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Les délices du fouet

Un passionné flagellomane

Roman érotique (chapitre 21)



Auteur :

Mots-clés :

Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.


21

La voiture de miss Bobby, qui lui avait été prêtée pour l’occasion par une de ses opulentes amies, était une vraie bonbonnière, capitonnée de soie et suspendue sur de souples ressorts.

Blotti contre l’adorable femme et mollement bercé au trot de deux rapides coursiers, il me sembla que l’archange Gabriel en personne était venu me chercher à Richmond pour me conduire en paradis. Mon impérieuse amie avait jeté l’ample manteau de zibeline dont elle avait emmitouflé sa demi-nudité et il émanait d’elle un grisant parfum de femme, mêlé à l’odeur féline de la fourrure. Elle découvrit ses délicieuses épaules et je la serrais de près, cherchant à enlacer sa taille de mon bras. Elle se dégagea, effarouchée.
- Charley, qu’est-ce qui te prend ? dit-elle. Veux-tu me laisser tranquille.

Elle se renversa au fond de la voiture en fermant les yeux et je la contemplais en silence. Mais, bientôt, enhardi par sa somnolence, j’effleurai de mes lèvres le pli de son aisselle, aspirant d’enivrants effluves. La dormeuse se dressa et me flanqua un soufflet.
- Je t’avais pourtant défendu de me toucher, dit-elle ; maintenant, tu vas te coucher à mes pieds comme un chien, et gare si tu bouges ! Ce que tu as besoin d’être fouetté !…

Je fis le reste de la route accroupi dans l’étroite voiture, sentant tout près de moi les divins petits pieds et n’osant y toucher.

À notre arrivée, je fus tout surpris de ne pas être expédié à la chambre des punitions, et de pénétrer, à la suite de l’adorée, dans sa chambre à coucher. C’était un vrai temple mystique, où les étoffes chatoyantes se mariaient aux meubles d’art et aux bibelots de prix.

Miss Bobby, pendant que sa soubrette la débarrassait de sa lourde pelisse, lui donna l’ordre d’apporter tout de suite deux verges et une cravache ; puis, se tournant vers moi, elle me dit :
- Toi, tu vas m’enlever ta tunique. Je ne fus pas long à obéir, je n’avais sur corps que cette tunique et mes sandales.

La camériste ayant apporté les instruments, ma sévère maîtresse, d’un air affairé et pressé, me lia les mains à l’un des montants de son grand lit de cuivre. Je tendais avec impatience ma chair assoiffée, et le costume que miss Bobby avait conservé me donnait une réminiscence de la fête. Sa tunique était en soie d’un vert pâle, où semblait miroiter le reflet des vagues. Son front, astré d’un diadème d’émeraudes et de rubis, était orné d’une goutte de perle, qui frissonnait à chaque mouvement. Sous ce cercle de gemmes, enserrant son front blanc et l’or liquide de ses cheveux, ses yeux prenaient un éclat étrange, comme animés d’ardeur sensuelle ; ses traits semblaient plus accusés et plus durs. Elle saisit une verge et la fit glisser amoureusement dans sa main.
- Il y a longtemps que j’avais envie de te fouetter, me dit-elle. Je vais d’abord te souhaiter la bienvenue avec quelques bons coups de verges. Cette fête m’a mise dans un état…

La verge siffla et la danse commença.

Je sautai comme sous une décharge électrique, secouant l’énorme lit de mes mouvements désordonnés. L’inexorable maîtresse, qui ne m’avait promis que quelques coups, semblait prendre goût à la chose et ne s’arrêtait plus.
- Ce n’est rien, fit-elle, en jetant la verge, après cette énergique volée. Ceci, c’était pour assouplir ton caractère, tout à l’heure, tu verras autre chose.

Elle me détacha et, après avoir pris dans une armoire une longue chemise de lin et une ceinture de soie bleue, me jeta ces objet disant :
- Tiens, mets cela. Puis, tu vas me servir de femme de chambre. Nous allons voir si tu t’entends à la toilette féminine.

Je fus ravi de cacher ma nudité et plus ravi encore de pouvoir entourer mon idole et toucher son corps délicieux. Avec des soins infinis et amoureux, je dégageai de la soie mouvante de ses cheveux, le magnifique diadème de gemmes. La tunique ayant glissé à terre, des torsades d’or se déroulèrent sur les épaules, les enveloppant comme d’un royal manteau d’où surgissait la statue lumineuse. Ce fut pour moi une émotion puissante, de voir se révéler dans toute sa nudité, cette adorable créature dont la beauté hantait, depuis de longues années, mes rêves d’adolescent. Elle était d’une grâce tanagréenne, souple et nerveuse, dans l’initiale splendeur de sa chair.
- Eh bien, Charley, tu restes là ? Prends une éponge et de l’eau tiède dans mon cabinet de toilette, et frotte-moi.

Dans un enivrement où je me mouvais comme en songe, je fis glisser l’éponge, écartant la rutilante toison d’une main tremblante, tandis que l’autre suivait les contours délicats de ce corps délicieusement svelte et poli, et dont la peau nacrée semblait s’illuminer d’une clarté intérieure.
- C’est très bien, Charley, fit ma gracieuse maîtresse, tu as la main douce. À présent, cherche le grand démêloir d’écaille et voyons si tu sais tresser une natte.

