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La flagellation en Russie

Une visite dans une prison en Sibérie

Curiosités et Anecdotes sur la flagellation (1900)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.


La flagellation en Russie
(SUITE).
UNE VISITE DANS UNE PRISON EN SIBÉRIE.

Copie d’une lettre écrite par un jeune médecin anglais, voyageant en Sibérie, à un ami intime de Londres.

Tomsk, Sibérie Orientale,
25 Juillet 1880.

Mon cher ami,

Je suis ici depuis une semaine, me reposant de mon long et fatiguant voyage depuis Tobolsk. Durant tout le trajet, la température a été très chaude, les moustiques m’ont fort importuné et les relais de poste dans lesquels j’ai dû séjourner chaque nuit ont tous été d’une répugnante saleté et d’un manque de confort dont vous ne sauriez vous faire une idée.

Tomsk où je suis pour le moment, capitale du district, est situé sur la rivière Obi. La population très mélangée est d’environ 15 000 habitants. C’est une ville construite très irrégulièrement, des maisons dispersées, des rues étroites. Il y a cependant des édifices publics assez vastes et de belles boutiques. J’ai pu trouver un hôtel très convenable où j’ai fait le jour de mon arrivée un repas excellent qui a été, je puis le dire, fort bien venu après tous les ennuis et toutes les fatigues que j’avais endurées en cours de route.

Près de la ville se trouve une grande prison qui contient à l’heure actuelle 500 condamnés, 300 hommes et 200 femmes. Ces condamnés sont envoyés ici de tous les coins de la Russie et tous ont à accomplir une longue période de détention pour des crimes graves.

Il y a également un assez grand nombre de nihilistes des deux sexes mais ils sont séparés des criminels de droit commun, bien que soumis à la même discipline.

Ayant lu de nombreux écrits et beaucoup entendu parler des prisons de la Sibérie, je désirais très vivement en visiter une, afin de comparer leur régime avec celui des prisons d’Angleterre. Vous savez d’ailleurs que j’ai été pendant trois ans médecin dans une prison, et comme j’avais cette bonne fortune de posséder une lettre d’introduction auprès du gouverneur, le colonel Boris, je la lui fis porter en même temps qu’une note faisant connaître ma qualité de médecin anglais, ancien médecin dans une prison en Angleterre, ajoutant que je considèrerais comme une faveur toute spéciale d’être autorisé à faire une visite à celle dont il avait le gouvernement, désireux que j’étais de me rendre compte de visu du régime pénitentiaire en Sibérie.

Le même jour dans l’après-midi, le colonel Boris m’envoyait sa réponse, écrite en français, m’invitant à visiter la prison le lendemain, à midi et demi, heure du repas des prisonniers, et pendant laquelle je pourrais les voir dans leurs cellules.

Le lendemain, à l’heure indiquée, je me fis conduire à la prison qui se trouve à environ deux milles de la ville. Un Cosaque m’attendait à la porte pour me conduire chez le gouverneur. Celui-ci me reçut avec beaucoup de politesse. C’est un homme d’environ quarante-cinq ans, d’allure martiale, et d’une figure très avenante. Il est marié et sa femme habite une fort jolie maison, près de la prison. Je dînai avec eux ce soir-là et trouvai en Madame Boris la plus charmante hôtesse qui se puisse rêver. Elle est beaucoup plus jeune que son mari et d’un physique très agréable.

Quand nous eûmes, le colonel et moi, causé quelque temps et fumé plusieurs cigarettes, il envoya chercher le médecin de la prison et me remit entre ses mains lui demandant de me conduire partout et de répondre à toutes mes questions.

Le médecin M. Lazareff, est un homme d’environ cinquante ans, en service dans les maisons de détention depuis vingt-cinq ans, et par suite d’une grande expérience. C’est un très aimable compagnon ; il se montra tout heureux de rencontrer un confrère. Il parle le Français très élégamment comme presque tous les Russes d’une éducation supérieure, et comme je parle cette langue de mon côté avec assez de facilité, nous fûmes de suite en des termes excellents, surtout quand je lui eus appris ma qualité d’ancien médecin de prison.

La maison de détention de Tomsk est un édifice en pierre, quadrangulaire, haut de trois étages. Les condamnés, sauf dans des cas très rares, habitent en commun de vastes pièces où ils sont réunis au nombre de trente à quarante.

Accompagnés de deux gardiens portant des trousseaux de clés, nous nous rendîmes d’abord du côté des locaux occupés par les hommes ; là, un gardien ouvrant une lourde et massive porte de fer, cria un ordre d’une voix rude et aussitôt, tous les prisonniers se rangèrent en ligne sur un des côtés de la chambre, raides et fixes comme des soldats. Ils étaient tous uniformément vêtus de blouses de toile brune avec une ceinture de même étoffe et de même couleur entourant la veste, leurs pantalons étaient rentrés dans des bottes grossières, montant jusqu’à leurs genoux. Les pièces étaient toutes très propres et bien aérées ; sur l’un des côtés une plate-forme de bois sert de lit et, roulées au sommet, sont les paillasses et les couvertures. Au milieu de la pièce, se trouve une longue table sur laquelle sont alignés des bols d’étain et des cuillers. Les prisonniers au moment où nous étions entrés, prenaient leur repas consistant en une soupe aux choux, du pain noir et un morceau de viande pour chaque prisonnier.

Les prisonniers peuvent laisser croitre leur barbe, mais on leur rase la moitié de leurs chevelures, ce qui leur donne un aspect plutôt grotesque et en somme assez répulsif.

Le jour, la plupart d’entre eux sont employés en dehors de la prison à faire des routes, à abattre des arbres, et à scier des pierres. Presque tout ce dont on se sert dans la prison est fabriqué par les condamnés, hommes et femmes et tous doivent travailler dix heures par jour. Mais d’après ce que j’ai vu et entendu, j’ai tiré cette conclusion que les condamnés russes jouissent d’un meilleur sort et sont mieux nourris que leurs pareils en Angleterre.

Quand nous eûmes achevé la visite des locaux occupés par les hommes, nous prîmes un long corridor fermé à chaque extrémité par de lourdes et massives portes et nous entrâmes dans la prison réservée aux femmes. Nous y fûmes reçus par une surveillante accompagnée de deux gardiens femmes. Les hommes qui nous avaient guidés jusque-là nous quittèrent.

Les pièces où se tenaient les femmes étaient de même grandeur que celles que nous venions de voir, l’arrangement en était pareil, sauf le matériel de couchage qui consistait en petits lits de fer. Toutes les prisonnières avaient conservé leur chevelure, roulée eu une natte épaisse qui leur pendait dans le dos. Elles étaient vêtues de robes en toile de coton rayé bleu et blanc qui tombaient jusque sur leurs chevilles ; elles portaient également des tabliers blancs, leurs bas étaient de laine bleu foncé et elles avaient de petits souliers découverts.

