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Curiosités et Anecdotes sur la flagellation

Un remède pour Kleptomane

Essai érotique (Librairie des Bibliophiles, Paris, 1900)



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Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.


UN REMÈDE POUR KLEPTOMANE.

Il y a quelques années, dans une des rues les plus commerçantes de Londres (West City), s’élevait une haute et puissante maison de six étages appartenant à MM. Brown, Sutton et Robins. Cette maison était toute entière occupée par leurs magasins.

On y tenait la draperie, la lingerie fine, la bijouterie et mille autres objets de nécessité ou de luxe, tout ce qui sert, en un mot, à l’habillement et à l’ornement du beau sexe.

Plus de cent employés, hommes et femmes étaient occupés dans les divers rayons et, par les beaux après-midi de la saison londonienne, l’établissement tout entier s’emplissait d’une foule de femmes de toutes conditions, foule avide et empressée.

Une surveillance active ne cessait d’être exercée, mais en dépit de la vigilance et de la subtilité de ceux qui y étaient préposés, la maison ne laissait pas d’être volée quotidiennement. Ces vols n’étaient pas seulement commis par des professionnelles, mais encore par de fashionables ladies.

Un après-midi, les trois associés s’étaient réunis dans un vaste appartement situé au sixième étage de l’établissement.

Cet appartement était meublé d’une façon très élégante et très confortable. D’artistiques peintures ornaient les murs ; le plancher était recouvert de soyeux tapis de Turquie ; aux fenêtres se drapaient d’amples rideaux cramoisis. Quelques chaises et deux canapés de grand style ornaient la pièce, dont l’ameublement se complétait d’un large et magnifique meuble d’acajou au couvercle de marbre sur lequel se trouvait une pendule et des candélabres. La chambre formait ainsi un lieu de repos d’un calme achevé, très retirée à l’abri de toute incursion fâcheuse. Tout le mouvement des affaires se trouvait en effet aux trois étages inférieurs et le quatrième et le cinquième étaient réservés aux marchandises. Un téléphone reliait ledit appartement à tous les autres locaux.

Brown, l’associé le plus âgé, était un homme corpulent, au visage fortement coloré, portant la barbe coupée en larges favoris gris comme sa chevelure. Il avait cinquante-cinq ans mais les portait allègrement. Marié et père de filles et de garçons déjà grands, il habitait à Clapham où il tenait une charge de marguillier et de membre du conseil de fabrique.

Sutton était un petit homme à la mine aimable et spirituelle. Son visage rasé, ses manières vives lui donnaient l’allure d’un jeune homme bien qu’il eût quarante-cinq ans et qu’il fut marié et père de plusieurs enfants.

Robins le plus jeune, trente ans, portait une moustache noire très effilée. C’était un aimable compagnon, épris de sport et qui se donnait des allures militaires. Il était grand admirateur de la femme et l’on disait que le petit appartement qu’il s’était fait installer à St. John’s Wood était d’une grande élégance. Il montrait cependant une réelle compétence dans le maniement des affaires et les associés avaient la plus grande confiance en son habileté et en sa connaissance de la vie et de la mode à Londres.

Les associés étaient assis autour d’une table couverte de papiers et de registres ; ils travaillaient en silence, examinant les comptes du dernier trimestre. Le plus âgé rompit enfin le silence pour montrer la balance qu’il venait d’établir.

Elle accusait un bénéfice assez élevé.
- « Vous le voyez, leur dit-il, nous avons bien travaillé ce dernier trimestre et il y a lieu d’être satisfait, mais vous constaterez en même temps que nous avons à insérer au compte des pertes plus de cent livres sterling, somme qui représente la valeur des marchandises qui nous ont été volées. Les surveillants déclarent que ces vols n’ont pas été commis seulement par ceux que l’on pourrait nommer des professionnels, mais encore par des dames d’une position sociale élevée et qui souvent étaient venues à nos magasins dans leur équipage. Quand on les arrête, elles mènent grand bruit, s’indignent et déclarent qu’il y a erreur et qu’elles s’apprêtaient à payer. Nous en avons poursuivi quelques-unes en justice, mais nous y avons perdu beaucoup de temps et d’argent. Nous n’avons d’ailleurs jamais obtenu satisfaction. Les coupables trouvent toujours un ou deux médecins qui les déclarent atteintes d’hystérie, irresponsables par conséquent et les magistrats se bornent à les réprimander. Il est évident qu’il y a une loi pour le riche et une pour le pauvre ; car lorsque nous poursuivons une femme appartenant au menu fretin des voleuses, elle ne manque pas de goûter de la prison avec hard labour.
- Oui, dit Sutton, nous sommes volés par les « dames » le plus effrontément du monde. J’ai entendu parler d’une qui vient au magasin dans son coupé on l’a plusieurs fois surprise dérobant de menus objets ; interrogée, elle ne paraît nullement interdite, rit comme d’une plaisanterie qu’elle aurait voulu faire et elle paye. Elle doit avoir, à maintes reprises, emporté sans être vue, bien des objets de diverses sortes.
- Eh ! bien, fit remarquer Robins, il me vient à l’esprit une chose qui vous étonnera tous deux. La loi ne nous protège certainement pas, et les médecins sont toujours à la disposition de nos grandes voleuses pour leur délivrer des certificats de kleptomanie. Je ne crois pas à cette maladie ni à quoi que ce soit de ce genre, et je vous propose de légiférer nous-mêmes sur ce sujet. Nous punirons nous-mêmes la première lady qui sera prise en flagrant délit de vol.
- Comment la punirons-nous, dirent ses deux associés, l’air très étonné.
- Je vais vous le dire, répondit Robins. Nous la ferons monter ici, dans cette chambre, et nous lui donnerons une fessée bien appliquée sur le derrière nu puis nous la laisserons partir. Si elle refuse la fessée, nous la livrerons à la police et, si je ne me trompe, c’est la fessée que la darne choisira. Toutes ces voleuses-là nous volent depuis longtemps, ce qu’elles ne voleront pas ce sera la flagellation soignée.

