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Curiosités et Anecdotes sur la flagellation

Vengeance de femme : Sarah Bernhard et Marie Colombier

Essai érotique (Librairie des Bibliophiles, Paris, 1900)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.


VENGEANCE DE FEMME.
SARAH BERNHARD ET MARIE COLOMBIER.

En 1883, parut l’ouvrage de Marie Colombier intitulé Les Mémoires de Sarah Bernhard avec Préface de Paul Bonnetain.

Ce livre fut diversement apprécié. Certains critiques le trouvèrent amusant ; d’autres s’en indignèrent. Mme Sarah Bernhard s’émut à bon droit de cette publication où elle était directement visée. Il s’ensuivit une polémique dont les suites eussent pu devenir très graves.

« Le Figaro » dans son numéro du 18 décembre 1883, relate ainsi les faits. Nous copions textuellement :

« C’est un abominable livre signé du nom d’une ancienne actrice, Mlle Marie Colombier, qui a amené toute la querelle, livre que personne n’eût voulu lire, certainement, si, à tort ou à raison, on ne s’était avisé de reconnaître dans l’héroïne mise en scène par l’auteur, une personnalité des plus en vue du monde dramatique, Mme Sarah Bernhard.

Depuis quelques jours déjà, à la suite d’un article très vif de Octave Mirbeau contre Paul Bonnetain, signataire d’une préface placée en tête du volume, des témoins avaient été échangés et un premier procès verbal avait été rédigé.

M. Bonnetain avait tenu à établir tout d’abord que, bien qu’ayant écrit la préface du livre il n’en était en aucune façon l’auteur. Ses explications admises, le duel fut décidé. Il a eu lieu hier matin, et M. Bonnetain a été blessé deux fois légèrement.

Si le livre de Mlle Marie Colombier n’eût pas eu d’autres conséquences, il est probable que nous n’en aurions pas parlé, mais le duel commencé entre hommes hier matin, s’est continué entre femmes, et dans quelles circonstances, bon Dieu !

Justement offensée par certaines allusions du livre de Mlle Marie Colombier, Mme Sarah Bernhard s’était rendue hier matin chez M. Clément commissaire aux Délégations Judiciaires, pour lui demander si la loi ne lui donnait pas le moyen de faire saisir le livre et d’en arrêter la vente.

Sur la réponse de M. Clément, qu’il fallait qu’elle introduisit un référé et qu’elle attendit ensuite la décision des juges, Mme Sarah Bernhard rentra chez elle.

Pendant ce temps M. Maurice Bernhard, jugeant que c’était à lui qu’il appartenait de venger sa mère avait couru au domicile de M. Bonnetain ; mais là, apprenant que celui-ci se battait le matin même, il avait changé d’avis et s’était rendu, 9, rue de Thann, chez Mlle Marie Colombier.
- Je ne m’abaisserais pas à frapper une femme, lui dit-il, mais je vous préviens que si jamais vous vous permettez de parler encore de ma mère, vous aurez affaire à moi.

De son coté, Mme Sarah Bernhard, renonçant à obtenir la suppression du livre avait voulu se venger d’une autre manière, et elle était partie, elle aussi, armée non d’une épée, non d’un revolver, non d’une mitrailleuse, mais d’une simple cravache pour se rendre chez Mlle Marie Colombier.

Au moment de son départ Mme Sarah Bernhard, furieuse, ne cacha pas son projet aux quelques amis qui étaient réunis chez elle, Mlle Antonine, M. Jean Richepin, et M. Kerbernhard, qui sachant bien où commence la colère d’une femme mais non où elle finit, sautèrent dans une autre voiture derrière elle, et la suivirent.

Arrivée rue de Thann, Mme Sarah Bernhard monta d’un trait à l’appartement, pénétra brusquement dans le salon, malgré la domestique, et trouvant Mlle Colombier, s’avança vers elle et lui adressa quelques épithètes dépourvues d’aménité en lui appliquant en pleine figure un violent coup de cravache.

Mlle Colombier n’était pas seule. Il y avait chez elle M. Jehan Soudan et Mlle Marie Defresne. Au moment où M. Jehan Soudan allait s’élancer sur Mme Sarah Bernhard pour la maîtriser, M. Jean Richepin qui venait à son tour de faire irruption dans le salon, le saisissait à la gorge et le tenait en respect. Quelques secondes après, M. Maurice Bernhard, M. Kerbernhard, et Mlle Antonine arrivaient à leur tour.

Quant à Mlle Colombier elle s’était enfuie poursuivie de pièces en pièces par Mme Sarah Bernhard qui enfonçait les portes, renversait les meubles, brisait les étagères cravachant toujours sa victime chaque fois qu’elle parvenait à l’atteindre. Enfin, Mlle Colombier réussit à s’échapper par un escalier de service, et Mme Sarah Bernhard, épuisée, mais vengée se retira.