Il y avait là des femmes de tous les âges, depuis de frêles jeunes filles de dix-sept ans jusqu’à de vieilles décrépites de soixante-dix ans. La majorité paraissant appartenir à la plus basse classe du peuple. Presque toutes avaient les traits grossiers, beaucoup étaient laides mais il y en avait quelques-unes qui semblaient être très délicates et raffinées et appartenir évidemment à une classe plus élevée que celle de leurs compagnes. Il y avait aussi quelques jolies filles.

Je n’ai vu aucun prisonnier nihiliste, homme ou femme.

Dans chaque pièce où nous entrions, la gardienne qui nous précédait donnait le mot habituel de commandement et les femmes se rangeaient aussitôt et demeuraient immobiles comme nous l’avions vu faire aux prisonniers. C’était plutôt une chose curieuse que de voir trente ou quarante femmes se tenant ainsi, raides, en rang, regardant droit devant elles, la tête relevée, les bras pendants, serrés le long du corps.

Elles paraissaient toutes heureuses de voir le docteur qu’elles tenaient évidemment en affection ; comme nous passions dans les rangs, il parlait gentiment à beaucoup d’entre elles, et sans doute qu’il leur disait de temps en temps quelque chose plaisante, à en juger d’après les rires qui suivaient ses paroles, mais comme il s’exprimait en russe, je ne pouvais saisir ce qu’il disait.

Quand il eut montré tout l’établissement, il m’emmena chez lui, me donna d’excellentes cigarettes, déboucha une bouteille de champagne et nous nous mîmes à causer.

Nous entrâmes dans une longue et intéressante conversation sur les systèmes pénitentiaires en usage dans les diverses contrées d’Europe. Etant Russe, il considérait naturellement comme le meilleur système celui établi dans l’empire du Tzar et j’ai le regret de dire qu’il tenait le système anglais pour le plus inhumain.

Il m’informa que dans les prisons de Sibérie, les prisonniers paresseux ou qui enfreignent la discipline, sont punis par une diète au pain et à l’eau pour quelques jours ou par la mise en cellule, tandis que pour des fautes graves, des châtiments corporels sont infligés. Et ceci s’applique aussi bien aux femmes qu’aux hommes.

Le gouverneur peut condamner les prisonniers à recevoir jusqu’à cent coups de fouet et la punition est infligée par un gardien à l’aide d’une verge, suivant l’usage, sur les fesses nues du coupable en présence du gouverneur et du chirurgien.

Avant l’application du fouet, un examen médical du coupable a lieu, à l’effet d’établir s’il est en état, au point de vue de sa santé, de recevoir sa punition. Dans aucun cas, il n’est ordonné moins de douze coups. Mais souvent quand la coupable est une jeune fille au-dessous de vingt ans et d’un faible tempérament, ou malade, on lui administre des claques au lieu de la fouetter.

J’avais cru jusqu’alors que le châtiment corporel des femmes avait été aboli dans l’empire russe et je fus surpris d’entendre qu’il n’en était rien. Je demandai alors à Lazareff si l’application de cette peine était fréquente.

Il répondit qu’il y avait un grand nombre de femmes très indisciplinées parmi les deux cents prisonnières et que le gouverneur était souvent obligé d’ordonner la peine du fouet. Il ajouta : « Mais vous ne devez pas supposer qu’on agisse avec une grande cruauté dans la flagellation des femmes. Je suis toujours là pour voir si la flagellation n’est pas poussée à un point que ne puisse supporter la patiente et, en général, toutes sont des femmes vigoureuses.

Il est certain qu’elles reçoivent une sonore flagellation, souvent jusqu’au sang et en gardent toujours des marques. Vous pouvez toutefois être sûr qu’on ne condamne jamais une femme ou une jeune fille à recevoir les verges sans de sérieux motifs. Et, d’après mon expérience, les prisonnières sont bien plus enclines au désordre que les hommes, mais elles redoutent beaucoup la flagellation et la peur de la verge les maintient dans l’ordre plus que n’importe quel autre châtiment.
- Je n’en doute pas, lui répondis-je en riant.

Lazareff alluma une autre cigarette.

- Je suppose, fit-il observer, que vous n’avez jamais vu fouetter une femme.
- Non, lui répondis-je. Dans nos prisons d’Angleterre, des jeunes garçons sont souvent fouettés et parfois des hommes, mais dans aucun cas cette peine n’est appliquée à des jeunes filles ou à des femmes.
- Je le sais, répliqua Lazareff et cela m’a toujours paru absurde. Pour se servir en le modifiant d’un de vos proverbes, ce qui sert de sauce pour accommoder un jars doit en servir pour accommoder une oie.

Je me mis à rire et répondis :
- Il m’est arrivé en effet quand j’exerçais ma fonction de médecin de prison, de penser souvent qu’il était bien regrettable qu’on n’appliquât pas le fouet à celles des femmes violentes et réfractaires avec lesquelles nous étions en rapport. Les femmes de cet acabit se livraient à toutes sortes d’excès, elles brisaient tout dans leurs cellules, mettaient leurs vêtements eu pièces, se jetaient sur le plancher en donnant des coups de pieds dans la porte, criant, jurant et chantant pendant des heures, ne s’arrêtant que quelques minutes pour reprendre haleine. Si la surveillante avait eu le droit de leur administrer une bonne dégelée de verges, cela les aurait remis dans leur bon sens.
- Il n’y a par le moindre doute à ce sujet, dit Lazareff. Nous n’avons jamais de « brise-tout » parmi nos prisonnières, parce qu’elles savent qu’elles seraient fouettées d’importance si elles brisaient ou endommageaient volontairement quoi que ce soit ou causaient du trouble dans la prison.
- Oh ! lui-dis-je en riant, vous avez certainement des méthodes plus puissantes de renforcer la discipline parmi les femmes dans vos prisons que nous n’en avons dans les nôtres en Angleterre. Mais je pense que vos prisonnières ne sont fouettées qu’en présence de personnes de leur sexe.
- Mon cher monsieur, répondit Lazareff avec une certaine emphase, je puis vous dire que si les femmes font très bien comme maîtresse d’école pour fouetter les enfants, elles ne sont pas bonnes du tout pour ordonner ou infliger un châtiment corporel dans une prison sur des adultes. Elles sont trop asservies à l’émotion, ne sont pas impartiales et sont influencées par leur sympathie ou leur antipathie pour telle ou telle prisonnière et par conséquent sont d’une indulgence absurde ou d’une cruauté révoltante.

