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Rubrique : {Récits érotiques}

Récit érotique

Les belles endormeuses

Une expérience de mort imminente sexuelle et une renaissance

Le dimanche 14 novembre 2021 par Myriam Brunot

Myriam Brunot, « Les belles endormeuses », Récit érotique, Eros-Thanatos, Paris, novembre 2021.

Les belles endormeuses

Christine

Après une mésentente de quelques mois, je revois mon amie Christine [1], professeure de « littérature alternative » dans une université de second-ordre qui racole des étudiantes paresseuses en leur proposant des sujets de thèses universitairement corrects tels que « La déconstruction du mâle », « Les grandes heures de la castration », « La décolonisation féministe du genre » et « L’éthique-esthétique du transexualisme ».

Son domaine, presque réactionnaire, étant « l’érotisme féminin libéré de la domination patriarcale », elle puise allègrement dans mes œuvres complètes pour illustrer ses cours, auxquels cela m’amuserait d’assister. Bon, ça m’apporte du lectorat. Elle m’entreprend sur un ton ironique.

- Tu continues toujours à pisser en public [2] ?
- Non, j’ai changé de fantaisie. Et toi, tu montres toujours tes fesses aux photographes pour mecs impuissants ?

Il faut savoir que les professeurs d’université travaillent au plus 35 heures par mois, à moins qu’ils ne se fassent mettre en « sabbatique » pour effectuer d’interminables « recherches » de nature masturbatoire qui n’intéressent même pas leurs collègues !

- Je travaille dans un bordel secret, Les belles endormeuses. C’est une allusion au roman de Y. Kawabata, Les belles endormies : dans une « maison de thé », les filles droguées sont mises, endormies, à la disposition de clients fortunés ; par malheur, l’une d’elles ne se réveille pas ! (Je connaissais, mais les profs aiment s’écouter parler !) Nous, c’est le contraire.

- Vous gardez vos clients pour la nuit ?
- Oui, et même plus, pour le « passage ».
- Je ne comprends pas.
- As-tu lu Maupassant ? Sa nouvelle L’endormeuse décrit « L’Œuvre de la Mort Volontaire », philanthropique, et instituée pour mettre fin aux suicides par noyade qui polluent la Seine.

- Mais encore ? [Je n’ose pas deviner.]
- Nous offrons un « passage » orgasmique aux clients qui le souhaitent, et il y en a beaucoup.
- Vous les…
- Ceux qui le désirent ! Tu connais le face-sitting ?
- Oui.
- Donc tu imagines comment nous faisons. Après des entretiens… approfondis jusqu’à fond de vagin ! Cela permet de vérifier la solidité de leurs motivations thanatophiliques. Certains renoncent et préfèrent en rester aux plaisirs naturels.
- Et si le client persiste ?
- Je lui donne 400 mg de [3]. Il bande à mort. Et pas au figuré ! Je me branle à fond sur sa bite tellement douloureuse d’être raide qu’il n’arrive pas à jouir. Une fois sur deux, le cœur flanche [4]. Autrement, et c’est ce que je préfère, je m’assieds sur sa figure, je plante son nez dans mon cul, il râle de plaisir (?), sa langue s’affole dans ma vulve et bientôt il étouffe car je lui écrase les lèvres avec ma chatte baveuse [et soyeuse car soigneusement épilée, comme j’avais pu l’apprécier]. Auparavant, je l’ai attaché par les chevilles et les poignets pour le cas où il tenterait de se débattre. Mais c’est trop tard ! Sa décision a été prise et formulée. S’il cherche encore de l’air, je l’écrase un peu plus. En cinq minutes, c’est fini. Cinq minutes c’est long, il ne faut pas faiblir ! Je continue cinq minutes de plus pour assurer le coup. Hitchcock a dit que c’était difficile de tuer [5]. C’est faux ! C’est jouissif de sentir un type étouffer, s’affoler, regretter peut-être sa décision, et soudain, plus rien !
- Et pour évacuer le corps ?
- À deux filles, on descend le macchabée à la cave. Une porte blindée ouvre sur d’anciennes carrières. Ce sont nos catacombes et les rats finissent le travail. Il n’y a jamais eu d’enquête. On n’accepte que des hommes isolés.
- Et comment ils viennent à vous ?
- L’une de nous trois connaît un psychiatre. Il nous envoie des cas que la chimie n’arrive pas à calmer de leurs pulsions suicidaires.
- C’est qui vos clients ?
- Des intellectuels. Les paysans et les artisans en faillite vont plutôt se pendre. Les amoureux trahis ou déçus se jettent sous le métro. J’ai eu à traiter un français fasciné par L’Empire des Sens, le grand film érotique de N. Oshima. Il l’avait vu plus de 50 fois. Il a voulu que je l’étrangle avec une cordelette rouge et que « j’aille jusqu’au bout. Sinon, ensuite, ça fait trop mal [6] ». Je l’ai fait, c’était difficile. Sa figure était violette ! L’étouffer, le nez coincé entre mes grosses fesses, aurait été bien plus facile ! Un japonais a même voulu se faire seppuku, et que je l’aide à se finir ! J’ai refusé, je ne voulais pas saloper les draps avec son sang et ses boyaux [7].
- Et des femmes ?
- Oui, nous en avons, mais ce n’est pas moi qui m’en charge. Je ne pourrais pas !