En passant devant la concierge, elle lui tendit sa cravache en disant ;
- Elle me vient du Maréchal Canrobert, mais je la donne à Mlle Colombier, comme souvenir.

Une heure plus tard, Mme Sarah Bernhard répétait Nana Sahib à la Porte Saint-Martin. » (Cet article était signé JEHAN WALTER).

*
* *

D’autre part, il paraissait au commencement de 1884, une petite brochure qui, sous le titre Affaire Marie Colombier — Sarah Bernhard prenait violemment parti pour la première.

Voici d’après cette brochure (pages 6, 7 et suivantes) le compte-rendu de la scène :

« Une après-midi froide et brumeuse de la fin de décembre 1883, le quartier aristocratique qui avoisine le parc Monceau était mis en émoi par une rumeur éclatante.

Une horde de malfaiteurs, déguisés en gens du monde, s’étaient introduits dans une maison de la rue de Thann, trompant la vigilance du concierge, et, en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, avaient saccagé le coquet entresol habité par une actrice bien connue dans le monde artistique et littéraire, Mlle Marie Colombier.

D’aucuns prétendaient reconnaître dans ces faux gentlemen les débris de la fameuse bande de Neuilly, qui inauguraient par ce coup de force le nouveau théâtre de leurs exploits. Mais on avait aperçu une femme au milieu de la troupe ; et quelques pipelets, hochant gravement la tête, opinaient que ça pourrait être aussi bien des anarchistes, conduits par Louise Michel qui se serait évadée de Clermont. Et les commentaires d’aller leur train.

Ces suppositions et autres de même farine devaient être démenties par les journaux le lendemain. Mais comme en pareille circonstance, les mieux informés laissent toujours une trop large place à la fantaisie, il est bon de reconstituer les faits dans leur absolue vérité.

Ce jour-là — mardi 18 décembre — Mlle Marie Colombier, était dans son boudoir devisant tranquillement au coin du feu avec Mlle Marie Defresne, une ancienne camarade de l’Odéon, et M. Jehan Soudan venu en visite d’adieu avant son départ pour l’Espagne.

Rentre une femme de chambre qui annonce que trois messieurs demandent à parler à Madame.
- Trois messieurs ! s’exclame M. Jehan Soudan, en se tournant vers Mlle Marie Colombier. Ah ! ça, ma chère amie, vous avez donc encore des créanciers ?
- Mais non !… Mais non !…

Et s’adressant à la camériste :
- Quels sont ces messieurs ?

La femme de chambre sort et revient presque aussitôt.
- Madame c’est Monsieur Maurice et deux de ses amis, Stevens et M. Kerbernhard.
- C’est bien. Faites entrer.

La porte se rouvre, et les trois jeunes gens pénètrent dans le boudoir. Mlle Marie Colombier se lève. M. Maurice Bernhard s’avance, la canne à la main, mais visiblement déconcerté par la présence de deux étrangers sur lesquels il ne comptait pas.
- Qu’y a-t-il, Monsieur, pour votre service ? demande Mlle Marie Colombier.
- Madame, bégaie Maurice, j’ai à vous, dire que… que vous êtes… une fille !
- Vous êtes le fils de Mme Sarah Bernhard ; je n’ai rien à dire.
- Oui, Madame, vous êtes une fille… et je vous cravacherai partout où je vous rencontrerai !
- Mais qu’attendez-vous ?
- Non, Madame, pas maintenant… je… je ne suis pas assez en colère.
- Il me semble que vous l’êtes suffisamment.
- Plus tard, Madame,… en public … quand il y aura beaucoup de monde.
- Vous trouvez qu’il y en a pas assez ici ?
- Madame, reprend l’adolescent interloqué vous n’êtes qu’une fille !
- Vous l’avez déjà dit.

À ce moment la camériste rentre en criant :
- Monsieur Stevens père demande son fils en bas, tout de suite.

Le jeune homme appelé disparaît, laissant patauger l’infortuné Maurice.

Celui-ci sentant son ridicule, se bat les flancs et tâche de se ménager une sortie à effet.
- Madame, s’écria-t-il, si vous avez un ami qui veuille prendre votre défense, je suis prêt à me battre avec lui.

Mlle Marie Colombier voyant Jehan Soudain faire mine de s’avancer vers le jeune homme :
- Je ne permets, à qui que ce soit, dit-elle de me défendre.
- Si j’ai une querelle avec Mme Sarah Bernhard, qu’elle s’adresse à moi ; une femme en vaut une autre.

