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La Flagellation à travers le monde

Une leçon

Le fouet à Londres (Troisième partie : chapitre II)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


II
UNE LEÇON

Cependant Ethel finissait par prendre l’habitude des caresses du pasteur.

Il était peu varié, le cher garçon, c’était toujours la même chose ! Elle était dans l’état d’une personne qui a chaque jour une table excellente, mais dont le cuisinier, ne possédant qu’un répertoire peu varié, fait souvent reparaître les mêmes plats sur le menu. Aller un peu dîner dehors, cela aiguise l’appétit, donne du montant. Ethel aurait bien volontiers changé son menu !

Éternelle histoire du pâté d’anguille !

Elle s’habillait, selon chaque circonstance, avec un goût exquis ; s’occuper de sa toilette l’amusait, était pour elle une distraction. La couturière l’encourageait, naturellement, dans ces fantaisies coûteuses. Habile commerçante, experte à flatter ses clientes, elle savait leur suggérer sans cesse des idées de colifichets ; elle arrivait, montrant à Ethel des gravures provocantes, lui apportant des échantillons suggestifs, et la jeune femme commandait, riant avec la gentille tentatrice de son insatiabilité.

Mme Sombrif, tel était le nom de cette artiste en étoffes, était une petite femme élégante et fort spirituelle ; elle avait fait son apprentissage à Paris, recevait des modèles des grands faiseurs. Ethel se faisait raconter des drôleries d’atelier, et les visites d’essayage étaient pour elle un vrai plaisir.

Daniel Gowerson se sentait moins aimé. Par quel mystère la fille comme la mère semblaient-elles se lasser de lui ? Qu’y avait-il donc en lui de rédhibitoire ? II était sincèrement épris pourtant, et sa maîtresse pouvait être satisfaite.

Elle l’était, oui, elle l’était même jusqu’à en être rassasiée.

Pauvre pasteur, il se désespérait ; être jeune, joli garçon, solide et amoureux, arriver à fléchir l’objet de sa flamme ; n’avoir à redouter aucune rivalité et sans que rien soit en apparence venu troubler sa félicité, voir, lentement, la lassitude s’infiltrer dans l’amour.

Il multipliait ses caresses, quittait Ethel, n’en pouvant plus et, lorsqu’il revenait auprès d’elle, elle l’accueillait avec ennui, presque indifférence ; il sentait que l’amitié, bientôt, lui resterait seule. Daniel dépérissait.

Enfin la présence du colonel allait jeter un peu de gaieté dans la maison.

Ce fut une vraie fête que le jour de son arrivée. Tous les amis accoururent lui souhaiter la bienvenue. II s’aperçut, dès l’abord, de la tristesse et du changement du jeune pasteur, remettant au lendemain de lui en parler, de lui conseiller de se soigner ou de se distraire.

Le colonel menait militairement toutes choses, fût-ce une délicate confidence. « Agir »… telle était sa devise. À tous maux il y avait un remède, disait-il, et il professait le plus franc mépris à l’égard des gens qui prenaient les événements en patience.

Dès le lendemain, lorsque Daniel arriva, le colonel se trouvait en train de lire sa correspondance sur la terrasse. Il était certes brillant, le colonel arrivant de mener à Paris la vie à toutes guides, et ne s’étant reposé le soir même de son arrivée que pour prouver à Jenny que l’absence, fût-elle en pays étranger, ne pouvait l’éloigner de son coeur.

Il avait commencé la séance à minuit, par une belle et bonne, par une classique fessée que sa charmante hôtesse avait voluptueusement appréciée, car chaque coup de fouet était le prélude d’une jouissance dont elle avait été sevrée quelque temps, ne voulant pas, après tout, risquer à la légère des événements qui, pouvant être pris au hasard, avaient risque d’entraîner des ennuis, encore plus grands que le plaisir. Aussi, après ces jours de jeûne, la belle veuve s’était-elle montrée au colonel dans les dispositions les plus favorables, et l’avait-elle accueilli comme il aimait à l’être, lui, le chéri de toutes les femmes.

Tout occupé à dépouiller son courrier, le colonel ne vit Daniel que lorsqu’il était près de lui. Après une affectueuse poignée de main, les deux hommes devisèrent gaiement sur les faits du jour, puis le colonel, prenant le jeune homme par l’épaule, en se dirigeant par les allées du parc, lui fit l’observation du changement physique et moral qu’il avait, avec peine, observé en lui.

Daniel commença par hésiter, par attribuer ses fatigues intenses au métier : la paroisse était très peuplée, il y avait de nombreuses obligations en dehors du service, etc.

Le colonel tenait bon, il insista.

« Après tout, se dit le jeune homme, le colonel est un homme sûr, un ami dont j’ai maintes fois mis la bienveillance à l’épreuve. Qui sait si son expérience de la vie et la sollicitude qu’il semble me montrer à cette heure pénible ne pourront pas me venir en aide ? »

Et, comme un enfant qui longtemps a gardé un secret et s’en délivre en le confiant au coeur de sa mère, Daniel Gowerson, tout d’un élan, dégoisa à son ami l’histoire de ses amours avec Ethel, sa tendresse à lui, inébranlable, ses efforts pour satisfaire les désirs de la jeune femme qu’il sentait chaque jour lui échapper davantage.

Le colonel l’écoutait, sans l’interrompre. Quand il eut terminé :
- Daniel, mon ami, vous n’avez pas su comprendre les femmes, voilà tout. Ce qu’elles veulent, c’est un amant qui les dompte, qui soit leur maître, et non pas un amant qui soit leur esclave et qui soupire à leurs pieds. Tout cela ne vaut rien avec elles. Si vous perdez celle-là, descendez en vous-même et demandez-vous bien si vous n’en avez jamais encore perdu d’autres par les mêmes agissements.

Être aimé d’une femme, mon cher, c’est être redouté d’elle. Il faut, dès l’abord, la traiter en conséquence et, je le répète, la dompter. Une femme est-elle sûre de votre unique amour, à quoi bon dès lors se mettre en frais pour vous, pour vous qui êtes son bien, sa propriété ? Elle se sait reine et maîtresse, plus de craintes, plus d’émotions, dès lors l’ennui. Il faut, en amour, que l’un ou l’autre soit le maître, ce dernier rôle est fait pour vous.

Puis, après quelques pas et un silence, il continua :
- Tenez, un bon conseil, mon cher ami. Surprenez Ethel par le changement de votre attitude, elle vous reviendra. Prenez un stick, une cravache quelconque, entrez dans sa chambre et, sans crier gare, relevez les jupes de la belle et allez-y d’une fessée, d’une fessée sans pitié, sans trêve ni répit, d’une fessée exemplaire, jusqu’à ce que la chair soit zébrée de vos coups de cravache.

Le pasteur resta abasourdi devant une semblable révélation. Quoi, l’amour voulait de semblables traitements ?
- Parfaitement, essayez, vous m’en direz des nouvelles.
- Eh bien, soit. Il se fiait entièrement à l’expérience de son guide, il agirait.

Il dit au colonel toute sa reconnaissance de l’aider ainsi à retrouver son bonheur égaré, et, plein d’espoir, impatient de mettre à profit la leçon bienfaisante, il le quitta, lui promettant de le tenir désormais au courant de toutes choses.

Voir en ligne : Chapitre III : Un bon élève

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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