Le gouverneur qui se trouvait ici avant le Colonel Sores en a fait l’expérience. Quand il ordonnait qu’une femme fût fouettée, la sentence était exécutée par une surveillante assistée par des gardiennes. Il ne m’était même par permis, à moi, médecin, d’être présent. Le résultat fut loin d’être favorable. Le nombre de coups ordonnés était toujours appliqué régulièrement, mais dans certains cas, avec si peu de vigueur que le derrière de la femme n’était pour ainsi dire pas marqué et que celle-ci quittait en riant la place où elle avait reçu sa punition, tandis que dans d’autres cas, la flagellation avait été donnée avec une sévérité telle que la patiente était transportée à l’infirmerie, complètement évanouie, le sang coulant sur ses cuisses. Ceci n’est jamais arrivé quand l’exécuteur était un gardien, fouettant en ma présence et en présence du gouverneur. Celui-ci revint donc bientôt à l’ancien système, et maintenant chaque coupable reçoit sa punition avec régularité et impartialité.

J’étais très surpris de ce qu’il me disait, mais je ne fis aucune remarque. Il continua :
- Vous avez vu tous les arrangements intérieurs de la prison, et vous devez voir comment nous punissons les femmes réfractaires à la discipline. Vous devez rester à Tomsk au moins pendant six jours encore, et avant votre départ, il y a de grandes chances qu’une flagellation soit ordonnée. Aimeriez-vous y assister ?

Je n’étais pas précisément soucieux de voir fouetter une femme, mais je pensais que puisque je me trouvais sur les lieux, il était bon que j’en profite pour voir tout ce qui avait trait au régime pénitentiaire en Russie. C’était là une occasion qui ne se représenterait peut-être plus et il me vint aussi à l’esprit que la description de la scène à laquelle j’allais assister vous amuserait, car je sais que vous vous intéressez beaucoup à tout ce qui a trait à la punition corporelle des femmes.

Je dis donc à Lazareff que si une femme était condamnée, avant mon départ, à être flagellée, j’aimerais à assister à l’exécution de la sentence.

Puis je lui fis mes adieux et retournai à l’hôtel.

Deux jours se passèrent et comme il n’y avait rien à voir et rien à faire dans cette ville de Tomsk, le temps s’écoulait avec une lenteur désespérante. Mais le troisième jour, à dix heures, au moment où j’allais déjeuner, un cosaque fit son apparition, porteur d’un billet de Lazareff, m’informant qu’une femme venait d’être condamnée à recevoir cinquante coups de verges de bouleau, au milieu du jour ; Lazareff ajoutait que le gouverneur permettait que je fusse présent. Je finis alors de déjeuner et allumant une cigarette, j’allai flâner dans la ville pendant une demi-heure.

À onze heures et demie précises j’arrivai à la porte de la prison où Lazareff m’attendait. Après les compliments d’usage, nous franchîmes ensemble le sombre portail ; l’on referma derrière nous la lourde porte qui fit entendre un bruit sourd et prolongé ; nous prîmes alors un long corridor et entrâmes enfin dans une pièce qui se trouvait à l’extrémité. C’était la chambre de punition, elle était voûtée, de forme oblongue, éclairée par deux longues fenêtres grillées donnant sur une petite cour, le plancher était humide et l’air était froid bien que la journée fut assez chaude.

À l’extrémité de cette pièce, assis dans une sorte de chaire, un fonctionnaire de la prison tenait un registre ouvert devant lui ; à côté de cette chaire se tenaient deux gardiens.

À l’autre extrémité, sur une plate-forme élevée d’environ deux pieds, était placé un fauteuil en chêne.

Au milieu de la chambre, se trouvait une charpente massive montée sur quatre pieds. C’était le banc de flagellation — et comme je regardais l’horrible objet, je me disais que s’il pouvait parler, il en disait long et donnerait bien des détails sur les souffrances des infortunées victimes, hommes et femmes que l’on avait attachées sur lui pour y recevoir leur peine.

J’examinai donc ce banc tandis que nous attendions l’arrivée du gouverneur. Il avait sept pieds de long sur deux de large et deux de hauteur ; sur la partie inférieure, à l’un des bouts, était fixée une traverse. Une semblable traverse était fixée à la partie supérieure de l’autre bout. Ces traverses étaient munies de courroies pour fixer les poignets et les chevilles du patient étendu sur le banc.

Près de ce banc, il y avait une boîte étroite et longue, qu’ouvrit un des gardiens et dans laquelle je vis alors une grande quantité de verges de bouleau de toutes grandeurs et de toutes forces.

Le gardien en prit deux et Lazareff lui dit de me les laisser examiner.
- « Regardez, dit-il, ces verges dont on va se servir, vous voyez qu’elles ne sont pas aussi longues et aussi fortes que les autres dans cette boîte. Nous en prenons toujours d’aussi légères quand il s’agit de châtier des femmes. »

J’en pris une et l’agitai en la faisant siffler dans l’air ; cette verge avait environ deux pieds et demi de long et était faite de six branches vertes de bouleau toutes pleines de brindilles et couvertes de bourgeons. Ces verges n’avaient jamais servi et devaient terriblement faire souffrir si l’on s’en servait avec force.

Lazareff m’informa que la coupable se nommait Anna Petrowna, et qu’elle avait vingt-cinq ans. C’était une fille de ferme d’un village aux environs de Moscou et subissait la peine de sept ans de prison à la quelle elle avait été condamnée pour avoir blessé une jeune fille dans une querelle de jalousie.

Elle était en prison depuis un an et n’avait cessé de s’y montrer fort indisciplinée ; souvent elle avait été pour ses méfaits mise au pain et à l’eau ou condamnée à être enfermée en cellule, mais jusqu’à ce jour elle n’avait pas encore reçu les verges. La faute qui lui avait mérité cette dernière punition était : insubordination grave, conduite insultante vis-à-vis du gouverneur ; elle avait d’ailleurs frappé celui ci.

Le docteur m’apprit qu’il l’avait examinée le matin, qu’il l’avait trouvée en parfait état de santé et capable de supporter sa punition.
- Mais, lui dis-je, assez mal impressionné, ne pensez-vous pas que cinquante coups sont de trop pour une femme ?
- Pas dans son cas, me répondit-il froidement, elle est forte, d’une excellente santé, c’est une robuste fille de la campagne et parfaitement capable de supporter ce que nous allons lui faire. Du reste, vous allez la voir bientôt et vous pourrez l’examiner vous même si cela vous fait plaisir.

À ce moment, le gouverneur entrait dans la chambre et, après nous avoir salués, il alla s’asseoir dans le fauteuil de chêne placé sur la plate-forme. Puis se tournant vers le docteur et lui parlant en français, de façon à ce que je puisse comprendre, il lui demanda si Anna Petrowna était en était de subir sa peine.

Le médecin salua et répondit affirmativement. Alors le gouverneur alluma une cigarette et donna l’ordre d’introduire la condamnée.