Il ne reste plus au jeune Maurice et à son fidèle Achate qu’à se retirer piteusement, lorsque M. Kerbernhard avise, accroché au mur, le dessin dont Willette a illustré la couverture de Sarah Barnum ; il l’arrache violemment et en brise le cadre sous ses pieds.

De nouveau, Jehan Soudan veut intervenir. Marie Colombier l’arrête :
- Je vous le répète, pas plus avec Monsieur qu’avec tout autre, je ne veux qu’on prenne ma défense.

Là-dessus, Maurice et son compagnon s’éclipsent.

Mlle Marie Colombier et ses deux serviteurs commentent avec force rires cet incident grotesque. Mlle Marie Defresne surtout se désolait plaisamment :
- Eh bien ! j’ai de la chance, moi. Il y a deux ans que je ne t’ai pas vue, et quand je viens chez toi, c’est pour tomber juste au milieu de cette petite scène. Mon compte est réglé, va ! À la prochaine distribution de rôles à l’Ambigu, je peux m’attendre à une jolie panne : ils vont me faire doubler une bonne dans Pot-Bouille !

Tout à coup, un bruit de voix dans l’antichambre interrompt la conversation. On entend une bousculade. Marie Colombier ouvre la porte du boudoir, et se trouve en face de Mme Sarah Bernhard, qui fait irruption une cravache d’une main, un poignard de l’autre. Derrière elle, se précipitent M. Jean Richepin, brandissant un long couteau de cuisine, puis M. Maurice et son cousin M. Kerbernhard.

M. Jehan Soudan s’élance entre les deux femmes et donne à Mlle Marie Colombier le temps de disparaître dans le salon contigu au boudoir et de refermer la porte derrière elle.

Une lutte s’engage. Mme Sarah Bernhard trépigne ; M. Jean Richepin, échevelé, roulant des yeux féroces, se rue sur le journaliste en criant :
- Toi, je te tire les boyaux du ventre !…
- Nana-Sahib, quoi ! répond l’autre, gouailleur, tout en cherchant à désarmer le poète forcené.

Richepin se dégage ; puis il court vers la porte du salon à la poursuite de la fugitive. La porte, en s’ouvrant, fait une cachette à Marie Colombier, dans l’ombre du salon, sous les plis de la portière et les rideaux d’une fenêtre voisine. La bande prend sa course, sur les talons de Richepin, à la recherche de l’ennemie invisible, mais non introuvable, puisqu’elle fut découverte dans son coin par M. Kerbernhard qui eut la présence d’esprit de ne rien dire.

Il n’est pas bien certain — entre parenthèse — que Richepin, lui aussi, n’ait aperçu, en passant, la victime désignée à son « surin » de justicier. Mais comme son rôle n’impliquait pas une tentative de meurtre pour de bon, il est probable qu’il a feint, comme son acolyte, de n’avoir rien vu.

M. Jehan Soudan, inquiet sur la disparition de Mlle Marie Colombier, et préoccupé de protéger sa retraite, défendait la porte contre les assaillants.

Mme Sarah Bernhard, cependant, renversait les fauteuils, bousculait les meubles, affolée, hagarde, criant :
- Où est-elle ? que je la tue ! que je l’éventre !

On déboule dans la salle à manger ; une assiette est décrochée du mur et mise en pièces.

M. Richepin, d’un coup de pied, enfonce la porte du cabinet de toilette — qui n’était même pas fermée à clef ; — on fouille la chambre à coucher, au milieu de laquelle Sarah s’oublie un instant à regarder curieusement les tentures ; mais, se rappelant aussitôt qu’elle est furieuse elle se rue sur la garde-robe, déchire et piétine les costumes ; puis, rencontrant la femme de chambre effarée au milieu de ce désordre :
- Mille francs si vous me dites où elle est !

Peine perdue. Buisson creux. Bredouille. La bande, traversant de nouveau l’antichambre, regagne piteusement l’escalier. Au bruit de la porte qui se referme, Mlle Marie Colombier, qui, de son coin, avait suivi les péripéties de la poursuite, sort de derrière les rideaux qui l’abritaient. »

Maintenant que nous avons soumis à notre lecteur les deux versions de cette récente anecdote, à lui choisir celle qui lui semblera la plus vraisemblable, à moins toutefois qu’il n’attache foi ni à l’une ni à l’autre.

Voir en ligne : La flagellation dans les mœurs anglaises

P.-S.

Texte établi par Nathalie Quirion et EROS-THANATOS.COM d’après l’essai érotique de Jean de Villiot, Curiosités et Anecdotes sur la flagellation, Librairie des Bibliophiles [Charles Carrington], Paris, 1900.



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