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Récit érotique

Une star ou bien…

La fille aux yeux d’or

par Jacques Lucchesi

Jacques Lucchesi, « Une star ou bien… », Récit érotique, Paris, février 2017.


Une star ou bien…

 
Les stars me fascinent, je peux bien l’avouer aujourd’hui. Elles m’attirent aussi, du moins certaines stars féminines. Adolescent, je collectionnais les photos de celles qui étaient alors le plus en vogue : Marilyn Monroe, Brigitte Bardot, Ursula Andress, Romy Schneider… De très belles femmes qui ont eu toutes beaucoup d’amants et pas seulement des acteurs connus. Adulte, j’ai continué à m’intéresser à elles, me documentant sur leurs vies, leurs carrières, leurs amours, les lieux où elles avaient leurs habitudes. Et souvent, alors que j’étais encore fringant, je me suis dit : pourquoi pas moi ? Pourquoi n’aurais-je pas, moi aussi, la chance de croiser le chemin d’une de ces troublantes créatures, me faire remarquer d’elle, engager la conversation, l’amener à passer une soirée, voire une nuit, avec moi. Car ces femmes adorables ne vivent pas que dans un monde idéal à deux dimensions ; elles habitent aussi sur terre, sont comme nous soumises aux mêmes lois naturelles ; elles aussi sont faites de chair et de sang, de désirs et de pulsions. Dans ces conditions, espérer en rencontrer une ne relève pas que du pur fantasme. Certes, en général, elles n’évoluent pas dans les mêmes sphères sociales que l’individu lambda. Mais il suffit de trouver un stratagème pour y entrer et pouvoir les approcher. Pénétrer d’abord dans leur monde pour pénétrer ensuite en elles. Ou le contraire… Parce que faire l’amour avec une star, c’est plus que faire l’amour avec une femme ordinaire. C’est s’approprier un peu de sa lumière et de sa célébrité, c’est une opération magique. Chance ou destin, sa beauté l’a, un jour, propulsée au rang de déesse moderne pour des millions d’anonymes. Mais c’est sa célébrité qui, depuis, la renforce, continue à la rendre désirable malgré le temps qui passe pour elle aussi. Moi, je me satisferai bien d’une star sur le retour d’âge et même franchement vieille. Qu’importe son âge si je l’ai vraiment désirée ! Je pourrai toujours penser, en lui faisant l’amour, à celle qu’elle était trente ou quarante ans plus tôt. Sur ce point je n’ai aucune inquiétude.

J’en étais à ce stade de mes cogitations quand je poussais la porte du grand café où j’avais rendez-vous avec Michel G. De cinq ans mon aîné Michel a toujours fait mon admiration à partir du jour où nous avons sympathisés. Plus grand, plus beau, plus fortuné que moi, il possède un magnétisme qui ne laisse personne insensible. Aujourd’hui encore, il reste l’homme que j’aurais voulu être. Naturellement, il a connu beaucoup plus de femmes que moi. Un véritable Don Juan ! Combien a-t’il eu de conquêtes ? Lui-même ne le sait pas. Plus de mille, certainement. Mais a-t-il épinglé une star à son enviable tableau de chasse ? Je ne pouvais manquer de lui poser la question. À ces mots, ses yeux bleu-gris se figèrent pour suivre, semblait-il, la fumée qui se dégageait de sa tasse de chocolat. Il se gratta le bout du nez, étira légèrement son menton volontaire :

« C’est difficile à dire, mais je crois bien que oui. Comment l’avais-je rencontrée exactement ? C’était un été… C’est ça, à Genève, il y a une bonne quinzaine d’années. J’occupais alors un poste de directeur commercial dans une entreprise de technologie horlogère. Du haut de gamme. On faisait de très bons chiffres à l’international. Le soir, j’allais souvent dans des boites échangistes ou prendre un verre dans un club comme le Baroque. Là, il y avait toujours des nanas qui cherchaient un peu de réconfort. Mais ce soir-là, j’avais envie d’autre chose. Quoi ? Je ne le savais pas très bien. Aussi, j’avais laissé mes pas me porter où ils voulaient. Je m’étais retrouvé sur les quais du lac Léman, à m’émerveiller comme un enfant devant les voiliers et les feux des restaurants lacustres ; à méditer aussi sur l’immense geyser qui s’élance sans cesse vers le ciel en cette saison. C’est ainsi que je m’étais retrouvé à l’orée de ce jardin — j’ai oublié depuis son nom – orné par une sculpture florale en forme de montre. Derrière, ce ne sont que saules et massifs d’arbustes propices, je le savais bien, à cacher des ébats nocturnes. Naturellement, il y avait pas mal de gays mais aussi, disait-on, quelques femmes en recherche d’une baise rapide. Je m’engageais dans ce bosquet, observant çà et là le sempiternel manège de la drague, repoussant sans ménagement quelques propositions d’homosexuels à l’affut, cherchant du regard une promeneuse en goguette. C’est alors que je LA vis. Il n’était pas loin de minuit et j’étais sensible à sa façon élégante de marcher tout en fumant avec nonchalance. Elle portait une longue veste claire et des chaussures à semelle compensée qui allongeaient un peu plus ses jambes fines. Ses cheveux, tirés en arrière, se terminaient pas une épaisse queue de cheval. Solitaire, mystérieuse, terriblement attirante. Et pourtant, aucun homme n’osait s’approcher d’elle. C’est à croire qu’il n’y avait que des pédales, ce soir-là, dans ce jardin.