Les deux hommes furent si étonnés sur le champ de la proposition hardie que leur faisait Robins qu’ils restèrent un moment sans répondre. Enfin, un éclair de gaîté passa dans les yeux de Sutton et faisant claquer ses lèvres où se dessinait un malicieux sourire, il s’écria tout à coup :
- Pardieu ! c’est une idée splendide.

Le vieux Brown frotta ses mains avec lenteur et d’une voix pleine d’onction.
- Je suis certain, dit-il, que les verges auront pour effet de détourner ces femmes de leurs sentiers pervers, mais j’ai peur qu’il n’y ait pour nous du danger à faire justice nous-mêmes.
- Il n’y aura aucun danger, dit Robins. Cette chambre est parfaitement retirée de tout le reste de l’établissement et nous pouvons y faire ce qui nous plaira sans qu’aucune âme puisse avoir le plus léger soupçon de ce qui se passe.
- C’est vrai, fit Sutton. Je suis convaincu que nous pouvons agir conformément au plan tracé et j’ajouterai que ma satisfaction sera parfaite de voir châtier une de nos voleuses.

Brown voyant ses deux associés du même avis, s’y rangea de suite. En réalité le vieux gentleman pensait en lui-même que ce serait un spectacle bien piquant de voir une dame du grand monde, élégamment parée, mettre sa croupe à nu pour y recevoir une bonne fessée.
- Qui fera l’office ? demanda-t-il en riant.
- Moi, répondit Robins. Je vais me procurer une paire de verges. Je sais une femme qui les fabrique d’excellente façon.
- Comment maintiendrons-nous notre belle victime ? demanda Sutton en riant.

Robins avisant un petit marchepied, répondit : « Nous pouvons l’attacher là et lui lier les poignets et les chevilles avec des mouchoirs. La patiente s’agitera sans doute avec rage et poussera des cris pendant que nous la fouetterons, mais personne, aux étages inférieurs, ne pourra entendre le moindre bruit. »

Les trois hommes causèrent quelque temps encore sur ce sujet, puis ayant arrêté tous les détails de l’affaire, ils débouchèrent une bouteille de champagne et burent au succès de la cure qu’ils allaient entreprendre auprès des dames souffrant de « kleptomanie ».

Ils se séparèrent ensuite, se donnant rendez-vous pour deux heures dans le même appartement chaque après-midi, pour être prêt à tout événement.

Robins descendit aux magasins, donna un coup d’œil à tous les rayons et pria les surveillants de redoubler d’attention. Il leur dit en même temps qu’ils aient, au cas où une femme serait prise en flagrant délit de vol, à la conduire de suite à l’appartement directorial. Puis il alla flâner au Parc pensant, en regardant les élégantes promeneuses, qu’il croisait peut-être celle qu’il aurait bientôt sous sa main pour la fouetter. Ce Robins était grand amateur de flagellation, et il souriait d’aise en pensant au plaisir qu’il goûterait à relever les jupes de sa belle voleuse, abaisser son pantalon et à lui empourprer la croupe avec son fouet.

Le lendemain, à, deux heures, les trois associés étaient réunis dans l’appartement. Robins montra les deux verges qu’il venait d’acheter. Chacune avait deux pieds de long, et se composait de six lanières, fines et serrées mais d’une rare souplesse.

Brown en prit une en ses mains et dit : « Il y a bien longtemps que je n’en ai tenu. J’avais l’habitude de fesser mes fils et mes filles quand ils étaient jeunes et je crois fermement à la vertu d’une verge bien appliquée. Celle-ci parait fameuse, ajouta-t-il en la faisant siffler dans l’air.
- Bien ! dit Sutton. Petit garçon, j’ai été souvent fouetté, mais je n’ai jamais fouetté personne. Peut-être que je me paierai cela un de ces jours, ajouta-t-il, en clignant des yeux vers Robins.
- Sans doute, répondit en riant celui-ci, si vous vous en sentez le goût.

Ils restèrent ainsi tous trois à causer en fumant jusqu’à cinq heures et comme rien de nouveau ne s’annonçait, ils se quittèrent.

Trois jours se passèrent sans incident. Le quatrième jour, vers quatre heures, au moment où les magasins étaient le plus en mouvement pour la vente, la sonnerie du téléphone qui les mettait en communication avec l’appartement des associés se mit à vibrer.

Robins bondit de dessus son fauteuil, courut à l’appareil et prenant le récepteur, écouta l’employé qui lui dit : « On vient de prendre deux dames au rayon de la bijouterie, l’une d’elles a volé une bourse et d’autres objets en assez grand nombre. »
- Dites au surveillant qu’il fasse monter ces dames ici de suite, commanda Brown.

Robins transmit l’ordre puis vint s’asseoir. Quelques minutes s’écoulèrent dans le silence le plus complet. Chacun des trois associés était en proie à l’excitation la plus vive et roulait dans son cerveau des pensées sensuelles ou autres. Enfin, on entendit frapper à la porte. Brown cria : « Entrez ! » La porte s’ouvrit et l’on vit entrer deux surveillants dont l’un portait un petit sac en cuir de Russie et l’autre un certain nombre de menus objets.

