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La Flagellation à travers le monde

Vision nocturne

Le fouet à Londres (Première partie : chapitre V)



Auteur :

Mots-clés :

Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (In-8°, 220 pages).


V
VISION NOCTURNE

Dans la grande salle à manger, à la vive clarté des lampes, Lady Helling se retrouva auprès du colonel, dont la place habituelle était à sa droite.

La conversation fut ce qu’elle est toujours au début d’un dîner, indifférente et banale, les propos courant, légers, d’un bout de la table à l’autre. Les jeunes gens et les jeunes filles, paraissant un peu las de leur expédition, faisaient d’enthousiastes descriptions des sites parcourus.

Le colonel alors annonça qu’il avait le regret de devoir dire adieu à l’assistance charmante dont il garderait un inoubliable souvenir. Il ajouta qu’il penserait souvent à la si gracieuse hospitalité de Lady Helling pendant le voyage qu’il comptait entreprendre prochainement, et dont le projet le forçait, trop tôt, hélas, à s’arracher à la douce existence dont l’aimable maîtresse de maison savait entourer ses hôtes.

Lady Helling éprouva une commotion violente et, sous le masque souriant qu’elle se composait à grand-peine, elle se sentit pâlir.

Quoi ? Elle avait à ce point offensé le colonel ? Elle jugeait bien, à la façon dont il martelait ses phrases, qu’elles lui étaient dictées par la rancune. Mais aussi, ce geste exaspérant d’audace et d’impudeur, ce contact dont rien, semblait-il, ne l’avait prévenue, pouvait-elle s’y attendre ? Alors que son étreinte l’avait vaincue, que son baiser l’avait enivrée, que cette première caresse l’avait anéantie, il avait eu cet égarement de mauvais aloi, cette hardiesse déplacée de la forcer… Elle frémissait encore d’indignation au souvenir de cette scène.

Le dîner fut cordial, cependant, mais l’atmosphère si sympathique de l’après-midi paraissait avoir été troublée par un choc inconnu des convives. Il y avait comme un léger changement dans l’air ambiant. La jeunesse conservait son entrain, mais il régnait autour une sorte de gêne, presque de la froideur, que personne ne songea peut-être à s’expliquer et que l’on put mettre sur le compte de la température un peu orageuse ce jour-là.

Ce changement subit, seuls Lady Helling et le colonel étaient en situation de se l’expliquer.

La soirée terminée, après de vigoureux shake-hands, chacun regagna ses appartements.

Les émotions de cette journée avaient bouleversé Jenny.

Elle se sentait prise de malaise, respirant avec peine, en proie à une véritable souffrance nerveuse. Elle voulut prendre un flacon d’eau de mélisse qu’elle laissait généralement à sa portée, et, ne le trouvant pas à sa place, elle se souvint de l’avoir prêté à Margaret la veille. Au milieu de la vie agitée que l’on menait au château, la jeune fille, distraite, avait oublié de le rapporter.

Jenny ne voulant pas, à cette heure, sonner sa femme de chambre pour une chose sans plus d’importance, monta chez les jeunes filles, entra par leur cabinet de toilette.

Elle crut à un éblouissement, à un rêve. Elle porta la main à ses yeux pour s’assurer qu’elle y voyait bien et que ce cauchemar était bien la réalité.

Le gaz très baissé dans le cabinet laissait Jenny dans la presque obscurité. La chambre, au contraire, était pleinement éclairée et, par l’entrebâillement de la porte, une grande glace lui reflétait ce cruel tableau :

Le lieutenant Robert Master entrait avec précaution par la porte de la chambre, la refermait soigneusement derrière lui.

Ethel et Margaret se jetèrent dans ses bras : leur étreinte dura longtemps.

Jenny était terrifiée. Il lui semblait qu’une main de fer l’étreignait à la gorge.

Un cri rauque, vite étouffé, s’échappa de sa poitrine. Ses yeux seuls vivaient. Elle regarda, magnétisée, ne pouvant, malgré sa volonté, s’enfuir.

Le jeune homme se dévêtit lentement de son pyjama, non sans mille folies, mêlées de caresses et de rires.

Ethel s’étendit sur le lit, semblant, malgré les encouragements de sa chère Margaret, ne point être sans crainte, mais le jeune homme ne lui laissa guère le temps de se débattre ; il la prit, en vrai maître, non sans égards, mais avec une douce fermeté, tandis que son amie la dévorait de baisers, lui disant quel plaisir elles goûteraient toutes deux après cette épreuve.

Jenny haletait, ses yeux se voilaient ; elle résista, elle resta ; elle resta là plus d’une heure, partagée entre la douleur, le dégoût, une curiosité ardente, la colère et le désir.

Mais à la fin, le spectacle devint tel que Jenny, brisée, folle de la fièvre qui la brûlait, secouée par des sanglots, ne put y tenir davantage. Elle se dirigea en tâtonnant sur le palier de l’escalier, puis en suivit la rampe, et, rasant la muraille, arriva à la porte du colonel.

Elle ouvrit.

Il y avait de la lumière, le colonel, en pyjama, fumait des cigarettes, fenêtres ouvertes.

À l’aspect de Jenny, il ne put retenir un cri de surprise.
- Vous, maintenant, à cette heure ? Pourquoi ?… Qu’avez-vous ? Qui vous a mise en cet état ?

Jenny ne pouvait répondre.