Nous nous embrassons afin de retrouver le goût de nos anciennes étreintes.

- Si on ouvrait un sauternes pour se changer les idées ?

Un mystique

Un mois plus tard, Christine me propose de rencontrer son nouvel ami. « Il est bizarre. Ça te donnera des idées pour tes petits récits. [Pourquoi « petits » ? Toujours ce mépris universitaire ! Elle les utilise pourtant pour ses cours !] Illuminé, mais pas méchant. Il se nommait Jean-Yves, mais il se fait appeler Hikari, soit Lumière en japonais. On prononce Hikali. [Je le savais !] »

Nous nous présentons. À peine sommes-nous assis qu’Hikari me regarde, exalté.

- Elle m’a raté.

Christine s’attendait à cette déclaration.

- Oui, il s’est réveillé !
- Pourquoi vouliez-vous en finir avec la vie ?
- Que t’importe Myriam ? Je suis born again, je viens de renaître, dans la Lumière. Je découvre la Création, la Vie, Gaïa et le Bonheur, grâce à Christine, c’est ma seconde mère, elle donne du Sens à ma Vie. Nos orgasmes sont océaniques !

Diantre ! Il se lance dans une explication érotico-mystique qui m’évoque une bande-dessinée pleine de monstres visqueux.

- J’étais plongé dans une bulle de liquide, tiède et glaireux. Comme Jonas dans l’intestin de sa baleine, je rampais dans un étroit boyau de chair palpitante. Un long tunnel au bout duquel j’apercevais la Lumière, éblouissante, au sortir d’une caverne étouffante. Centimètre par centimètre, je tentais d’avancer, comme dans ces rêves où les pieds sont englués, ce qui empêche de fuir un danger. Collé au plafond comme une araignée, je voyais ma chérie astiquer sur mes lèvres et mes dents les lèvres pulpeuses de sa chatte imprégnée de son miellat floral. Elle m’avait lié au lit, pour qu’à sa disposition, je souffre, comme le Christ...

Christine me lance un regard qui confirme son avertissement ! Hikari continue.

- Sans pitié, elle se branlait en enfonçant mon nez dans son anus de velours musqué. [Christine semble gênée, bien qu’elle m’ait fourni des détails de ce genre.] Plus je souffrais, car ses ongles étaient plantés dans mes organes virils, plus je sentais que j’allais renaître à la Lumière Perpétuelle. Renaître sur une plage déserte, bercé par le ronflement des vagues s’écrasant inlassablement sur le sable du rivage en apportant des méduses et des étoiles de mer. [Il manque juste les cocotiers !]

La lumière a faibli, je me suis retrouvé dans une obscurité glauque et fétide, comme si la baleine allait m’excréter parmi ses déjections.

Le visage de Christine s’est approché du mien. J’ai poussé le vagissement du nouveau-né qui émerge d’entre les cuisses de sa mère, les poumons encombrés de liquide amniotique. Et j’ai perçu la puissance de l’Amour de l’Univers et de tous les êtres, et de la Vie hors du Temps. Le magnétisme amoureux a scellé nos lèvres… et l’Amour nous lie désormais comme le lierre au tronc de l’arbre qu’il a choisi d’étouffer.

Christine doit connaître ce discours.

- Et depuis ?
- Je suis un Hypersensible. C’est une épreuve que de sentir dans la rue toutes les douleurs et les angoisses de tous ces pauvres êtres, tout proches moi, et même des chiens. Leurs douleurs fermentent et empoisonnent leurs sangs ! Un soir, je me suis retrouvé dans le métro serré contre une jeune fille joyeuse d’avoir bien baisé. Son bonheur m’envahissait et j’ai senti en moi monter comme un orgasme. De plus, je percois les douleurs physiques aussi bien que morales. Approche-toi Myriam !