Les hommes de service quittèrent la chambre et rentrèrent cinq minutes après avec la prisonnière. La lourde porte fut refermée ; la pièce contenait alors le gouverneur, le docteur, et moi, le fonctionnaire assis dans la chaire dont je vous ai parlé, les deux gardiens et la coupable. Je regardai celle-ci ; c’était une jeune femme bien découplée, d’environ cinq pieds, neuf pouces de haut, puissamment bâtie, et très développée. Elle ne portait pas de corset, ce qui laissait en toute liberté les contours de sa robuste poitrine saillir sous sa robe de coton, tandis que ses hanches se dessinaient nettement sous les plis de ses jupes étroites. Elle était blonde et sa longue et claire chevelure, nouée en une épaisse torsade, lui pendait dans le dos jusqu’à la ceinture. Sa complexion paraissait excellente et même cette femme était jolie, mais en ce moment sa figure avait une expression pénible et soucieuse, elle serrait ses lèvres épaisses et rouges, convulsivement. Très pâle, elle regardait tout autour de la chambre avec une expression de terreur dans ses grands yeux gris et enfin elle les arrêta sur les deux verges qui étaient étalées sur la table.

Je la vis frissonner ; les larmes lui vinrent aux yeux, ses lèvres commencèrent à trembler et ses seins se soulevèrent et s’abaissèrent avec précipitation. Elle était revêtue du costume ordinaire des prisonnières, de la robe en étoffe rayée bleu et blanc dont les manches s’arrêtaient à ses épaules, laissant à découvert ses bras musclés, mais fort bien tournés.

Lazareff s’approcha d’elle et lui tâta le pouls, puis il me demanda d’en faire de même. Je m’approchai donc et trouvai que bien que son pouls battit plus vite qu’il n’eut dû, à cause de sa terreur, il était plein et puissant ; sa peau était fraîche, la chair de ses bras très ferme, son physique était splendide et il n’y avait aucun doute qu’elle ne fut dans un état de parfaite santé.

Quand j’eus terminé mon examen, le gouverneur fit un signe aux gardiens qui saisirent aussitôt les bras de la femme et l’amenant près du banc la firent s’y étendre de tout son long le visage sur le banc de bois ; elle ne faisait aucune résistance.

Ses bras furent alors tirés dans toute leur longueur et fixés solidement de chaque côté du banc à la traverse ; il en fut de même de ses pieds que l’on tira fortement eu arrière pour attacher ses chevilles à l’autre traverse. L’un des hommes alors souleva les vêtements de la patiente jusque par dessus ses épaules ; sous la robe se trouvait un petit jupon de flanelle qui fut aussi relevé, on vit alors la rude mais blanche chemise, le gardien la souleva rapidement et comme la femme ne portait point de pantalon, elle se trouva nue depuis la ceinture jusqu’aux genoux.

Je voudrais essayer de vous donner une description de ce que je vis alors. Dans le cours de ma carrière comme homme et comme médecin, j’ai inspecté par plaisir ou par suite des exigences de ma profession les… postérieurs d’un grand nombre de femmes, mais jamais de ma vie je ne vis pareil étalage de chair féminine. C’était là pour la verge un magnifique « champ d’opération ». La croupe de cette femme était vraiment d’une largeur et d’une épaisseur effrayantes ; elle était aussi très grasse et toute pleine de fossettes.

Néanmoins, elle était d’une belle forme, les grandes demi-lunes se touchaient étroitement formant ainsi une ligne se courbant avec grâce depuis les reins jusqu’à la jointure des cuisses. La peau qu’éclairaient les rayons du soleil tombant à travers les fenêtres, était blanche et douce bien que le tissu n’en fut pas d’une grande finesse. Ses cuisses étaient massives et bien en proportion avec la grandeur de la croupe, tandis que ses mollets énormes paraissaient prêts à faire éclater les bas de laine bleue qui les couvraient. Elle avait des chevilles assez fines et pour une femme de sa corpulence, de petits pieds.

Pendant qu’on lui faisait subir les préparatifs de son châtiment, elle ne remua pas et ne fit pas entendre un seul mot, mais elle tremblait, sa poitrine s’agitait et de grosses larmes lui coulaient des yeux.

J’étais très frappé de la froideur et de l’indifférence méthodique que montraient les gardiens dans leur besogne. Il était évident que c’était là pour eux une chose habituelle. Bientôt tout fut prêt. L’un des gardiens, la verge en mains, se plaça au côté gauche de la patiente, attendant le signal du gouverneur pour commencer, et pendant ce temps, il faisait passer les doigts de sa main gauche à travers les branches de la verge en étalant soigneusement les brins.

La femme tourna la tête et fixa la verge ainsi hérissée ; les pupilles de ses yeux étaient dilatés et je remarquai qu’elle serrait les muscles de sa croupe à tel point que la séparation des fesses n’était plus qu’une ligne très mince et qu’elle avait la chair de poule. Le gouverneur fit un signe ; le fonctionnaire assis dans la chaire fit une marque sur son livre et en même temps dit à voix haute : « Un ! » et la flagellation commença. Le gardien ne fit pas vibrer la verge au-dessus de sa tête, mais l’éleva perpendiculairement et lui faisant décrire un arc de cercle la fit tomber d’un coup sec sur le haut de la croupe de la patiente, les branches raides sifflèrent en touchant cette chair si ferme. Le coup ne parut pas trop cruellement appliqué et cependant il avait bien porté, car de longues raies rouges parurent aussitôt sur la peau blanche de la femme, sa chair frissonna, elle tressaillit convulsivement, faisant entendre un gémissement sourd.

« Deux ! » cria l’homme dans la chaire faisant une autre marque sur son livre, le second coup tomba juste à côté de la place où le premier avait porté, des lignes plus rouges parurent aussitôt, la femme s’agita de nouveau et sa respiration devint haletante, faisant comme un sifflement à travers ses dents serrées.

« Trois ! quatre ! cinq ! six ! » La verge sifflait, déchirant l’air et s’abattant avec un bruit sec sur la chair de la patiente, qui gémissait sans s’arrêter mais qui n’avait pas encore articulé un seul mot.

« Sept ! huit ! neuf ! dix ! » Le gardien fouettait avec sûreté et méthode, abattant chaque fois la verge sur une place fraîche. Quand le quinzième coup fut appelé, toute la surface de la croupe était devenue rose et couverte d’ecchymoses aux endroits touchées par les bourgeons dont les branches étaient pleines. Les gémissements de la femme s’étaient changés en cris ininterrompus ; elle s’agitait convulsivement, remuant sa croupe et ses cuisses. La flagellation continua, la couleur rose de la peau se changea en écarlate et de longues raies livides se dessinèrent dans toutes les directions, tandis que la fesse droite sur laquelle venaient cingler les extrémités des branches de la verge, se couvrait de plus en plus de meurtrissures. La femme poussait des cris de plus en plus violents, et s’agitait avec plus de force à chaque nouveau coup.

