C est dimanche !

Discussions autour des principaux auteurs de la littérature érotique : le marquis de Sade, Restif de la Bretonne, Léopold von Sacher-Masoch, Andrea de Nerciat, Hugues Rebell, Pierre Louÿs, etc.

Modérateur: agonie363

C est dimanche !

Message par agonie363 » Dim 8 Juin 2008 09:32

Pour se détendre en ce jour saint , il me semble interessant de s interroger sur la présence du sacré dans la littérature érotique. En effet , le corporel , l acte, décrit de l 'érotisme à la pornographie prend en fonction des situations et de la fameuse dichotomie bien/mal ou d ' éventuelles morales un sens religieux. Ainsi , les références religieuses dans les textes érotiques peuvent être
d ordre parodique (toute la période sadienne, les récits de couvent, l utilisation du discours religieux au nom , oh non du plaisir , (pour un dimanche matin je m applaudis désolé ) l acte bestial renommé par une périphrase divine, changeant par ce fait la substance de l action
d'une communion avec le sacré venant fusionner , transcender ou briser le religieux
les textes religieux eux mêmes (sans citer le Cantique des Cantiques, efficace certes mais clichesque , d autres passages dans la Bible existent voyons ) , ou naturellement les mythologies, avec les cosmogonies libidineuses, sachant que la littérature classique érotique mèle avidement la théologie au rexte de mortels.

Une confession ou un passage biblique pour illustrer mes propos?

Requiescent in Pace Dies Dominicam.
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Re: C est dimanche !

Message par eros-thanatos » Dim 8 Juin 2008 13:16

agonie363 a écrit :Une confession ou un passage biblique pour illustrer mes propos ?


Un article biblique ? :lol:
:arrow: Kant avec Sade disponible au Saint du fameux “Pas-tout-Lacan” de l'École lacanienne :
:arrow: http://www.ecole-lacanienne.net/pastoutlacan60.php

Je suis sûr que Porneros nous fera un plaisir de le commenter rapidement ;)
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Re: C est dimanche !

Message par eros-thanatos » Dim 8 Juin 2008 15:37

agonie363 a écrit :il me semble interessant de s'interroger sur la présence du sacré dans la littérature érotique.


Ci-dessous un extrait des Délices du fouet (Chapitre 21) de Jean de Villiot alias (en l'occurrence) Hugues Rebell :

Jean de Villiot a écrit :- À ton âge, fit-elle, tu es déjà un si passionné flagellomane ?
- Chère miss Bobby, c'est à vous que je dois cette belle passion, vous êtes mon initiatrice.
- Flatteur ! tu oublies tes sévères gouvernantes, qui t'ont fait connaître les verges bien avant que je ne t'aie connu.
- Mes sévères gouvernantes n'étaient rien à côté de vous, qui êtes une magicienne. C'est vous qui avez allumé dans mes veines les flammes divines, c'est vous qui m'avez ouvert les portes du paradis.
- Tu avais cette passion dans le sang, fit miss Bobby, car tu trouves dans la douleur ressentie, le charme de la domination. L'origine de ce sentiment est religieux ; c'est le besoin de l'être humain, de se soumettre à une puissance supérieure et divine. Dans le polythéisme, cette divinité était souvent féminine. L'amour étant une adoration, mêle l'admiration du beau à celle de la puissance, créant une source d'ivresse sans bornes, ivresse où la douleur s'unit à la jouissance. C'est la déification de la femme par une soumission fanatique à sa volonté.
- Miss Bobby, dis-je, on ne peut pas mieux définir cette passion, et n'est-ce pas déplorable que ceux qui ne la comprennent pas, la considèrent comme une aberration honteuse ?
- Il y aura toujours des profanes pour se moquer des belles et bonnes choses qu'ils ne savent pas goûter, repartit la gracieuse jeune femme. Notre passion est du domaine des intellectuels, des artistes, des poètes et des amoureux vibrants, c'est un suprême hommage à la beauté, et un raffinement d'amour délicat.


En suivant Hugues Rebell pourquoi rester à cette dichotomie catholique et ne pas faire remonter ce ça-crée aux divinités maternelles et au matriarcat comme un érotisme refoulé — et faisant retour — par la bi-n'homme Patriarcat-Monothéisme.

:D ,
e.-t.
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Re: C est dimanche !

Message par Porneros » Lun 9 Juin 2008 17:34

Je ne connaissais pas Hugues, mais y'a d'ça, forcément !

Le mythe matriarcal est le plus refoulé qui soit... Attention aux symptômes, ils ne sont pas queue mono-patriarcaux, ils peuvent aussi être violemment cyniques -hipparchiques, devrais-je dire !-, violence féminine qui, s'appuyant sur l'Autre, retourne la puissance phallique contre le mâle désemparé... C'est ce qu'on retrouve du côté de Despentes et d'autres féministes... Bien sûr, y'a un appui sur le mythe de la pornê (que j'ai abondamment commenté par ailleurs, mais j'y reviendrais !). Face à ces retours du refoulé, y'a l'acceptation de la Déesse-Mère, et là, nous entrons dans le mythe de la pas-toute, dans ses possibilités mystiques, et dans les secrets de la pornê... C'est un peu ce que j'étudie en ce moment : la voie mystique face à la voie hipparchique, où est la le plus grand trésor épanouissant ? A suivre !

Mais le "ça-crée" est bien loin de çade ! En ce qui concerne c't'affaire là, y'a plusieurs analyses : philo, psycha, littéraires... En tout cas, ça n'est pas une simple parodie, ni même un renversement trop simple du bien en mal : c'est la logique kantienne de non-contradiction poussée à l'extrême ! Chez Kant, l'impératif catégorique se base sur l'universalisation de nos maximes morales, selon la logique axiomatique : dictature de la raison humiliant le sensible (le corps), bref sadisme avant la lettre... La principale différence est que chez Kant, les trois instances (auteur, législateur et acteur) sont la même personne alors que chez Sade, ce sont SA (Saint-Ange) D (Dolmancé) et E (Eugénie) ! Cela forme, bien sur, en abyme, le seul Sade, dans son fantasme de jouissance absolue... mais, respectant tous les principes philosophiques kantiens, redéfinissant (merci Lacan pour cette formule !) l'impératif catégorique en "'je peux jouir de tout corps' peut me dire quiconque" (clivage signifiant/signifié !), la notion de référentiel bien ou mal est dépassée (invalidée) par la voix qui commande tout en subissant (base du sadisme) : puisque l'impératif catégorique (commandement moral) est le cri de ma "victime" (celle dont je jouis), alors non seulement il n'y a pas de contradiction, mais en plus, il y a un véritable rapport à l'autre -éthique- (ce qu'il n'y a pas chez Kant)... Dans ce fantasme çadien, le jouisseur n'a plus qu'a légiférer selon ses maximes... Bien sur, l'erreur pathologique est de plaquer l'autre sur l'Autre (la victime sur le commandeur !), mais cela a le mérite de montrer la faille principale du système kantien : son oubli de la différence désir/jouissance, et donc, de la puissance du fantasme... Chez Kant, comme chez Sade, y'a "apathie" recommandée, donc, impossibilité et du désir ("le seul désir restant est le désir de ne rien désirer" nous disait déjà Lacan à propos des Stoïciens) et de la liberté (selon la première définition kantienne de celle-ci qui semble, ici, refoulée)... Où est la solution ? Dans le partage du manque !
Porneros
 
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