Ils introduisirent dans la chambre deux femmes élégamment vêtues, toutes deux très pâles. Il avait été convenu que Brown prendrait la parole et Robins lui avait indiqué ce qu’il aurait à dire quand on amènerait une femme devant eux. Brown se leva, salua les deux ladies et les pria poliment de s’asseoir. Les deux femmes obéirent, très mal à l’aise.

L’une d’elles était grande et de belle figure. C’était une femme d’une assez forte corpulence, d’environ trente-six ans. Elle avait de larges épaules et de fortes hanches. Son front était très pur, ses joues paraissaient douces et ses lèvres étaient d’un bel incarnat. Elle paraissait jouir d’un bon tempérament, son teint était un peu mordoré, ses yeux comme sa chevelure d’un noir profond Ses vêtements étaient d’une élégance rare, elle portait de nombreux bijoux, tous d’une grande valeur et des gants très fins moulaient ses mains potelées. Son chapeau très coquet la coiffait d’exquise façon et elle portait un magnifique face à main au manche d’écaillé.

L’autre femme, beaucoup plus jeune, paraissait avoir vingt-cinq ans environ. Elle était d’une taille moyenne et fort gracieuse. Ses yeux en amande, sa chevelure d’un beau châtain et retombant en boucles fines sur ses épaules, son front blanc, tout en elle était exquis. Elle était vêtue d’une robe façon tailleur et couleur peau de daim qui la moulait parfaitement dessinant les courbes charmantes de son corps. Son tempérament paraissait d’une grande délicatesse, sa bouche mignonne laissait entrevoir à peine ses dents fines et blanches. Elle portait un très séduisant chapeau de velours orné d’une aigrette rouge et ses petites mains étaient gantées de suède gris-perle.

À ce moment, ses yeux avaient une expression de terreur et ses lèvres rouges tremblaient comme si elle allait crier.

Brown se tourna vers l’un des surveillants et lui dit :
- C’est bien, Mr. Joues, que s’est-il passé ?
- Cette dame, répondit Mr. Jones, en désignant la plus âgée, a souvent été soupçonnée de commettre des vols dans nos magasins et la semaine derrière, nous l’avons arrêtée et nous avons trouvé sur elle un grand nombre d’objets volés. Quand on l’interrogea, elle s’écria, disant que l’on se trompait, qu’elle voulait payer. Nous ne l’avons pas cru, mais nous l’avons laissée partir après qu’elle eut versé la valeur des articles dérobés. Cette dame vient souvent ici, toujours dans son coupé. Aujourd’hui elle est arrivée en compagnie de la personne que nous venons d’amener avec elle et nous les avons toutes deux surveillées attentivement. Elles ont visité deux rayons différents et dans chacun ont volé quelque chose. Finalement, à mon rayon, celui de la bijouterie, elles firent quelques menues emplettes mais nous la vîmes dérober plusieurs articles qu’elles cachèrent sous leurs vêtements. Nous les avons alors arrêtées et en fouillant dans le petit sac à main que portait la plus âgée, nous y avons trouvé : six paires de gants, trois pièces de dentelles, une demi-douzaine de mouchoirs de batiste, un bracelet d’or, trois bracelets d’argent et une bague ornée d’un diamant, aucun de ces objets n’a été vendu à cette dame.

Dans la poche de sa compagne, nous avons trouvé : trois paires de gants, deux bracelets d’or ornés de perles et une broche en diamants. »

Pendant que Mr. Jones faisait la preuve de ses accusations en montrant, un par un, tous les objets volés, la plus jeune dame cachait son visage dans son mouchoir et pleurait, mais l’autre se tenait toute droite, agitant nerveusement son face à main et faisant mine de rire comme si ce qui se passait n’était qu’une plaisanterie.
- Merci, Mr. Jones, dit Brown, vous pouvez vous retirer et laisser ces dames. Mes associés et moi terminerons ici cette affaire. Faites dire au cocher qu’il attende leurs maîtresses, nous ne les retiendrons pas longtemps.

Les deux surveillants quittèrent la chambre et Robins alla doucement fermer la porte dont il mit la clef dans sa poche.
- Maintenant, Madame, dit Brown, en se tournant vers la plus âgée des femmes et sur un ton doux et poli, quel est votre nom et votre adresse ?

La dame, rassurée par le ton de Brown, sourit et dit :
- J’espère que vous reconnaissez que vos gens se sont trompés. Nous avons l’intention de payer tous ces objets. Mon nom est Mrs. Clifford ; je demeure No. 365 Brook Street.
Brown fit un petit salut, se tourna vers l’autre femme et lui posa la même question. Celle-ci répondit, la voix étranglée :
- Je me nomme Mrs. Jane. Mon mari est capitaine et je demeure pour le moment avec Mrs. Clifford.

Brown inscrivit les renseignements donnés, puis changeant de ton, il reprit :
- Mes employés ne se sont pas trompés. Qu’avez-vous à dire avant que je ne vous remette aux mains de la police sous l’inculpation de vol ?
Vous, Mrs. Clifford, il parait que vous nous avez déjà volés, et vous avez amené votre amie dans nos magasins après l’avoir dressée à faire comme vous.

Mrs. Jane se leva brusquement, toute pâle, avec des pleurs coulant sur ses joues :
- Oh ! monsieur, s’écria-t-elle, ne me livrez pas à la police. Mon mari paiera ce qu’il faudra pour m’éviter un pareil affront. Ayez pitié de moi ! Si vous m’envoyez en prison, mon mari ne me parlera plus jamais.

Mrs. Clifford se leva à son tour ; elle tremblait mais voulut payer d’audace.
- Oh ! tenez, dit-elle, d’une voix cependant mal assurée, ceci n’est qu’une affaire de livres, de shillings et de pence. Je vous donnerai cent livres si vous nous laissez partir et ne dites rien de ce qui est arrivé.