Quand le vingt-cinquième coup eut été appliqué, le gardien s’arrêta, s’éloigna du banc. L’autre gardien, muni d’une nouvelle verge, vint se porter au côté droit de la femme.

Cet homme était gaucher et pouvait donc fouetter de droite à gauche de sorte que les deux côtés de la croupe de la coupable allaient aussi recevoir part égale du châtiment. Pendant que le changement d’exécuteur s’opérait, la femme tourna sa tête du côté du gouverneur et lui murmura au milieu de ses larmes et de ses sanglots un appel à la pitié. Le gouverneur ne fit pas même un signe et alluma dédaigneusement une cigarette.

Le docteur vint auprès de la patiente, lui tâta le pouls et déboutonnant le haut de son corsage, mit la main sur la poitrine à l’endroit du cœur mais il ne fit aucune remarque, de sorte que le gouverneur donna le signal pour continuer.

Le fonctionnaire cria donc de nouveau : « Un ! » et l’homme gaucher, tenant la verge de la même façon que son prédécesseur, commença à frapper.

La femme poussait maintenant des cris plus forts et plus perçants, tandis la verge s’abattait en sifflant sur sa croupe devenue d’une extrême sensibilité ; elle se débattait avec violence, tirant éperdument sur ses entraves ; son visage était cramoisi, et tout décomposé par la douleur ; elle grinçait des dents, ses yeux paraissaient prêts à sortir de leurs orbites, et la chair de sa croupe frémissait tandis qu’elle remuait les hanches de côté et d’autre. À un moment, elle redressa les reins, se tint en demi-cercle et quand la terrible verge s’abattit, elle s’écroula sur le banc avec un véritable hurlement. Ses contorsions devinrent même si violentes et si désordonnés qu’il y eut un moment où elle écarta largement ses cuisses. Ses cris devinrent tout à fait perçants, sa peau était d’un pourpre sombre, les raies qui la sillonnaient devenaient de plus en plus livides et des gouttes de sang commençaient à perler sur la surface.

Mais le gouverneur, avec calme, alluma une autre cigarette ; le fonctionnaire continua de compter les coups et le gardien manœuvra la verge sans le moindre signe d’émotion sur son visage stupide, tandis que dans la chambre voûtée résonnait des gémissements et des cris de la femme mêlés au sifflement de la verge de bouleau.

J’avais cru que je serais révolté par ce spectacle et je pensais aussi que la pitié me le rendrait insupportable. Il n’eu fut rien. Pour vous dire vrai, mon seul sentiment fut un violent désir sensuel pour la femme qui se tordait ainsi devant moi. Je me trouvai bientôt dans un violent état d’excitation incroyable et c’est avec bien du mal que je gardai pendant toute cette scène l’impassibilité nécessaire. Bien plus, je ressentais une curieuse et indéfinissable sensation de plaisir à voir la femme tordre sa croupe et à entendre ses cris.

Pour la première fois de ma vie, je ressentais une intense volupté que l’on m’avait dit être celle de l’homme qui voit flageller la croupe nue d’une femme.

J’avais jusqu’alors toujours été très sceptique sur le pouvoir aphrodisiaque attribué à la verge ; je vis par expérience que je m’étais trompé.

Quand la seconde partie de sa torture avait commencé, la femme ainsi que je vous l’ai dit, avait poussé des cris perçants, mais ils diminuèrent à mesure d’intensité pour ne plus être qu’un sourd et continuel gémissement. La fille continuait cependant à se tordre sous la souffrance. Je suis honteux d’en faire l’aveu, je me sentis désappointé quand j’entendis le fonctionnaire appeler « vingt-cinq ! » et que je vis le dernier coup tomber sur la croupe ensanglantée de la malheureuse.

Maintenant que la flagellation était terminée, toute la chair de cette femme, depuis les reins jusqu’aux cuisses était d’un rouge sombre et couverte d’un réseau de raies livides se croisant et s’entrecroisant dans tous les sens. De larges gouttes de sang coulaient sur les fesses.

Mes sensations se trouvaient confuses. J’éprouvais toujours un violent désir sensuel, et un sentiment de pitié s’y mêlait étrangement au plaisir que j’aurais ressenti en la voyant flageller encore.

Elle gisait sur le banc, gémissant, la respiration haletante. Le gouverneur secoua la cendre de sa cigarette, se leva de son fauteuil, me salua et sortit. L’un des gardiens rabattit les vêtements de la victime, tandis qu’un autre lui déliait les poignets et les chevilles. Le docteur lui tâta le pouls et je fis de même. Les battements en étaient lents et faibles et, passant ma main sur son front, je le trouvai couvert d’une sueur froide. Elle se leva du banc, mais sans aide et se tint debout, tordant ses reins et tremblant sur les jambes, tandis que des sanglots la secouaient tout entière.

Son visage était pâle et tiré, ses yeux étaient voilés et je crus un moment qu’elle allait s’évanouir, mais quand elle eut bu un plein verre d’eau que lui donna un des gardiens, elle se remit un peu, puis elle essuya avec son tablier son front moite et ses joues baignées de larmes et rassujettit le haut de son corsage.

Puis, d’un pas mal assuré, elle sortit lentement et avec peine de la chambre, entre les deux gardiens qui l’avaient flagellée.

Le fonctionnaire referma son livre et sortit aussi nous laissant seuls, Lazareff et moi.

Pendant ce temps, j’avais tout à fait recouvré mon sang-froid et je regardai Lazareff, attendant qu’il parlât.
- Eh bien ! dit-il, que pensez-vous de notre manière de punir nos réfractaires femelles ?
Si j’avais dit ma pensée, j’aurais répondu que c’était là un spectacle vraiment érotique mais comme le docteur avait posé sa question d’un air très sérieux, je répondis que je trouvais le châtiment trop sévère.
- Il a été sévère, répondit Lazareff, mais il eut pu l’être davantage. Le gouverneur aurait pu ordonner un plus grand nombre de coups et il eut bien fallu qu’elle les reçut ; tout cela vous parait barbare parce que vous n’avez pas l’habitude de voir fouetter une femme et j’ose dire que les cris d’Anna et l’aspect de sa croupe endolorie vous ont ému. Mais la douleur de flagellation — si sévère qu’elle ait été — passera bientôt, et Anna sera tout à fait remise demain. Les marques seules lui resteront plus longtemps. Maintenant, si vous le voulez, nous pouvons nous rendre à l’infirmerie, et voir comment elle se trouve.

Nous quittâmes la chambre et nous rendîmes d’abord à la pharmacie où le docteur prit une bouteille d’une lotion rafraîchissante et un large morceau de toile puis nous entrâmes dans la salle où on avait mené Anna.

