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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

Un beau cavalier

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre IV)



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Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


IV
UN BEAU CAVALIER

Nous continuions notre vie calme, Mais si Miss Dean était toujours pleine d’empressement et d’enthousiasme dans l’accomplissement de son oeuvre charitable, je trouvais, quant à moi, cette existence un peu monotone. L’isolement commençait à me peser. J’aurais voulu une compagne avec laquelle j’aurais pu rire et causer gaiement, car Miss Dean, quoique toujours bonne et charmante, était d’un caractère enclin à la mélancolie ; j’eusse souhaité qu’une personne moins triste partageât mes heures de jeune fille.

Ma première bravoure était maintenant tombée, et, parfois, des idées noires me hantaient. L’idée d’être arrêtée, d’avoir les cheveux coupés ras et d’être emprisonnée me terrifiait. Je n’avais pourtant aucune raison de m’alarmer : nous étions bien connues dans les environs, tous les blancs à qui nous avions affaire étaient très polis avec nous, et aucun d’eux ne soupçonnait que deux femmes seules eussent osé se sacrifier au point de risquer leur liberté en se mettant ainsi hors la loi. Ce cas, d’ailleurs, ne s’était jamais produit.

Chose étrange ! nous étions environnées d’individus sans aveux, et qui, certes, ne se recommandaient pas par leurs scrupules ou leur honnêteté. Aucun d’eux ne possédait l’argent suffisant pour acheter un esclave, et pourtant la traite des noirs n’avait pas de plus ardents défenseurs.

J’avais l’habitude de me promener chaque jour dans la campagne, et je souhaitais ardemment de trouver quelqu’un à qui parler. Enfin mes vœux furent exaucés.

Une après-midi, je marchais lentement, en proie à je ne sais quels pensées tristes, lorsqu’au coin d’une route je me trouvais face à face avec un petit troupeau que précédait un taureau. Celui-ci, en me voyant, baissa la tête, gratta la terre du sabot, et poussa un mugissement féroce. Il est probable que si j’étais restée immobile, l’animal aurait continué sa route ; mais, prise d’une frayeur incompréhensible je me mis à courir de toutes mes forces en poussant un cri de terreur. La bête se mit aussitôt à ma poursuite. J’allais être atteinte et tuée sans nul doute, quand un cavalier, qui se trouvait là et qui avait entendu mes appels, sauta une haie qui nous séparait et, piquant droit à l’animal, le détourna de sa course en le frappant de sa lourde cravache.

C’était un jeune homme ; il mit pied à terre et vint à moi ; j’étais immobile et je tremblais au point que je me serais affaissée, lorsque s’élançant, il me soutint en portant à mes lèvres une gourde pleine d’une liqueur réconfortante.
- Remettez-vous, dit-il, le danger est passé.

Je le remerciai chaleureusement. C’était un bel homme, grand, très brun, portant une forte moustache ; il pouvait avoir trente-cinq ans. Sa physionomie était très agréable, bien que je ne sais quoi d’énergique en tempérât la douceur.

Il attacha son cheval à un arbre, et s’assoyant auprès de moi, commença à me parler de façon alerte et légère. Je me trouvai vite à mon aise avec lui, si bien que quelques minutes après, je bavardais gaiement, heureuse d’avoir enfin trouvé un compagnon aimable auquel j’étais attachée par la reconnaissance. Il me dit s’appeler Randolph. célibataire, et possesseur d’une grande plantation peu éloignée de notre maison. Je savais cela déjà et connaissais quelques-uns de ses esclaves, mais je me gardai bien de lui faire cette confidence. En apprenant mon nom, il se mit à sourire :
- J’ai entendu parler de vous et de Miss Dean, dit-il, et ,j’étais persuadé que mes locataires — car votre maison m’appartient — étaient deux vieilles filles laides et désagréables.

Je ne pus m’empêcher de sourire à mon tour.
- Miss Dean est un peu plus âgée que moi, répondis-je, mais elle n’est ni laide ni désagréable ; elle est au contraire tout à fait charmante. Quant à moi, je suis… son secrétaire.
- Vous pourriez ajouter que vous êtes tout à fait charmante et que vous voyez en moi un homme enchanté d’avoir fait votre connaissance.

Je rougis, mais au fond, j’étais heureuse du compliment. Les jeunes gens avec lesquels je m’étais trouvée à Philadelphie étaient tous des Quakers plutôt austères, et peu habitués au langage doré qui tourne la tête aux femmes.