Brown répondit :
- Non, nous ne vous laisserons pas partir, mais vous pourrez échapper au scandale et à l’affront d’un procès public, à certaines conditions.
- Oh ! quelles sont ces conditions ? demandèrent les deux femmes, avec angoisse.
- Vous allez le savoir, dit Brown. Mes associés et moi avons décidé de punir d’une certaine façon chaque femme qui nous aura volé. Si vous consentez toutes deux à recevoir une fessée sur votre derrière nu, vous partirez d’ici librement, niais si vous vous refusez à ce châtiment corporel, vous serez de suite livrées à la police et nous vous poursuivrons avec la dernière rigueur. Vous êtes sûres d’êtres convaincues de vol et aurez toutes les deux à subir un long emprisonnement avec hard labour.

En entendant ces paroles terrifiantes pour elles et l’horrible perspective qui leur était offerte, les dames furent saisies d’horreur. Leurs visages tout à l’heure si pâles devinrent écarlates, leurs jambes tremblaient sous elles, elles respiraient avec peine et regardaient autour d’elles avec angoisse, constatant, des larmes dans les yeux qu’elles étaient absolument à la merci de ces hommes et qu’il leur faudrait accepter l’une ou l’autre de ces alternatives : les verges ou la prison.

Mrs. Clifford avait perdu toute son assurance, elle se tordait les mains tandis que des larmes abondantes coulaient sur ses joues.
- Maintenant, mesdames, demanda Brown, que choisissez-vous ? La prison ou les verges ?
- Oh ! gémit Mrs. Jane. Que ferai-je ? Je ne puis supporter un affront si grand auprès de mon mari et la pensée de l’autre… chose est trop horrible. J’en mourrai de honte. Oh ! Oh !
- Personne n’est jamais mort de honte, dit Brown, d’un ton cynique.
- Oh ! s’écria Mrs. Clifford, vous ne parlez pas sérieusement, et elle tendait les mains dans un geste suppliant vers Brown. Vous ne serez pas assez cruel pour nous fouetter. Vous plaisantez.
- Vous verrez que nous ne plaisantons pas, dit durement Brown. Je vous donne cinq minutes pour réfléchir. Passé ce délai, j’enverrai chercher la police, si vous ne consentez pas à recevoir les verges. Il n’y a aucun moyen de vous échapper. Rappelez-vous donc que vous avez à choisir : ou un procès public, un scandale énorme suivi d’un emprisonnement avec hard labour et la honte pour toute la vie, ou une flagellation qui sera bientôt terminée, et dont personne, en dehors d’ici, ne saura jamais rien.

Les dames, tout en larmes, couvertes de honte, pleines d’épouvanté, ne purent se décider. Elles suppliaient qu’on les laissât partir, s’adressant sur un ton presque agonisant à chacun des hommes et faisant appel à leur pitié. Mais leurs larmes et leurs prières n’eurent aucun résultat. Les cinq minutes venaient de s’écouler. Brown se dirigea vers le téléphone et prenant en main le récepteur.
- Le temps est passé. Avez-vous choisi ? Dois-je ou ne dois-je pas envoyer chercher les policiers ?
Mrs. Jane se laissa tomber sur un fauteuil et s’écria d’une voix brisée.

- « Oh ! n’envoyez pas… chercher… la… police… Je n’irai pas en prison. Je… oh ! oh ! … comme oh ! … je comme… à…

Elle n’acheva pas et se penchant sur les coussins du canapé, elle y cacha son visage.

Mrs. Clifford hésita un moment puis d’une voix rauque :
- Je consens, dit-elle, puis elle tourna le dos aux hommes et se tint la tête inclinée, sa poitrine soulevée par des sanglots soutenus, ses doigts serrés et comme incrustés dans la paume de ses mains.
- Je pense que vous avez fait le choix le plus sage, dit Brown.

Les trois associés alors se consultèrent un moment, puis Robins plaça le marchepied au milieu de la chambre, alla dans un cabinet revint portant ses verges et deux longs foulards de soie.

Le marchepied était d’acajou et d’un travail soigné. Il avait environ trois pieds de haut et un dessus très large, les côtés s’inclinaient et formaient un angle d’environ quarante-cinq degrés sa largeur était d’environ dix-huit pouces.

Tout étant prêt, Brown alla s’asseoir et se disposa à prononcer la sentence :
- Nous avons décidé, dit-il, que vous Mrs. Jane recevrez la première la punition, qui consistera en douze coups de verges, parce que vous êtes la moins coupable. Vous, Mrs. Clifford, vous assisterez au châtiment de votre compagne et vous recevrez ensuite vingt-quatre coups, parce que vous êtes une coupable d’ancienne date.

Il se tut un instant, puis dit :
- Venez ici, Mrs. Jane.

Elle ne fit pas un mouvement pour se lever du canapé où elle était couchée tout en larmes si bien que Robins et Sutton vinrent auprès d’elle, la firent se mettre debout, lui enlevèrent son chapeau et la conduisirent en la traînant et en la portant pour ainsi dire vers le « cheval ».

Son visage était redevenu très pâle, elle avait fermé les yeux et ne faisait plus aucune tentative de résistance, mais s’abandonnait inerte aux mains de ces hommes.

Ils la firent se coucher la poitrine sur le dessus du marchepied, les bras en avant. Alors chacun d’eux prit un foulard et lui lia les poignets sur un des côtés du marchepied, en avant, et les chevilles d’autre côté.

Mrs. Jane se trouva donc ainsi penchée dans une position excellente pour faire saillir sa croupe de façon à recevoir convenablement sa peine.