Il y avait là une demi-douzaine de convalescentes, toutes vêtues d’amples peignoirs de flanelle bleue et quand elles nous virent, elles se rangèrent comme je l’avais vu faire aux autres prisonnières, au pied de leur lit. Nous les avions surprises au moment où elles examinaient la pauvre croupe d’Anna.

Nous trouvâmes celle-ci couchée à plat ventre sur un lit, tandis qu’une femme lui lotionnait avec de l’eau froide ses fesses endolories.

Je les examinai ; elles étaient toutes meurtries, d’un rouge sombre et sillonnées de raies livides, le sang coulait encore par endroits et passant ma main sur la chair de la patiente, je la trouvai brûlante. Puis je tâtai le pouls et le trouvai revenu à son état normal ; l’émotion du supplice avait en partie disparue et la face avait repris un peu de ses couleurs.

Lazareff humecta d’un peu de sa lotion la toile qu’il avait apportée, appliqua cette toile sur la croupe de la femme et lui dit gentiment quelques paroles qui amenèrent le sourire sur ses lèvres.
- Vous voyez qu’elle est tout à fait remise, me dit-il, elle a reçu certainement une vigoureuse fessée, mais les gardiens n’ont pas frappé avec trop de vigueur. S’ils l’avaient fait, vous la trouveriez dans un tout autre état ; la peau eut été déchirée et je devrais garder la malade de longs jours à l’hôpital. Tandis qu’elle ne se ressentira de sa peine que pendant quelques heures et cela n’aura pas de suites fâcheuses, bien que sa croupe sera sensible quelque temps et que la marche la fera un peu souffrir.

Laissant Anna reposer sur le lit où elle s’était couchée, placée sur le côté, nous quittâmes la salle et Lazareff me reconduisit à la porte de la prison en me souhaitant le bonsoir et m’invita à revenir le lendemain pour voir dans quel état se trouverait la patiente.

Je retournai à mon hôtel, repassant en mon esprit la scène dont j’avais été le témoin, évoquant avec un vif sentiment de plaisir sensuel, les divers incidents de la flagellation : La femme liée sur le banc, les gardiens relevant un à un ses vêtements, la révélation de sa croupe prodigieuse, ses contorsions, le tortillement de tout son corps sous les morsures de la verge tandis que sa peau blanche passait graduellement du rose à l’écarlate et enfin au cramoisi pour se couvrir bientôt des gouttes de rubis de son sang. Puis je pensais aux charmes plastiques d’Anna. Quel embonpoint savoureux, quelle chair potelée, ferme et si délicatement blanche. Je l’imaginais dans mes bras et savourais en esprit les trésors dont j’avais pu repaître mes yeux. Toutes sortes de pensées lascives me passèrent dans la tête et je finis par ne plus résister au désir de posséder une femme le soir même. Cela d’ailleurs ne m’était pas arrivé depuis près de trois mois.

Arrivé à l’hôtel, je déjeunai et m’acquis avec discrétion de l’adresse d’une de ces maisons hospitalières où les friands de plaisir peuvent frapper quand il leur plait.

La journée me parut d’une longueur désespérante, je n’eus aucun repos et restai dans un état incroyable d’excitation jusqu’à l’heure du dîner.

Quand j’eus terminé mon repas et fumé un cigare, je sortis pour flâner un peu dans les rues de la ville et dès que la nuit fut tombée je me dirigeai vers la maison que l’on m’avait recommandée comme étant la meilleure en ce genre dans la ville de Tomsk.

Je frappai à la porte qui me fut ouverte immédiatement par une jeune servante vêtue d’une façon très coquette et qui sans dire un mot m’introduisit dans une chambre vaste et confortablement meublée où elle me laissa. Deux minutes après, la dame du logis entra et nous échangeâmes nos saints de politesse. C’était une femme fort bien conservée, d’une mine enjouée et avenante ; elle devait avoir environ quarante ans et je fus tout heureux d’apprendre qu’elle pouvait parler français.

Elle me pria de m’asseoir et nous causâmes. Je lui dis que j’étais anglais et elle m’apprit qu’elle était née à Saint-Pétersbourg, mais avait vécu plusieurs années à Paris. Puis elle ajouta, en souriant :
- Je suppose que vous êtes venu pour voir mes filles.
- Oui, madame, lui répondis-je.
- Fort bien, je vais vous les amener.

Elle sortit et cinq minutes ne s’étaient pas écoulées qu’elle rentrait suivie d’un charmant bataillon de jolies femmes. Il y en avait dix. L’une après l’autre, elles vinrent me tendre la main, en inclinant gracieusement la tête, puis elles allèrent s’asseoir sur les chaises placées en cercle autour de la chambre, attendant que je veuille bien faire mon choix.

Toutes étaient jeunes, de dix-huit à vingt ans, vingt-six au plus, quelques-unes étaient fort belles. Leurs bras étaient nus et leurs corsages étaient si décolletés que je pouvais voir la ligne rosée séparant leurs jeunes seins et leurs robes descendaient à peine au-dessous des genoux montrant leurs jambes moulées dans des bas de soie de diverses couleurs et leurs pieds emprisonnés dans de fins souliers. Pas une d’elle ne savait dire ou comprendre un traître mot d’une langue autre que le russe.
- Maintenant, monsieur, me dit la maîtresse, que voulez-vous faire ? Je pense que nous saurons vous donner du plaisir quelle que soit votre fantaisie. Voudriez-vous deux ou trois de ces jeunes femmes ? Elles seront vos servantes.
- Oh ! une seule me suffira madame, répondis-je en riant.
- Comme il vous plaira. Que préférez-vous ? une grasse on une mince.
- Je la voudrais potelée, avec une croupe opulente.

Elle rit et dit :
- C’est bien, je pense avoir ce qu’il vous faut. Je vais vous les montrer toutes et vous pourrez choisir.

Elle dit quelques mots à ses filles qui ne montrèrent aucune surprise et se levant toutes allèrent se placer en rang, l’une près de l’autre en nous tournant le dos, puis elles relevèrent leurs jupes jusqu’à leurs ceintures et comme elles n’avaient pas de pantalons, je vis à l’instant tous leurs derrières nus.

Ces jeunes femmes étaient toutes bien faites, trois ou quatre d’entre elles surtout.

Les unes étaient corpulentes, les autres minces, il y en avait de grandes, de petites, et des carnations olivâtres, roses, roses-thé, roses-blanches. Toutes avaient de belles jambes et de belles cuisses ainsi qu’une croupe exquise. Je n’avais jamais vu dans ma vie tant de postérieurs féminins à la fois. C’était le plus charmant et le plus excitant des spectacles. Je ne pouvais conserver mon sang-froid à la vue de ces dix postérieurs si joliment étalés devant moi, tous de tailles et de formes différentes mais tous délicieux.