Les yeux fermés, il s’empare de mes poignets pour me prendre simultanément les deux pouls, comme le font les médecins chinois. Il monte lentement ses mains sur mes bras, palpe mes muscles, presse mes veines à la saignée des coudes, mes épaules, mes carotides, et, je m’y attendais, mes seins libres sous la soie d’une de mes robes les plus sexy que j’avais mise pour faire honneur à mes visiteurs.

- Myriam, tu es saine [langage de maquignon], je n’ai pas senti en toi le début de cancer que je soupçonnais [Ah bon !], tu bois un peu trop [et alors ?] mais il manque un homme dans ta vie. Je n’y sens que des femmes perverses [grimace de Christine] qui te conduiront à la pire déchéance.

J’ai du mal à ne pas éclater de rire. Il reprend son souffle et sort de son extase hypnotique, il oublie son diagnostic et nous parlons de tout et de rien.

Épilogue

Christine a perdu ses apétissantes rondeurs. Son visage est fatigué.

- Il m’épuise. Il devine tout, je ne sais pas comment. « Ton client, tu l’as passé ! Il a un peu résisté ! » ou bien « Tu l’as bien baisé celui-là, il reviendra t’enfiler ! » Devant mes amies, il recommence à chaque fois le récit de sa « renaissance ». Il faut que tu m’aides !
- Comment ?
- Devine. Il m’a répété que tu avais besoin d’un homme. Nous nous mettrons à deux.

Sur la recommandation de Christine, j’ai mis une robe de pute, épaules et dos nus, avec des fentes qui offrent de jolis aperçus sur mes seins et sur mes cuisses. Mon ami le grand miroir m’a dit que j’étais bandante. Comme pute, Christine n’est pas en reste. À trois, nous vidons deux bouteilles. Hikari se colle à moi. Je souhaite en finir au plus vite.

- Hikari, votre énergie vitale est communicative.

Empoignant mon sein, il m’attire à lui et nos lèvres se joignent sous le regard approbateur de Christine. Sans préliminaires inutiles, nous nous dirigeons vers la chambre. Hikari s’allonge sur le dos, je lui mordille les couilles et je lui suce le gland. Nous ne l’avons pas lié au lit, il avait compris. Christine s’accroupit sur son visage. Elle écarte ses fesses pour enserrer le nez d’Hikari au fond de son sillon culier. Ses lèvres luisantes et charnues astiquent celles d’Hikari qui semble s’en régaler, pendant que je continue mon travail sur sa bite. Christine s’assied de tout son poids sur le visage écarlate, des soubresauts manifestent une vaine volonté de survie mais je lui bloque les jambes et les bras. Quelques dix minutes plus tard, tout est vraiment fini.

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Rubrique : {Confessions érotiques}

Confession érotique

Premières approches

Il faut bien commencer un jour…

Le lundi 13 septembre 2021 par Jacques Lucchesi

Jacques Lucchesi, « Premières approches », Confession érotique, Sept. 2021.

Premières approches

Il l’a branchée dans un bar de son quartier, un samedi soir à l’occasion d’une séance de karaoké. Il lui a offert une bière puis un whisky-coca qu’elle a bu sans se faire prier. Et comme ils ont seize ans tous les deux, ils ont parlé de tout et rien, de leurs vies monotones dans cette commune grisâtre du nord, de leurs projets d’évasion, d’un avenir qu’ils voudraient bien sûr passer sous le soleil du Midi. À observer ses pupilles brillantes et les sourires qu’elle lui décoche entre deux rêveries à voix haute, il pense qu’il a un ticket avec elle. C’est pour cela qu’il se risque à lui proposer de venir chez lui : puisque ses parents sont absents durant ce week-end… Il est déjà tard et ça lui évitera de devoir traverser toute la ville à pied pour rentrer chez elle. La nuit, les rues ne sont pas très sûres ici. Elle accepte, non sans réticences car elle a un peu peur de lui. Et puis c’est la première fois qu’elle découche. Mais, comme il le lui dit gentiment, il faut bien commencer un jour.

Premiers baisers dans le salon en écoutant de la musique. Il lui propose une autre bière qu’elle refuse, car elle est déjà pompette et ne veut pas aller plus loin. Il se sent frustré et le lui reproche mais, finalement, il se résigne à la laisser dormir seule dans sa chambre. Lui, il restera sur le canapé, c’est d’accord. Néanmoins l’envie de cette jeune beauté, là tout près, ne le lâche pas de la nuit : les hormones sont bouillonnantes à cet âge. Et, au petit matin, tandis qu’elle sommeille encore, il vient se coucher près d’elle. Sans la brusquer il s’introduit doucement dans sa fente, car elle est nue sous sa chemise. Ses secousses la font gémir ; elle proteste faiblement : non, non… Mais il est tellement excité qu’il a déjà joui en elle. De toute évidence, ce n’était pas désagréable pour elle aussi.