Tandis qu’on la liait, elle faisait entendre de sourds gémissements, et les pleurs ne cessaient de couler sur ses joues, mais elle ne fit aucune résistance et n’articula pas une plainte. Elle paraissait à peu près anéantie.

Robins, alors qui y goûtait un sensible plaisir commença les derniers préparatifs. Il releva la robe aussi haut qu’il put et la replia sur les épaules, puis, lentement, un par un, il leva les jupons blancs et fins jusqu’à ce qu’il arrivât au dernier, tout orné de dentelles. Il le roula avec soin et enfin releva toutes ces étoffes de dessus le corps de la victime.

Les contours arrondis du derrière potelé de Mrs. Jane se révélaient maintenant, seulement recouverts d’un pantalon parfaitement ajusté, allant jusqu’à ses genoux et tout orné de rubans. Robins mit sa main à l’ouverture qu’il écarta le plus possible, mais elle n’était pas assez large pour mettre toute la croupe à nu. Il prit donc un canif et fît un entaille jusqu’au milieu du dos et une autre entre les jambes. Il écarta alors l’étoffe qui laissa voir la surface toute entière de la croupe et le haut des cuisses de la délinquante. Les mains de Robins s’égarèrent un moment sur la peau fraîche et polie et il pressa doucement les deux fermes rotondités qu’il ne pouvait s’empêcher d’admirer.

La croupe de Mrs. Jane était en effet fort bien faite, large, ronde et très potelée, la peau en était d’un tissu excessivement délicat, et très nette, brillante et blanche comme du lait. Ses cuisses étaient parfaitement proportionnées et ses jambes bien formées. Mrs. Jane portait des bas de soie noire avec des coins brodés en soie blanche et que nouaient des jarretières en satin rouge. Ses petits pieds étaient chaussés de bottines de couleur fauve, à hauts talons.

La position dans laquelle elle se trouvait mettait en relief tous ses charmes et laissait même deviner les plus secrets.

Quand elle sentit la main de Robins qui touchait sa chair nue, elle sursauta, un frisson agita tout son corps, un flot de sang lui monta au visage et sa croupe elle-même devint rouge.

Elle devinait les yeux de tous ces hommes attachés sur son corps et un vif sentiment de honte la remplit tout entière. Elle était également en proie à une terreur indicible à la pensée de la torture qu’elle allait subir car elle avait la peau extrêmement sensible et elle ressentait très vivement la moindre douleur.

Pendant tous ces préparatifs, Mrs. Clifford s’était tenue le dos tourné, ne cessant de crier mais quand tout fût prêt, Sutton vint vers elle et la prenant pur le bras, la força à regarder sa compagne attachée sur le marchepied. Mrs. Clifford devint toute rouge à lu vue de cette croupe s’étalant aussi indécemment aux regards et elle se serait retournée de nouveau si Sutton ne l’avait maintenue énergiquement.

Pour lui, avec un sourire singulier sur ses lèvres, il ne pouvait détacher ses yeux de ce spectacle. Le vieux Brown, son binocle sur le nez, avait rapproché sa chaise du marchepied et s’en régalait également. Robins prit la verge. Il éprouvait un plaisir indicible à la pensée de flageller cette superbe croupe si magnifiquement étalée devant ses yeux et son plaisir était d’autant plus grand que c’était celle d’une femme du meilleur monde et dont il pouvait apprécier la beauté. Il pouvait se dire que ces charmes étalés ainsi devant lui d’une manière aussi provocante n’avaient jamais eu d’autre spectateur que l’époux de la dame. Il fit siffler la verge dans l’air et ce sifflement retentit horriblement aux oreilles de la pauvre femme qui contracta ses muscles dans un spasme de terreur puis la verge s’abattit sur la partie supérieure de la croupe de la victime qui haleta, retenant son souffle puis fit entendre un cri terrible. Des marques rouges zébrèrent aussitôt cette peau si blanche.

L’exécuteur s’arrêta un instant pour qu’elle ressente toute l’acuité de la douleur, puis, Swish ! il frappa au milieu de la croupe : Oh ! — oh ! — oh ! — cria Mrs. Jane en faisant un effort désespéré pour tourner la tête, ce qui fit se détacher sa magnifique chevelure qui couvrit son visage tout en larmes. Swish ! il fit tomber un troisième coup sur la partie de la croupe la plus proche des cuisses oh ! oh ! oh ! et tournant encore une fois la tête par dessus son épaule, elle fixa des yeux agrandis par la terreur sur la terrible verge. Swish ! oh ! cria-t-elle, arrêtez oh ! oh ! arrêtez ah ! ah ! ah ! Swish ! ah ! ah ! je… ne… puis plus ! je ne puis plus ! je ne puis… plus ! et elle s’agitait sur le marchepied faisant rouler ses hanches d’un côté et de l’autre, Swish ! oh ! oh ! oh ! arrêtez, c’est trop horrible et elle remuait sa croupe avec rage tandis que sa peau devenait de plus en plus rouge, de petits filets blancs se dessinaient de tous côtes, elle devait ressentir une peine atroce. Robins maniait la verge avec une grande habileté, la faisant cingler de telle sorte qu’elle fit le plus de mal possible sans cependant entamer la peau et faire jaillir le sang. Il ne frappa pas une seule fois à la même place.