- Etes-vous décidé, maintenant, me dit la maîtresse avec un malin sourire, et elle se mit à marcher derrière son petit peloton en pinçant à chacune les fesses, comme pour me montrer leur fermeté.

Je laissais s’égarer mes yeux à plusieurs reprises sur le charmant étalage puis finis par m’arrêter sur le plus gras et le plus grand. Je le désignais à la matrone ; elle donna un ordre et toutes les jeunes femmes rabattant leurs robes, sortirent de la chambre, à l’exception de celle que j’avais choisie. Elle vint à moi en souriant et paraissant charmée de ma préférence.

C’était une grande belle fille, blonde d’environ vingt-deux ans dont la taille, l’embonpoint et toute la personne me rappelait Anna. La demoiselle avait des yeux bleus, de jolies dents blanches, de belles lèvres rouges. Elle était revêtue d’une robe blanche qu’entourait négligemment noué à la taille un large ruban bleu, ses bas étaient de soie bleue pâle, lui montant jusqu’au milieu des cuisses et elle avait d’exquises bottines à hauts talons.

Elle me fit signe de la suivre et quitta la chambre ; je la suivis à un étage supérieur et nous entrâmes dans une chambre à coucher assez vaste, bien éclairée et meublée avec élégance. Le lit était large et bas, sur le mur de côté se trouvait une large glace dont une autre glace placée sur le mur opposé répétait les reflets si bien que le couple qui se couchait là pouvait contempler ses ébats sans efforts. La jeune femme enleva ses vêtements et en quelques secondes se trouva nue devant moi, n’ayant gardé que ses bas et ses souliers. Sa peau était d’une finesse exquise, aussi blanche que du lait, ses seins étaient assez fournis mais très fermes, son ventre n’avait pas une ride. Je ne vous dirai rien des autres trésors de cette jeune personne ; qu’il vous suffise de savoir que c’était bien la plus charmante créature d’amour que l’on puisse rêver et telle que je n’aurais jamais cru pouvoir en trouver dans ce coin perdu de Sibérie.

J’eus bientôt fait de me mettre à l’aise également et je commençai à lutiner ma compagne. Puis la menant près du lit, je la fis s’étendre sur le ventre et pus contempler ainsi à l’aise sa croupe exubérante. Cette vue m’eut bientôt mis dans un état d’excitation des plus grands et je me sentis envahi d’un violent désir de faire rougir sous mes coups cette peau liliale.

Dans tous mes rapports précédents avec des femmes, une telle fantaisie ne m’était jamais entrée dans l’esprit mais la flagellation à laquelle j’avais assisté ce jour là m’avait emporté dans un nouveau courant d’idées lascives inconnues de moi jusqu’alors. J’en étais arrivé à penser que la croupe d’une femme était ce que l’on pouvait voir de plus beau dans son corps et que l’un des plaisirs les plus vifs que l’on pût goûter était de flageller cet endroit charmant ou de le voir flageller.

Je caressais donc de la main et pressais avec passion les souples et fermes hémisphères de cette croupe potelée, pendant quelques minutes puis me mis à lui donner de légères claques, avec le désir violent de tenir une verge en main pour frapper plus fort. Elle devina sans doute ce qui m’agitait, car elle sauta du lit et alla vers un meuble dont elle ouvrit un tiroir et où elle prit, à ma grande surprise et à ma grande joie une jolie petite verge de bouleau liée avec des rubans écarlates. Cette verge bien que d’un format réduit n’était pas un jouet. Elle me la mit en mains et vint se placer sur le lit de telle sorte qu’elle me tendait de la façon la plus provocante sa croupe nue, puis me regardant, elle me fit signe que je pouvais la fouetter.

Avec une sensation intense de plaisir, je commençai à fouetter la croupe si joliment étalée devant moi ; je frappai d’abord assez doucement, puis avec un peu plus de force, ce qui amena des couleurs roses sur la peau blanche. Puis voyant qu’elle ne bougeait pas, je lui appliquai de cinglantes et solides « dégelées » de coups de verge qui firent se dessiner de longues veines rouges. La douleur devait être assez vive, car elle se cabra et se mit à se tordre. Sa chair frissonnait à chaque coup involontairement, et elle levait les jambes l’une après l’autre ; elle serrait les poings et cachait sa tête dans les couvertures.

Je continuai à la fouetter à ce point qu’elle ne put supporter mes coups plus longtemps et qu’elle bondit avec un petit cri et portant ses mains à ses fesses. Ses yeux étaient pleins de larmes, son visage était tout défait par la douleur et ses lèvres tremblaient. Je crus qu’elle allait éclater en sanglots mais elle se calma. Essuyant ses larmes d’une main et frottant son derrière de l’autre, elle s’essaya de sourire et prononça quelques mots d’une voix tremblante.

Je m’étais tout à fait excité en fouettant la jeune femme, la sensation était nouvelle pour moi et voluptueuse au possible. Si elle avait été liée et à ma merci, nul doute que je ne l’eusse fouettée sans pitié jusqu’au sang. Cependant je suis loin d’être cruel et je ne puis expliquer pourquoi j’ai goûté un plaisir si intense à voir flageller Anna et pourquoi je me suis senti saisi du désir de fouetter moi-même une femme. Je suppose qu’il doit y avoir un étrange et mystérieux pouvoir dans la verge puisqu’après en avoir vu une seule fois faire usage devant moi, j’ai de suite été possédé par le démon de luxure cruelle et en même temps possédé par un intense désir sexuel.

Pour le moment je ne me possédais plus et je ne songeais plus qu’à posséder sur le champ ma chère victime.

Nous épuisâmes en peu de temps toutes les voluptés possibles. Quand nous eûmes repris nos vêtements, je fis un présent à la jeune femme qui me fit de grands gestes de reconnaissance — elle ne s’attendait sans doute pas à recevoir quelque chose. Je descendis ensuite au salon de réception ; j’y trouvai la maîtresse seule, elle me demanda en riant si j’étais satisfait.
- Oui, lui répondis-je, la jeune femme m’a beaucoup plu, mais je crains d’avoir marqué son joli derrière avec la verge qu’elle m’a donnée.
- Oh ! pas le moins du monde, me répondit elle. Toutes mes filles ont l’habitude de la verge. Bien des messieurs qui viennent ici sont fort épris de ce sport.

D’ailleurs, ajouta-t-elle en riant, la verge est une institution en Russie. On en fait usage dans tout l’empire, dans l’armée, dans la marine, dans les écoles, dans les familles, dans les prisons et dans les postes de police, et chacun, quel que soit le sexe, est plus ou moins exposé à ses coups. J’ai été deux fois très sévèrement fouettée dans un poste de police, une fois à Saint-Pétersbourg et une fois à Moscou. Ici, je fouette sévèrement mes filles chaque fois qu’elles ont commis une faute grave. Oh ! je puis vous assurer que la flagellation est presque aussi commune en Russie que le boire et le manger.
- Cela me parait exact, fis-je observer en souriant.