Maintenant il se repose contre son flanc et elle ne le repousse pas. Comment pourrait-il imaginer que, dans moins de quarante huit heures, deux policiers vont venir l’arrêter à son domicile pour le placer en garde à vue ? Comment peut-il penser qu’il est, pour la loi française, un violeur ? Lui qui n’a exercé aucune violence physique contre elle. Lui qui ne voulait que lui faire l’amour et la couvrir de douceur.

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Rubrique : {Récits érotiques}

Récit érotique

Gynocratie

Chantal aime bien le cunnilingus.

Le dimanche 1er novembre 2020 par Jacques Lucchesi

Jacques Lucchesi, « Gynocratie », Récit érotique, novembre 2020.

Gynocratie

Parvenue au bout de la longue rue piétonne, devant un bel immeuble ancien, Chantal s’immobilisa quelques secondes : c’était donc là que ça se passait ? Elle se mordillait les lèvres, hésitait à presser le bouton de l’adresse relevée sur Internet. Un instant, elle songea à rebrousser chemin, regarda à droite et à gauche puis, finalement, céda à sa curiosité. Après tout les hommes en avaient bien profité pendant des siècles. Une voix masculine plutôt haut perché lui répondit par l’hygiaphone :
- Oui, bonjour.
- Bonjour. Je viens pour l’annonce.
- Cinquième étage à droite, juste en sortant de l’ascenseur, madame.
- Merci.

La lourde porte s’ouvrit et Chantal, surprise par le charme désuet du hall d’entrée, s’engouffra dans la cabine à l’arrêt. L’ascenseur démarra lentement. Seule face au miroir central, elle en profita pour ramener une mèche auburn sur son front, massa légèrement les cernes sous ses yeux. Finalement, elle n’était pas si mal que ça pour une femme de soixante six ans. Elle pouvait encore plaire. Si ce salaud de Gérard ne l’avait pas plaquée pour une jeunette de trente ans sa cadette, elle ne se serait jamais aventurée dans un tel lieu. Mais à présent qu’elle était seule, qu’est-ce que ça pouvait bien faire !

L’ascenseur stoppa avec mollesse. Dehors, elle chercha en tâtonnant le commutateur. Devant la porte fatidique, elle se demanda pourquoi la plaque professionnelle désignait un salon de prêt-à-porter. Avant que l’allusion malicieuse ne fit sens dans son esprit. Elle sonna, perçut le bruit d’un pas vif derrière. Un homme plutôt grand et mince lui apparût qui l’accueillît avec un chaleureux sourire :
- Entrez, je vous prie.

Sa belle chevelure blanche indiquait qu’il devait avoir, lui aussi, une soixantaine d’années, quoiqu’il soit encore fringuant. Néanmoins Chantal se disait qu’elle n’était pas venue pour rencontrer un homme de son âge. Mais celui-ci la rassura aussitôt :
- Ne craignez rien, madame. Il y a des garçons plus jeunes que moi pour satisfaire nos clientes. Permettez-moi quand même de vous dire que vous êtes l’une des plus belles femmes à avoir passé cette porte.
- Merci.

Le visage de Chantal s’illumina. Décidément, il avait du style, il savait y faire, le bougre.
- Si vous voulez bien me suivre dans la salle d’attente. Là vous pourrez feuilleter notre catalogue. Tous nos garçons ne sont pas là aujourd’hui mais je suis certain que vous trouverez quand même votre bonheur. Naturellement tous les rapports sont protégés.

Au fil des pages qu’elle tournait machinalement, elle découvrit la dizaine d’étalons stipendiés de la maison. Ils avaient tous entre vingt-cinq et trente-cinq ans ; tous étaient bronzés et body-buildés à souhait, même s’ils n’avaient pas tous un visage intéressant et encore moins cette petite flamme dans le regard qui la faisait toujours craquer. D’emblée elle écarta les crânes rasés et les tatoués, se concentrant sur deux profils d’hommes plus classiques. Chris, un grand brun aux yeux clairs et aux lèvres ourlées aurait été parfait pour ce qu’elle était venue chercher ici ; mais, malheureusement, il ne travaillait pas le vendredi. Quant à Yann, moins baraqué mais bien monté – si elle en croyait la notice -, il avait des traits fins et des yeux malicieux qui ne la laissaient pas insensible, même si la blondeur de sa chevelure la faisait un peu hésiter. Décidément ce goût des bruns ne la quitterait jamais. Lui, au moins, il était là aujourd’hui.