Swish ! oh ! oh ! oh ! Swish ! et le dernier coup fut frappé avec une telle force que la femme fit retentir toute la chambre d’un cri terriblement aigu et s’agita si violemment que le marchepied craqua. Robins déposa la verge et, se penchant sur la croupe toute frissonnante de sa victime la regarda, l’air très satisfait de sa besogne. Il avait fouetté Mrs. Jane fort rudement, mais non cruellement, du bas du dos au haut des cuisses, il n’y avait pas un endroit qui n’eut été touché, mais la peau si délicate n’avait aucune déchirure. La surface tout entière en était de la plus vive couleur et zébrée de marques plus foncées. Robins posa sa main pendant un instant sur cette peau brûlante et meurtrie et après avoir donné un dernier coup d’œil à tous les trésors qu’étalait bien involontairement la patiente, il rabattit ses vêtements et lui délia les poignets et les chevilles.

Elle se leva aussitôt ; sa souffrance était vive. Ses longs cheveux flottaient sur ses épaules, sa face était toute rouge de honte et des pleurs abondants coulaient sur ses joues. Couvrant son visage de ses deux mains, elle alla se jeter sur le canapé le plus proche et s’y cacha sur un coussin, étouffant ses sanglots.

Pendant qu’on fouettait Mrs. Jane, Mrs. Clifford avait regardé ce supplice, la terreur dans les yeux, une agonisante expression sur son visage pâle et baigné de larmes, ses jambes tremblaient sous elle, elle frissonnait chaque fois que la verge s’abattait en sifflant sur la croupe meurtrie de sa compagne et elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle eut préféré subir ce supplice la première, les cris de Mrs. Jane lui faisant comprendre combien il devait être cruel.

Son tour était venu ! Sutton, la poussant vers le marchepied, lui dit : « Maintenant, madame, le cheval est prêt pour vous, allez vous y installer. » Loin d’obéir à cet ordre, elle se mit à crier et se laissa tomber sur le plancher, comme en proie à une crise de nerfs. Mais Robins et Sutton, la relevant avec peine — c’était une femme très vigoureuse — la couchèrent sur le marchepied et l’y lièrent dans la position convenable.

Lentement Robins releva sa robe et ses jupons, dénoua les cordons de son pantalon qu’il rabattit sur les jambes et retourna sa chemise sur ses épaules.

La croupe de Mrs. Clifford maintenant étalée dans toute sa nudité, était fort bien faite bien que d’une grandeur respectable. Elle s’inclinait en d’élégantes courbes vers les cuisses parfaitement moulées. Mrs. Clifford portait de longs bas de soie gris perle avec des jarretières de satin orange aux boucles d’argent. Ses pieds étaient finement chaussés d’élégantes bottines.

La posture dans laquelle elle se trouvait avait pour résultat de lui tendre la peau, en faisant ainsi ressortir toute la netteté et la finesse. Cette peau était comme dorée et le soleil qui brillait à ce moment en faisant ressortir la matité merveilleuse.

Robins n’avait jamais vu croupe plus magnifique et plus grasse et il se délectait à la pensée de faire manœuvrer sa verge sur un pareil champ d’opérations. Il la fixa un moment avec des yeux de connaisseur, songeant au ton pourpré dont il allait couvrir ses fines couleurs. Passant sa main sur cette croupe qu’il admirait ainsi, il la caressa à deux ou trois reprises mais cette caresse répugna sans doute Mrs. Clifford car elle frissonna de honte et fit entendre une sourde plainte.

Puis il prit la verge qui n’avait pas encore servi et commença à la fouetter. La croupe large et grasse de la dame remuait à chaque coup. Mrs. Clifford criait et gémissait mais quand elle eut reçu les six premiers coups, ses gémissements devinrent plus forts et elle commença à s’agiter. Elle supportait cependant bravement sa peine et pendant les douze premiers coups ne dit pas un mot. Mais quand Robins s’arrêta, elle retourna la tête et montrant un visage convulsé par la douleur, elle cria : « Oh ! c’est assez ! oh ! ne me frappez plus ! Assez ! pitié ! laissez-moi partir ! laissez-moi partir ! » Il ne fit aucune attention à ses prières et entama la seconde douzaine, fouettant méthodiquement et lentement, chaque fois sur une place fraîche où se montrait aussitôt une longue marque rouge. Mrs. Clifford redoubla ses cris.

À mesure que le supplice s’avançait, ses plaintes devinrent de plus en plus vives mais la verge continuait de s’abattre et de zébrer sa peau. Elle s’agita avec une telle violence que tout son corps sembla vouloir se redresser et que ses cuisses s’écartèrent.

Quand les vingt-quatre coups lui eurent été infligés, la surface entière de sa croupe était empourprée, sillonnée de marques rouges où des points plus sombres montraient les endroits touchés par l’extrémité des lanières. Comme c’était une femme corpulente et vigoureuse, sa peau était moins sensible que celle de Mrs. Jane et bien qu’elle eut reçu le double de coups, elle avait moins souffert que cette dame.

Robins rabattit sur elle ses vêtements et la détacha ; elle se leva, son pantalon traînant à terre. Son chapeau était tombé, sa chevelure dénouée flottait sur les épaules. Sa respiration haletante soulevait et abaissait ses seins et son visage paraissait torturé d’angoisse. Ses lèvres tremblaient, des larmes abondantes coulaient sur ses joues écarlates. Un intense sentiment de honte l’emplissait toute entière à cette pensée qu’elle, une femme d’un âge déjà mûr, ayant déjà de grandes filles, elle avait été attachée et fouettée sous la yeux de ces hommes comme une méchante gamine. Cette pensée était vraiment horrible ! Elle s’assit sur un fauteuil, mit sa tête sur son bras appuyé au dossier et pleura amèrement.

Pendant ce temps, les cris de Mrs. Jane avaient cessé, mais elle gisait toujours le visage enfoui dans les coussins, un sanglot étouffé soulevant, par instants sa poitrine.

Il y eut un moment de grand silence dans la chambre, entrecoupé par instants par les plaintes sourdes des deux femmes endolories et affolées de honte.