Aussitôt j’entrepris de me rapprocher d’elle, sans précipitation ni brusquerie : ça pour rien au monde je n’aurais voulu l’effrayer. Durant quelques secondes, je marchais à ses côtés, attendant qu’elle tourne la tête vers moi. Et quand nos regards se croisèrent enfin, quand je découvris son visage dans le faible halo d’un réverbère, je sus que c’était elle, l‘actrice de La fille aux yeux d’or, la chanteuse à succès des années 70 dont je fredonnais les refrains doux-amers sans même y penser. Certes, elle avait vieilli, ses traits étaient moins déliés. Elle devait avoir une soixantaine d’années. Mais ses yeux n’avaient rien perdu de leur beauté légendaire et ses lèvres, légèrement botoxées, étaient une invitation aux baisers. Pour l’instant, il me fallait contenir mon envie. Et faire celui qui ne la connaissait pas. J’entamais la conversation avec des banalités : la douceur des nuits genevoises, la France, l’exil, la liberté. Mais elle était réceptive, tour à tour grave et ironique. Elle disait se sentir bien ici. Car au moins on ne la jugeait pas. Puis, peu à peu, je lui fis comprendre que, contrairement à la plupart des autres promeneurs, j’étais un homme qui aimait beaucoup les femmes. « Et je vous plais ? » me dit-elle avec ce mélange d’impudeur et de retenue qui la caractérise. Si elle me plaisait : la belle affaire ! C’est alors qu’elle entrouvrit son trench-coat pour préciser ses intentions. Dessous, elle ne portait qu’un soutien-gorge et un slip noirs. Comme ça elle était hyper-bandante. Une ligne de jeune femme ! Je passais mon bras autour de sa taille et commençais à l’embrasser dans le cou avant de plonger ma langue dans sa bouche implorante. Elle m’entraina dans un recoin qu’elle semblait bien connaitre. Si mes mains étaient avides de ses seins et de son ventre, les siennes n’étaient moins prestes à soupeser ma virilité et à l’extirper de mon pantalon. A genoux sur le gazon, elle prit mon membre dans sa bouche avec un art consommé de la pipe, l’avalant et le léchant tour à tour depuis le gland jusqu’à la lisière des couilles. Rarement j’ai été aussi bien sucé et je dois dire que si j’avais été un débutant, j’aurais joui dans sa bouche en moins d’une minute. Au lieu de ça je me retins et me retirais pour mieux m’occuper de sa fente et de son clito. Jusqu’au moment où, n’en pouvant plus, elle me demanda d’enfiler un préservatif et de la prendre à la hussarde, adossée contre un arbre, légèrement soulevée, ses jambes enlaçant mes hanches. Notre plaisir fut rapide, sauvage et partagé. Je buvais son souffle et j’avais du mal à me retirer d’elle, tellement je bandais. Puis, progressivement, chacun retourna à lui-même. J’avais envie de la revoir et de mieux la connaître. Elle me disait que j’étais « un sacré coup » et n’y semblait pas hostile. Jusqu’à ce que, par une sorte de lapsus, je l’appelle « Marie ». La prononciation de ces deux syllabes la surprit et lui déplût manifestement. Elle me rétorqua que je faisais erreur, qu’elle ne se prénommait pas Marie mais Maïténa, que je devais la confonde avec une autre femme. S’il y a des mots qui ouvrent les êtres, il y en d’autres qui les ferment, je venais de m’en rendre compte. Aussi je fis profil bas et je m’abstins de lui proposer un nouveau rendez-vous qu’elle aurait, je m’en doutais bien, refusé. Nous nous séparâmes assez froidement, sans la moindre marque de tendresse, sinon un « « tchao » qu’elle me lança en s’éloignant de ce pas léger et indolent qui m’avait troublé moins d’une heure avant. Depuis j’ai eu bien d’autres femmes, mais je pense encore à elle. J’écoute encore ses chansons, surtout celle où elle parle des quatre saisons à Genève. »

- À t’entendre on croirait que tu es un peu amoureux d’elle.
- Pas du tout, mon petit. Il y a longtemps que je ne fais plus grand cas de ces choses-là. Je me dis simplement que c’était une vieille libertine qui cherchait une bonne bite, ce soir-là. Et qui l’a trouvée avec moi.
- Il est vrai qu’avec son nom d’artiste, tu ne pouvais que la rencontrer dans un bosquet.

P.-S.

Les personnages et les faits relatés dans cette nouvelle sont purement fictifs. Ils relèvent du seul imaginaire de l’auteur, sans le moindre rapport avec une vérité objective.



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