Et ce fut un autre délice, de glisser mes doigts frissonnants dans la soie fine qui rebondissait, comme douée de vie, sous ma main. Je réussis la natte épaisse et gonflée, et un noeud de ruban mauve la retint dans le bas.
- Oh ! mais parfait ! fit l’adorée, je vais te prendre aux gaies comme femme de chambre.

Frileuse, avec des gestes de chatte, elle glissa dans une exquise matinée, toute en dentelles et rubans.
- Maintenant, Charley, tu prendras dans le cabinet de toilette, le bassin en cristal pour mes pieds, et tu ajouteras à l’eau, un peu d’essence de laurier rose et d’héliotrope.

Je ne me tenais plus de bonheur, et ayant apporté le nécessaire demandé, je crus défaillir en tenant, dans mes mains caressantes, les ravissants petits pieds si longtemps désirés. Je détachai les rubans des sandales et, telles de blanches colombes s’échappant palpitantes de leur cage pour prendre leur vol, ils se mirent à clapoter dans l’onde parfumée. Je m’étais muni d’une serviette molle, pour les essuyer avec amour, et je ne pus retenir mon envie d’y porter ma bouche, en une frénésie.
- Charley ! fit la voix de l’adorée, en prenant une intonation sévère, les as-tu mérités ?
- Oui, dis-je, en me redressant triomphant et courant à ma tunique, j’y pris le bulletin blanc mentionnant la note « Un ».

Miss Bobby en demeura stupéfaite.
- Non, ce n’est pas possible, fit-elle incrédule, relisant encore et encore. Il est extraordinaire, ce garçon ! Eh bien, alors, prends-les tous les deux.

Je me jetai comme un fou sur les précieux objets, ma bouche les aspira tout entiers, ne trouvant pas assez de caresses pour les boire et les manger. Deux petits coups discrets, frappés à la porte, interrompirent mon régal. La soubrette annonçait que le souper était servi. Miss Bobby, après avoir fait disparaître les deux merveilles dans les minuscules écrins destinés à ces parfaits joyaux, entraîna dans la salle à manger.

Je connaissais cette luxueuse pièce et je jetai un coup d’oeil familier au petit canapé sur lequel miss Harrisson m’avait administré une rapide et énergique fessée. La salle était brillamment éclairée et ornée d’une profusion de fleurs odorantes, et la table mise princièrement, chargée de vaisselle d’argent et de cristaux scintillants.

Deux vastes fauteuils nous tendirent leurs bras confortables. Miss Bobby souleva le couvercle d’une terrine en argent, et le parfum d’une langouste à l’américaine vint exciter notre appétit. Ce plat exquis fut suivi d’un chaud-froid de gibier digne d’un Vatel, et le petit vin doré qui arrosa ces plats succulents nous fit bientôt voir la vie en rose. Ma ravissante compagne avait des gestes câlins et me couvait des yeux avec tendresse.
- À ton âge, fit-elle, tu es déjà un si passionné flagellomane ?
- Chère miss Bobby, c’est à vous que je dois cette belle passion, vous êtes mon initiatrice.
- Flatteur ! tu oublies tes sévères gouvernantes, qui t’ont fait connaître les verges bien avant que je ne t’aie connu.
- Mes sévères gouvernantes n’étaient rien à côté de vous, qui êtes une magicienne. C’est vous qui avez allumé dans mes veines les flammes divines, c’est vous qui m’avez ouvert les portes du paradis.
- Tu avais cette passion dans le sang, fit miss Bobby, car tu trouves dans la douleur ressentie, le charme de la domination. L’origine de ce sentiment est religieux ; c’est le besoin de l’être humain, de se soumettre à une puissance supérieure et divine. Dans le polythéisme, cette divinité était souvent féminine. L’amour étant une adoration, mêle l’admiration du beau à celle de la puissance, créant une source d’ivresse sans bornes, ivresse où la douleur s’unit à la jouissance. C’est la déification de la femme par une soumission fanatique à sa volonté.
- Miss Bobby, dis-je, on ne peut pas mieux définir cette passion, et n’est-ce pas déplorable que ceux qui ne la comprennent pas, la considèrent comme une aberration honteuse ?
- Il y aura toujours des profanes pour se moquer des belles et bonnes choses qu’ils ne savent pas goûter, repartit la gracieuse jeune femme. Notre passion est du domaine des intellectuels, des artistes, des poètes et des amoureux vibrants, c’est un suprême hommage à la beauté, et un raffinement d’amour délicat.

Après des desserts exquis et des liqueurs de choix, miss Bobby se leva et me ramena dans sa chambre, où la veilleuse jetait une lueur rose de mystique tabernacle. Je me prosternai aux pieds de la divinité du lieu, lui rendant le culte de mon adoration fervente.

Voir en ligne : La flagellation amoureuse (chapitre 22)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Lord Charles Drialys (Jean de Villiot), Les délices du fouet, C. Carrington, Paris, 1907.



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