Brown, enfin parla.
- Mesdames, dit-il, je sais que vous devez souffrir et que votre honte doit être grande. Vous devez aussi être très en colère contre nous pour ce que nous venons de vous faire subir mais cela était nécessaire. Vous étiez atteintes d’une affection — très commune parmi les dames — que l’on nomme kleptomanie, mais je pense qu’elle doit porter un autre nom. Nous vous avons appliqué un remède que vous avez trouvé très douloureux, mais il vous guérira et je pense, je puis même certifier que vous ne serez jamais plus malades de kleptomanie.

« Maintenant, ajouta-t-il, vous avez à rajuster votre vêtement et à refaire votre toilette. Vous allez vous baigner d’eau fraîche la figure et vous pourrez rentrer chez vous aussitôt. »

Les hommes s’étaient assis. Il y eut une pause, puis Mrs. Jane se leva et Mrs. Clifford se levant elle aussi rajusta son pantalon. Puis elles allèrent baigner dans un bassin rempli d’eau fraîche leurs joues brûlantes. De leurs mains toutes tremblantes elles ramassèrent leurs chevelures, remirent leur chapeau, se couvrirent de leurs voilettes, donnèrent un dernier coup à leur robe un peu fripée et se déclarèrent prêtes à partir.
- Adieu ! Mesdames, leur dit Brown, nous garderons le silence sur cette pénible affaire. Personne ne saura jamais que vous avez été fouettées.

Et il ajouta, en souriant :
- Pour vous, je suppose que vous ferez votre possible pour empêcher vos maris de voir les marques.

Robins ouvrit la porte, et les dames détournant la tête pour éviter les regards brillants des trois associés, s’échappèrent en toute hâte de cette chambre où elles avaient eu tant de honte et de mal.

Elles descendirent jusqu’au magasin, traversèrent les rayons et gagnèrent la rue sans éveiller l’attention.

Leur brougham les attendait, Mrs. Clifford donna l’ordre au cocher de les conduire à la maison. Les deux femmes s’étaient assises le plus doucement possible sur les coussins de la voiture. Mrs. Clifford paraissait la plus abattue. Leurs yeux à toutes deux étaient rouges d’avoir pleuré et leurs visages empourprés mais leurs croupes l’étaient bien davantage.

Pendant la route, elles n’échangèrent pas un seul mot et ne se regardèrent même pas. Toutes deux étaient malades de honte et elles se trouvaient humiliées au dernier point. La voiture eut bientôt gagné la maison de Mrs. Clifford et les deux amies se séparèrent sans parler, se hâtant de gagner chacune leur chambre où elles demeurèrent enfermées le reste du jour.

Quand le maître du logis, Mr. Clifford vint se mettre à table pour le dîner à 7 h. ½, sa fille aînée une charmante enfant de 17 ans vint lui dire que sa mère et Mrs. Jane ne viendraient pas dîner ayant toutes deux un violent mal de tête causé par la fatigue.

Il eut été mieux de dire : mal de… croupe.

*
* *

Quand les trois hommes furent seuls, ils se regardèrent mutuellement puis éclatèrent de rire.
- Eh ! bien, dit Sutton, je puis dire que ce qui vient de se passer m’a mis dans un fameux état d’excitation.

Le vieux Brown approuva de la tête :
- J’ai eu, en effet, dit-il, une émotion bien vive. Il y a plus de dix ans que je n’ai ressenti pareille chose.
- Ha ! Ha ! s’écria Robins en riant. Je savais bien que cela vous amuserait. Il n’y a pas d’aphrodisiaque au monde qui soit aussi puissant que la vue d’une croupe de femme bien fouettée. Et en sus du plaisir que nous avons pu goûter à voir deux belles croupes bien blanches sonnant sous la verge, nous avons la satisfaction de savoir que nous avons rigoureusement puni les voleuses.

Les associés se séparèrent. Le vieux Brown prit sa route vers Clapham et, en arrivant chez lui, il trouva sa femme au salon. Mrs. Brown était une femme très forte mais bien conservée ; elle avait quarante-cinq ans. C’était une créature d’un riche tempérament, ses joues et son front n’avaient que quelques lignes légères d’invisibles rides qui n’en altéraient qu’à peine la finesse et la blancheur.

Elle salua son mari qui la pria de la suivre dans leur chambre à coucher où, disait-il, il avait à lui montrer quelque chose.

Elle le suivit, obéissante et, en effet, ce fut bien du nouveau qu’il lui montra car, tout rajeuni par l’excitation qui le tenait encore, il réussit pour la première fois depuis quelque temps à lui témoigner sa tendresse autrement que par des paroles ce qui étonna mais réjouit grandement Mrs. Brown.

Sutton, de son côté, n’avait pas été moins ému. Il s’était senti pris d’un violent désir d’appliquer lui-même la flagellation et s’était promis d’en user désormais toutes les fois que ses enfants seraient en faute. Il ne s’était jamais auparavant occupé de ces questions de discipline domestique et sa femme de son côté, levait rarement sa main sur ses enfants. Quand il arriva chez lui, il trouva Mrs. Sutton fort en colère et tout en larmes. Mrs. Sutton avait trente-deux ans ; c’était une petite femme mignonne et potelée, brune, avec de beaux yeux noirs.

Sutton l’embrassa et s’inquiéta des motifs qui l’avaient émue ; elle lui conta une longue histoire sur les enfants qui ce jour-là plus méchants que de coutume lui avaient causé beaucoup de mal.