Le jeune homme continua, toujours sur le ton le plus galant :
- Vous devez trouver la vie bien triste toutes seules ici, sans voisins. Voulez-vous me permettre d’aller vous rendre visite un jour ou l’autre ? Vous êtes sans doute chez vous le soir ?

J’eus un soubresaut violent. Lui à la maison ! c’était le loup dans la bergerie ; nos pieuses manœuvres seraient vite découvertes !

Avec un calme apparent, je lui répondis qu’il m’était absolument impossible de prendre sur moi d’accéder à son désir ; Miss Dean, il ne devait pas l’ignorer, était une quakeresse et par cela même d’un commerce assez difficile. J’ajoutais qu’elle ne voulait que moi pour la distraire et que des visites — fussent-elles de simple politesse — pourraient la mécontenter. Ce disant, je me levai, voulant à tout prix éviter de nouvelles questions, questions que je prévoyais embarrassantes.
- S’il en est ainsi, répliqua-t-il, je ne m’imposerai pas à Miss Dean, mais me permettez-vous d’insister pour vous revoir ? Voulez-vous que je sois ici, demain, à trois heures ?

Il n’y avait aucun danger à accepter ce rendez-vous ; de plus, si je le lui refusais, il était capable de venir à la maison. J’étais jeune, insouciante, ignorante du danger qui pouvait résulter de telles entrevues. Je promis donc d’être exacte, et lui dis au revoir.

Il pressa un moment ma main, me dit : « À demain », puis, sautant en selle, il partit au galop.

Je le suivis des yeux, me sentant pleine de reconnaissance pour l’homme qui peut-être m’avait sauvé de la mort. Alors je repris lentement, comme j’étais venue, le chemin de l’habitation, roulant dans ma tête mille projets divers. J’étais heureuse de cette petite aventure qui, pour un instant, jetait dans la monotonie de ma vie une lueur de gaieté.

Je trouvai Miss Dean occupée à faire chemises pour les nègres.
- Vous êtes fraîche comme une rose, ce soir me dit-elle, qu’est-ce qui vous a donné ces belles couleurs ?

Je lui racontai en riant que j’avais été poursuivie par un taureau, mais je me gardai bien de parler du grand danger que j’avais couru, ni de M. Randolph ; mon amie, dont les principes étaient irréductibles à l’égard des hommes, ne m’eût permis de revoir M. Randolph. Puis, j’enlevai mon chapeau et nous nous mîmes à table.

Le lendemain, à l’heure dite, je trouvai Randolph au rendez-vous ; il avait l’air très heureux en me saluant, et me prit les deux mains, me contemplant un instant avec un regard extatique.

Une femme s’aperçoit toujours du charme qu’elle inspire. Aussi était-il difficile que je me méprisse sur les sentiments de M. Randolph. Après quelques mots aimables, il m’offrit son bras et nous allâmes nous asseoir dans un petit coin de verdure au bord d’un lac.

Il me questionna sur ma vie passée et mes espérances. Je lui confiai que j’étais orpheline, et lui donnai des détails sur les fonctions que je remplissais auprès de Miss Dean, sans toutefois lui faire connaître les raisons qui nous engageaient à vivre en Virginie.

Les manières de M. Randolph étaient correctes, et nous restâmes ensemble pendant plus d’une heure sans qu’il se fût permis la moindre privauté. En me quittant, il me fit promettre de revenir trois jours après.

Je fus exacte au rendez-vous, puis, peu à peu, l’habitude vint de nous voir tous les jours. Certes, je ne ressentais pour lui aucun amour véritable, mais je me plaisais en s compagnie. Il avait beaucoup voyagé, connaissait bien l’Europe, et ses récits étaient toujours variés et pleins d’intérêt.

Cependant, je crus m’apercevoir qu’il était cruel et qu’il n’avait sur les femmes qu’une opinion de négrier. Il entendait l’amour au point de vue de la suprématie du maître. C’est tout au plus s’il considérait les femmes blanches un peu supérieures à ses nègres.

Malgré cela, il me fascinait, je ne pouvais lui refuser un rendez-vous. Toujours très poli avec moi, je m’apercevais néanmoins de la condescendance qu’il me témoignait. Il était immensément riche, faisait partie de l’aristocratie du Sud, et était membre de « P. F. V. » c’est-à-dire appartenait aux premières familles de Virginie, tandis que n’étais que la fille d’un employé de banque mort dans la misère. En un mot il avait l’air de me considérer comme lui étant tout à fait inférieure par la naissance comme par le sexe.

Peut-être cet homme avait-il raison…

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : Tentative infructueuse (Chapitre V)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.



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