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En Virginie : Épisode de la guerre de sécession

Une « station souterraine »

Mémoires de Dolly Morton (Chapitre II)



Auteur :

Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.


II
UNE « STATION SOUTERRAINE »

Les relations entre le Nord et le Sud étaient déjà très tendues lorsque survint la mort de John Brown, le grand abolitionniste. C’était une grand perte pour les amis de la liberté. Miss Dean en fut particulièrement touchée ; elle connaissait intimement ce grand homme, et l’applaudissait hautement d’avoir poussé les esclaves à l’émancipation. Tout acte en faveur des malheureux noirs était bon et bien fait à son avis, et elle déclarait quelle n’hésiterait pas une seconde à imiter John Brown si l’occasion s’en présentait.

De l’intention à l’action il n’y avait que peu de distance pour Miss Dean : elle résolut de diriger une station souterraine. Elle me fit part de son projet :
- Il y a longtemps que j’aurais dû commencer à aider ces malheureux noirs, me dit-elle. Je suis certaine de diriger la station mieux qu’un homme ; les rôdeurs se méfient facilement d’hommes habitant seuls, mais ne supposent nullement qu’une femme ait le courage de faire ce dangereux métier. En vivant tranquillement et en prenant toutes les précautions nécessaires, je ne pourrais être inquiétée.

J’étais moi-même une fervente abolitionniste et l’enthousiasme communicatif de Miss Dean m’enflamma à mon tour. La douleur d’autrui m’a toujours peinée et j’étais décidée à tout risquer pour aider mon amie dans son noble projet. Je lui fis part de ma décision. Elle refusa d’abord de m’écouter, disant que c’était une folie, me faisant envisager les risques d’une telle entreprise et le long emprisonnement que nous aurions à subir si nous venions à être découvertes.
- Non pas, ajouta-t-elle, que j’aie peur de la prison, mais vous, Dolly, vous seriez trop malheureuse. Vous êtes jeune, sensible et peu habituée à souffrir ; vous ne pourriez supporter et la mauvaise nourriture et les durs travaux qu’on vous infligerait. De plus, on m’a raconté que dans le Sud, on coupait les cheveux des femmes captives. Non, ma chérie, vraiment, je ne puis vous emmener ; si un malheur quelconque vous arrivait, je ne me le pardonnerais jamais.
- Eh ! répondis-je, le travail ne m’effraie pas, et mes cheveux ne sont pas si beaux que les vôtres. Je puis donc bien courir les mêmes risques que vous. Ne pensez pas que je veuille vous abandonner au moment du danger. Je veux le partager avec vous, et, bon gré mal gré, vous m’emmènerez, m’écriai-je en l’embrassant câlinement.

Certes, ma fidélité la touchait vivement, mais elle n’était pas encore convaincue.

Enfin j’insistai avec tant de force qu’elle finit par m’accepter comme collaboratrice. Elle écrivit immédiatement à quelques « amis [1] » en les priant de lui faire savoir dans quelle partie du Sud une nouvelle « station » pourrait rendre le plus de services.

Les réponses ne se firent pas attendre, et, après avoir discuté le pour et le contre de tous les endroits proposés, notre choix s’arrêta sur une maison située au centre de la Virginie, près de la petite ville de Hampton sur la rivière James, à environ 2 milles de Richmond la capitale de l’État.

Miss Dean donna immédiatement des ordres afin de louer et préparer la maison pour deux dames qui, pour des raisons de santé, désiraient passer quelque temps en Virginie.

Nous commençâmes nos préparatifs, et mon amie décida de n’emmener qu’une seule domestique. Marthe — c’était son nom — quakeresse comme sa maîtresse, était depuis longtemps à son service. Elle n’ignorait pas le but de notre déplacement, et n’hésitait pas à courir les risques de la prison ou de l’expéditive loi de Lynch.

Par mesure de prudence, nous avions laissé ignorer à tous nos amis l’emplacement exact de notre résidence, nous contentant de répondre aux nombreuses questions qui nous étaient adressées que nous allions faire une excursion dans le Sud.

Quinze jours plus tard, nos préparatifs étant achevés, nous nous mettions en route, et, après un séjour de deux jours à Richmond, nous arrivions à notre nouvelle installation.

Tout était en bon ordre et paraissait confortable dans notre nouvelle demeure. La maison, très isolée, située au bout d’une longue avenue, se cachait dans les terres à un quart de mille de la route. Il y avait cinq grandes pièces et une cuisine ; derrière la maison un jardin, rempli de fleurs et d’arbustes, donnait une agréable fraîcheur. Une barrière entourait toute la propriété.

L’aménagement des diverses chambres fut de suite commencé, et Marthe prépara le thé et te servit dans la salle à manger. C’était une grande pièce, basse de plafond, et recevant le jour par deux grandes fenêtres garnies de fleurs. L’ameublement en était original : des objets absolument modernes et des meubles lourds et antiques s’y trouvaient entremêlés. Néanmoins, l’ensemble produisait un agréable effet. Notre lunch terminé, Miss Dean écrivit aux « amis », qui dirigeaient les stations nord et sud, amis avec lesquels nous allions entrer en communication, « que nous pourrions désormais leur être utiles pour faciliter l’évasion des esclaves ».

Les plus proches stations se trouvaient, au Sud, à trente milles et celle du Nord à vingt-cinq milles.

La correspondance terminée, et comme nous avions grand besoin de repos, nous nous couchâmes. Le lendemain matin, je me réveillai fraîche et parfaitement disposée, et comme Miss Dean dormait encore, je m’habillai sans bruit et me glissai jusqu’à la porte, dans le but d’explorer les environs.

Au dehors, la végétation était ravissante, et à chaque pas je rencontrai des arbres et des fleurs qui m’étaient inconnus.

Pendant plus d’une heure, j’allai ainsi à l’aventure, sans rencontrer un seul blanc, quoique je visse beaucoup de noirs travaillant dans les champs. Ces braves gens, s’apercevant de la présence d’une étrangère, me regardaient avec de grands yeux surpris, comme des boeufs qui regardent passer un convoi.

Je rentrai enfin. Miss Dean m’attendait pour le déjeuner, que Marthe apporta immédiatement. J’y fis rand honneur, la promenade m’ayant mise en appétit.

Nous fumes bientôt complètement installées, et, insouciantes du danger, toutes nos précautions ayant été prises, nous semblait-il, aucun mauvais pressentiment ne venait troubler notre quiétude.

La nouvelle vie que j’allais mener m’amusait déjà beaucoup ; nous avions fait de nombreuses provisions et caché des matelas et couvertures dans une petite cabane attenante à la maison, dans le cas où un fugitif arriverait de la « station » située au Nord de la nôtre.

Voir en ligne : Mémoires de Dolly Morton : Une évasion (Chapitre III)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS d’après le roman érotique de Jean de Villiot, Mémoires de Dolly Morton, in En Virginie (Épisode de la guerre de sécession, précédé d’une étude sur L’Esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d’une Bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation), Éd. Charles Carrington, Paris, 1901, pp. 1-186.

Notes

[1Des quakers



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