Il écouta jusqu’au bout sans rien dire et, quand elle eut terminé :
- Les enfants ont besoin d’être menés par un autre que vous, ma chère amie. Je m’en occuperai dès aujourd’hui et je vais leur donner à tous trois une bonne fessée. Allez les chercher, vous m’apporterez en même temps une de mes pantoufles. Je m’en servirai aujourd’hui mais j’achèterai demain une bonne verge pour m’en servir à l’occasion.

Mrs. Sutton fut très surprise de cette détermination subite, mais elle savait que les enfants avaient bien mérité ce jour-là d’être punis, elle sortit donc et revint cinq minutes après, une pantoufle à la main, et suivi par les trois turbulents gamins qui ne se doutaient guère de ce qui allait leur arriver.

Les deux aînés étaient deux filles de dix et douze ans et le troisième un petit garçon de neuf ans.

Ils étaient, tous trois, fort jolis, de beaux enfants joufflus, toujours vêtus très proprement mais à ce moment ils étaient sales et les deux filles toutes dépeignées avaient leur chevelure flottante et en désordre.

Mrs. Sutton donna la pantoufle à son mari qui s’assit sur une chaise et dit aux enfants de venir devant lui.

Ils obéirent, ouvrant de grands yeux effarés sur leur père et se doutant déjà qu’il allait leur arriver quelque chose de désagréable. Sutton les sermonna vertement puis leur annonça qu’il allait les fouetter chacun à leur tour.

Surpris et effrayés, ils se mirent tous trois à pleurer. Jamais ils n’avaient été fouettés ; tout au plus avaient-ils reçu de temps en temps un léger soufflet de leur maman.

Sutton prit le petit garçon, le coucha sur ses genoux, le déculotta et lui appliqua une sonore fessée qui lui rougit le derrière.

Puis le remettant sur pieds, il lui ordonna de s’ajuster, prit la plus jeune des filles, releva ses jupes et lui infligea le même traitement.

L’ainée avait regardé tout cela, fort effrayée et quand ce fut son tour elle fit un geste pour s’échapper mais sa mère la saisit au passage et la ramena vers Sutton qui lui déclara qu’elle recevrait une ration supplémentaire pour sa résistance.

Elle cria et se débattit mais en un instant, son père eut dévêtu sa charmante petite croupe et la chambre retentit de ses pleurs et de ses gémissements pendant que la pantoufle s’abattait avec force sur sa chair potelée et fraîche.

Les enfants ayant reçu leur punition allèrent se coucher, bien que l’heure n’ait pas encore sonné et sans un murmure, tout à fait domptés, ils obéirent.

Dès que la porte se fut refermée sur eux, Sutton prit dans ses bras sa femme toute surprise et lui prodigua mille caresses… Le lecteur nous pardonnera si nous fermons ici le rideau sur l’action conjugale.

Quand il fut seul, il repassa dans son esprit les diverses aventures de la journée avec complaisance et, bien installé dans un fauteuil, il lut jusqu’à l’heure du diner.

Robins après avoir quitté ses associés, gagna sa petite villa de St. John’s Wood. Il y trouva sa dame, une ravissante blonde et celle-ci bien qu’expérimentée, fut fort étonnée de la valeur qu’il déploya ce soir-là et des preuves d’amour qu’il exécuta.

Il se fit conduire ensuite dans une taverne fameuse où il dina de façon exquise puis alla terminer sa soirée au Marie Hall.

Quand les trois associés furent réunis de nouveau le lendemain, ils eurent une longue conversation sur l’affaire du jour précédent et s’accordèrent sur ce point que leur action était des meilleures et très agréable.
- En résumé, dit en riant Brown, tout cela peut se résumer par le mot latin Utile dulci. Nous punissons des coupables et les guérissons probablement de leur penchant au vol et, en même temps, nous passons un moment… fort agréable !

À plusieurs reprises dans la suite, des dames furent arrêtées en flagrant délit de vol mais les associés n’agirent pas chaque fois de même. Ils craignaient que des soupçons ne vinssent à s’élever.

Toutefois, chaque femme convaincue de vol fut toujours amenée dans leur chambre et mise en demeure de choisir entre deux alternatives : la flagellation ou la prison et ce fut toujours la flagellation qui fut choisie.

Les trois hommes se délectaient à la vue de cette croupe blanche et grasse qui s’empourprait sous leurs coups. Chacun d’eux en effet mania la verge à son tour et, pendant près de deux ans plus d’une lady vint ainsi se courber sur le marchepied et tendre sa croupe à la verge maniée par l’un ou par l’autre.

Les victimes étaient de tous les âges. La plus jeune de celles qu’ils eurent à fouetter fut une jolie petite fille de treize à quatorze ans. Elle se refusa énergiquement à donner son nom mais son ton et ses manières montraient une éducation soignée. C’était sans aucun doute l’enfant de parents très riches et occupant une position supérieure. Elle était vêtue avec une grande élégance et ses jupons relevés montrèrent des jambes moulées dans de longs bas de soie.

Elle reçut douze coups appliqués sans trop de rigueur mais assez fortement pour marquer son derrière de longues raies rouges et pour lui faire pousser des cris perçants.

La plus âgée fut une grande dame fort élégante de cinquante ans que l’on avait surprise par deux fois.

Elle reçut vingt-quatre coups de verge et supporta sa peine avec courage bien qu’elle ressentit une douleur cuisante et ne put retenir des cris et des larmes.

Deux ans après Brown se retira et les deux autres vendirent le magasin qui est encore ouvert sous une nouvelle raison sociale.

Aucune des belles fouettées ne revint.

Elles ne soufflèrent jamais mot de leur aventure et il est fort probable qu’elles se trouvèrent à tout jamais guéri de la kleptomanie.

Voir en ligne : La Flagellation en Orient

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.



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