de leur Mère, Éd. Au dépens d’un Amateur et pour ses amis, Paris [n.d.] 1926.



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