On m'a demandé, il y a quelques temps déjà, pourquoi j'avais choisi une image de cet "horrible" film de P.P.Pasolini : "Salo".
Je l'ai choisi car je pense que c'est un film extraordinaire et fondamental. Pasolini a toujours dénoncé le fascisme sous toutes ses formes et c'est en cela que le film est une réussite. Il s'est librement inspiré des "120 journées de Sodome" de D.A.F de Sade. Dans le livre, l'action se passe dans les Alpes Suisses. Si Pasolini choisit la ville de Salò en Italie c'est que c'est de là qu'est parti le fascisme italien avec Mussolini. Je vous ferai d'ailleurs remarquer que ce film demeure d'une extraordinaire actualité. Regardez ce qui se passe en Italie mais aussi en France. C'est un film politique. Dur, très dur à voir mais une fois de plus indispensable.
J'ai vu "Salò" la première fois (oui, oui, j'ai osé le voir plusieurs fois) à l'âge de 19 ans. Il y a donc 22 ans. Ce fut une révélation qui a tant conditionné mon engagement politique que mon oeuvre littéraire. Je vous livre le poème que j'ai écrit à cette époque en sortant de la salle de projection :
Salò
(à Pier Paolo Pasolini)
Sous le grand chapiteau de la ville de Salò,
Quatre adorables fils de salauds.
Une petite fille reçoit des excréments à la petite cuillère
En hommage à ses caprices de petite écolière.
Des larmes de sang coulent le long de ses joues.
Les fruits de l'humiliation mûrissent aux soleils des tabous.
Sodomisations en réponse aux passions.
La pureté et l'innocence sont salies dans ce bastion.
Le reflet du Duce rie du foutre, ci et là dispersées,
La nouvelle race des mutants est bien avancée.
Frustré, le bourreau se transforme en victime,
Parmi la foule, c'est l'ovation.
Les cercles enfernels instaurent leur régime,
L’anarchie des libertins est l’ultime révolution.
Une caresse se faufile, là où le membre viril octroie de sa puissance
Afin que l'engouffre une bouche encore puérile, vierge de jouissance,
"Mort à Dieu et que le dépucelage en âge d'ignorance
Soit une affaire de sévices pour l'oppressé
Et de plaisirs pour l'oppresseur."
Déclare Donatien Alphonse François
Marquis de la Bite fière de soi.
Nombrilisme et égoïsme de celui qui torture,
L’enfance se bafoue dans les murmures,
Le fascisme papal traduit son latin
Et donne la leçon suivante au petit matin :
"J'aime beaucoup ton cul et ma semence !
Mais l'amour trop limité, pour devoir s'embarrasser de l’élégance,
Me voit forcer de te dégoûter des plaisirs de la chaire
Et te nourrir, ad eternum, à la merde de tes dignitaires."
Les maquerelles dansent le cul découvert,
Racontent leurs exploits avec les pervers,
Leur langue offrant leurs plus beaux vers.
En fin de spectacle, Justine et Juliette sont décapitées,
Verge en con, sans avoir connu l'orgueil de la virginité.
Viols, inceste, dépucelages, masturbations,
Maîtres, victimes, crimes et punitions,
Sont les atouts du théâtre d'Aristote,
Censuré par les puritains et les dévotes,
Chef-d’œuvre du cinéma cru,
Aux Sades Manières de la mare aux culs.