Nous réglâmes la question financière ; je trouvai ses prix fort modestes. Y compris une bouteille de champagne, le tout me coûtait seulement dix roubles, un peu plus de trente shillings en monnaie anglaise. L’amour et le fouet ne sont pas chers en Sibérie.

Je m’en retournai à mon hôtel, me disant que j’avais en somme passé une journée fort mouvementée et fort plaisante.

Le lendemain matin, je me rendis à la prison et fus conduit par un gardien à la pharmacie où je trouvai Lazareff préparant un remède pour sa malade. Après m’avoir serré les mains, il me dit : « Je n’ai pas encore vu Anna aujourd’hui mais je vais l’envoyer chercher et nous pourrons l’examiner ici. » Il donna un ordre à un gardien qui salua et sortit.

Cinq minutes après Anna rentrait dans la pharmacie, accompagnée d’une gardienne qui sur un signe de Lazareff quitta la chambre et nous laissa seul avec la malade.

Anna nous fit un salut profond et se tint droite devant nous. J’avais remarqué qu’elle marchait avec peine, mais son visage était bon. Il avait perdu sa pâleur et son air sombre et terrifié. Elle avait repris ses vives couleurs et ses yeux gris leur éclat. Vraiment c’était une bien belle femme et je ne pus me retenir de la fixer, en pensant que ce serait une joie sensuelle sans égale de pouvoir la posséder.

Elle remarqua mes regards qui la dévisageaient, baissa les yeux et se mit à rougir ; chose qu’elle n’avait point faite tout le temps qu’on l’avait flagellée, sa peine et sa terreur était alors trop grandes.
- Sa figure semble bien bonne, dit le docteur en lui tapant la joue, voyons si l’autre face est aussi bien.

Il lui dit deux ou trois mots, elle se tourna aussitôt et relevant ses jupes aussi haut que possible, elle nous présenta son superbe derrière.

Toute la surface, des reins jusqu’aux cuisses était encore très rouge, bien que l’enflure ait de beaucoup diminué. Les longues raies que j’avais remarquées après sa flagellation, ne faisaient plus saillies sur la peau, rouge et un peu enflammée. De même les ecchymoses faites par les bourgeons de la verge de bouleau étaient encore visibles. Des cicatrices commençaient à se former aux endroits où la chair avait été déchirée. Je les comptai et en trouvai trente ; quelques-unes avaient près de deux pouces de long. Posant ma main sur sa croupe, je trouvai la peau encore brûlante, assez rude au toucher, la chair devait être également encore très tendre. Anna se démenait et se reculait le plus qu’elle pouvait, tandis que je la touchais, et que je laissais se promener avec complaisance ma main depuis ses reins jusqu’à ses cuisses, j’ose avouer que je touchai cette chair potelée plus longtemps qu’il ne convenait pour un examen médical.

Le pouls de la malade était ferme et régulier, sa température était normale, et en somme, à, l’exception des marques elle ne se ressentait plus de la flagellation sévère qu’elle avait subie vingt-quatre heures auparavant.

Quand nous eûmes terminé l’examen en question, le docteur lui dit de rabattre ses jupons. Elle obéit et se tint comme tout à l’heure droite devant nous, mais elle semblait honteuse et jetait des regards timides de mon côté. Comme j’étais assez cruel à ce moment-là, je ne pus contenir le désir violent que j’avais de la voir encore flagellée devant moi.

J’étais tout à fait démoralisé, et la vue de la croupe plutôt effrayante de la pauvre Anna « défigurée », sillonnée de raies livides, au lieu d’exciter ma pitié, me donnait de violents désirs. Je pense bien que la jeune femme s’aperçut de mon agitation et qu’elle en devina les motifs, mais je ne crois pas que Lazareff ait rien remarqué. Il adressa quelques mots à Anna et celle-ci répondit avec une grande animation, frappant les mains et secouant la tête avec énergie. Puis il rappela la gardienne qui emmena la prisonnière.

Lazareff m’apprit alors qu’Anna avait dit que c’était la première fois qu’elle avait été flagellée et que cela l’avait fait tant souffrir qu’elle prendrait bien garde de rien faire pour encourir à nouveau une telle punition. Il ajouta : « Vous avez pu voir par vous-même qu’elle est tout à fait remise. Une flagellation de cinquante coups, convenablement appliquée, comme celle d’hier, ne peut causer aucun dommage à la santé d’une jeune et vigoureuse femme telle qu’Anna. Elle ne pourra pendant deux ou trois jours s’asseoir sans éprouver quelque gêne et dans une quinzaine au plus la dernière marque aura disparu. Je vais la garder aujourd’hui à l’infirmerie, mais elle ira travailler dès demain. »

Nous causâmes ensemble quelque temps encore de la discipline en vigueur dans la prison et il me rapporta de curieuses anecdotes touchant la verge et son usage. Il me dit qu’il avait constaté que durant ses vingt-cinq ans de service, il avait assisté à la flagellation de plus de mille condamnés, sur lesquels il y avait plus de trois cents femmes et jeunes filles.

Il me dit également qu’un mois auparavant, une des prisonnières nihilistes, une jeune et charmante femme qui avant sa détention avait tenu un rang dans la haute société de Saint-Pétersbourg, s’était vu liée sur le banc de torture et avait reçu vingt-cinq coups pour insubordination, précisément pour le même motif qu’Anna.

Je songeais à part moi que si j’eusse été présent, je n’aurais pu m’empêcher de trouver ce spectacle fort excitant.

Comme il n’y avait plus pour moi rien de particulier à voir, je quittai la prison et Lazareff m’accompagna à l’hôtel où il me tint société le reste de la journée et dîna avec moi.
Nous passâmes une soirée fort agréable et nous nous quittâmes avec mille bons souhaits.

Je fais en ce moment mes préparatifs pour mon départ pour Irkoutsk et pense pouvoir quitter la ville de Tomsk d’ici une couple de jours.

Il y a à Irkoutsk une prison et Lazareff m’a donné une lettre d’introduction auprès du médecin.

Peut-être aurai-je la chance de voir encore flageller une femme. Vous le voyez, je suis devenu un « fervent de la verge. »

Je termine ici cette longue lettre : je pense qu’elle vous amusera ! Quand j’aurai gagné Irkoutsk, je vous écrirai de nouveau et si j’assiste encore à quelque flagellation, surtout d’une femme, vous en aurez tous les détails.

Et maintenant à bientôt.

Bien sincèrement à vous.

DE X***

Voir en ligne : La Flagellation pénale

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.



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