Secouée de sanglots, les cheveux dénoués, se tordant les bras, elle vint tomber au bord du lit, en proie à une crise nerveuse, dont aucune puissance, semblait-il, n’aurait pu calmer l’intensité.

Boldman eut un sourd grondement de joie. C’était la proie qui venait s’offrir d’elle-même.

Il bondit, courut fermer la fenêtre, prit Jenny par la taille, l’étendit sur le lit, se mit en devoir de la dévêtir. Il agissait froidement, déboutonnant d’une main habile le haut du peignoir. Mais, déjà, jenny, ouvrant les yeux, le repoussait en criant.

Le contact de la chair tiède, de la gorge haletante, sous la fine chemise, avait affolé Boldman.

Brutalement, il lui mit sa large main sur la bouche et, d’un seul coup, tirant sur le peignoir, fit sauter les boutons, la découvrant tout entière.

Dans le désordre de ses sens, Jenny se souvint du cauchemar qui l’avait tant troublée le premier soir de leur nouvelle rencontre, et cette vision la galvanisa.

Elle vit le visage cruel penché sur le sien, tout près, si près que l’haleine de Boldman lui brûlait les joues. Elle voulut se redresser, mais le colonel était d’une force herculéenne, et cette force, décuplée par la passion, la réduisit à l’impuissance.

Il l’étendit à nouveau, lui maintenant les jambes et, comme il l’eût fait d’un enfant, la retourna sur le ventre, vint s’agenouiller sur elle. Puis il resta, un instant, immobile.

Jenny, terrifiée, releva un peu la tête, et, les yeux pleins de larmes, d’une voix entrecoupée par les sanglots :
- Vous êtes un misérable, lui cria-t-elle, que voulez-vous ?… Laissez-moi…
- Je veux vous calmer, répondit-il, vous guérir.

Il regardait tout autour de lui, cherchait sa cravache, indécis, ne voulant pas lâcher sa victime. Le hasard le servit. La cravache était encore sur la table de nuit où il l’avait posée en rentrant de sa promenade.

Alors, rassuré, ii se retourna sur le dos de Jenny, s’y installa, l’étreignant entre ses cuisses nerveuses. Mais les jambes restaient libres. Jenny les agitait follement, les découvrant et les voilant tour à tour. Des mots inarticulés sortaient de la gorge de la pauvre femme et la crise intense de ses nerfs surmenés lui causait des souffrances allant jusqu’à faire, de ce qui eut été des cris, une sorte de râle.

Le colonel, sûr de sa force, ne se pressait pas.

Il savait que Jenny ne pouvait lutter, qu’elle s’épuisait en vains efforts. Pourtant, il fallait immobiliser ces jambes qui l’empêcheraient de se livrer à sa besogne de flagellant.

Il tira le coin du drap, le tordit, en fit un lien solide et, prenant les pieds de Jenny, les attacha.

Et, lentement, comme on lève le rideau sur les scènes tragiques, il remonta jusqu’à lui le bas du peignoir.

Sous l’étoffe transparente de la chemise, le corps de Jenny paraissait nu.

Boldman eut un petit frisson.

Des souvenirs de volupté, des raffinements de sa vie de débauche envahirent en une seconde sa cervelle en fièvre, puis, dans ce tourbillon furieux, une pensée se fit jour, l’enflamma tout entier. Un autre… un autre avait possédé dans sa fleur cette chair dont la maturité splendide lui faisait deviner qu’elle en avait pu être la jeune grâce, fragile et douce… Il prit la cravache et frappa.

Un cri déchirant jaillit des lèvres de Jenny.

Mais le bourreau, délirant de colère et de luxure, maniait maintenant la cravache sans arrêt.

Presque étouffée sous son poids, la taille prise entre les cuisses de Boldman, la malheureuse hoquetait.

Au bout d’une minute cependant, il s’arrêta, mais ce ne fut que pour varier son jeu cruel.

Par des chatouillements savants, il la fit passer instantanément à un rire convulsif, puis déchaîné, la troublant alors par des caresses dont la science savait provoquer ou éloigner le spasme.

L’heure était venue de couronner cette opération diabolique, il desserra son étreinte. Jenny, folle, devenue en un moment la bête terrible et en proie à une rage des sens jusque-là inconnue d’elle, se releva, étreignit son bourreau, les yeux égarés, les lèvres meurtries, où perlaient les gouttes de sang de ses propres morsures. Les narines battantes, elle était bien la bacchante affolée et lascive, telle que son maître l’avait rêvée, et, hurlant de désir, elle le supplia, les sanglots dans la gorge, de terminer son martyre et de se donner à elle. Le colonel la jugea prête au sacrifice, et, fier de sa victoire, la prit, domptée et ardente, la soumettant à ses caprices, la traitant à la fois en esclave et en maîtresse désirée depuis longtemps.

Jenny, rendue à elle-même, se trouva brisée mais satisfaite. Elle s’endormit.

Lorsqu’elle s’éveilla auprès du colonel, la chambre était toute ensoleillée. Elle sauta du lit, revêtit son peignoir qu’elle retrouva à grand-peine, et ayant prêté une oreille attentive aux bruits du dehors pour savoir si la retraite lui serait possible, elle s’enfuit, étouffant le bruit, pourtant léger, de ses pas…

Voir en ligne : Chapitre VI : Amours de Valet

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le roman érotique de Jean de Villiot (Hugues Rebell), Le fouet à Londres, roman-étude de moeurs anglaises, La Flagellation à travers le monde, Éd. C. Carrington, Paris, 1906 (in-8°, 220 pages).



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