Elle était toujours indécise, passant d’un profil à un autre, quand l’entremetteur revint pour lui demander si elle avait fait son choix :
- Yann me plaît bien, mais pas autant que Chris. Dommage qu’il soit absent.
- Il ne vient que le mardi et le jeudi après-midi. Comme vous l’imaginez aisément, il est très demandé. Mais Yann est aussi très bien. Il a fait des études de psychologie et il sait très bien répondre aux attentes de nos clientes. Je vous le recommande pour une première fois.

Chantal leva les yeux vers son interlocuteur qui lui souriait toujours. Quand le vin est tiré…
- Eh bien c’est d’accord pour Yann. Je le prends pour une heure.
- Très bien madame. Cela fera donc 150 euros. Vous réglez comment ?
- En liquide, si vous voulez bien.
- Pas de problème.

Elle lui tendît deux grands billets, un vert et un orangé. Si on lui avait dit, quand elle avait vingt ans et tous les hommes à ses pieds, qu’elle paierait un jour pour ça…
- Merci madame. Je vais chercher Yann. Vous verrez, vous ne le regretterez pas.

Le distingué maquereau revint, deux minutes plus tard, accompagné de son Giton. Un beau garçon blond, en effet, même s’il avait moins de magnétisme que le brun. On devinait une musculature bien dessinée sous son léger tee-shirt blanc. D’emblée, il décocha un sourire charmeur à sa cliente :
- Bonjour. Je suis Yann. Et vous ?
- Chantal.
- Joli prénom, très féminin. Je sens que nous allons bien nous entendre. Si vous voulez bien me suivre.

Elle se leva et fit quelques pas à ses côtés : un mètre quatre-vingts ou guère plus, mais il était vraiment bien gaulé :
- Nous allons aller dans la chambre 12, au fond du couloir. C’est la plus tranquille. Et puis, comme vous l’entendez, les autres sont prises.

De discrets et brefs soupirs de plaisir perçaient par les cloisons : de quoi mettre dans l’ambiance les arrivantes.
- Nous y sommes. Si vous voulez bien entrer…

Chantal, non sans un pincement au cœur, découvrît une chambre propre et bien rangée : rien qui n’évoquait un lieu de débauche. C’était plutôt rassurant. Yann commença à ôter son tee-shirt. Rien à dire : ses pectoraux et sa ceinture abdominale valaient le coup d’œil.
- C’est la première fois que tu viens, Chantal ? On peut se tutoyer maintenant ?
- Bien sûr. Oui, c’est ma première fois.
- Et tu as des goûts particuliers ?
- J’aime bien le cunnilingus.
- Pas de problème. Je te demande simplement une petite toilette avant.
- C’est vrai que tu as un sexe de vingt-cinq centimètres ?
- C’est vrai. Mais ça dépend aussi de toi.

Lentement, il dégrafa la ceinture de son jean, tira la fermeture Eclair et prit doucement Chantal dans ses bras. Elle soupira d’aise au contact de son buste doux et musclé.
- Laisse-toi aller, ma belle. Je suis ici pour satisfaire tous tes désirs.

Alors sa main se referma sur le génitoire imposant du garçon. Des frissons parcouraient son dos. Face à lui elle oubliait les décennies qui les séparaient ; elle retrouvait une audace dont elle ne se croyait plus capable. Jouir, jouir, par toutes les connexions de son cerveau, par tous les pores de sa peau.

Quand elle sortit de la chambre une heure plus tard, ses joues étaient encore rosies par l’orgasme et une lueur extatique se prolongeait dans son regard.
- Alors, madame, ça a été ? Lui demanda avec malice l’entremetteur.
- C’était parfait. Vous ne m’avez pas menti sur les charmes de Yann.
- Dans ce cas, revenez nous voir quand vous voudrez.
- Merci. Au revoir.

Ce n’était pas une vaine formule de politesse. Car Chantal savait bien, la porte à peine franchie, qu’elle reviendrait dans cette maison de plaisir. Plutôt un mardi ou un jeudi, la prochaine fois. Voilà une expérience qu’aucune femme, avant elle, n’avait faite dans sa famille. L’égalité sexuelle était maintenant une certitude pour elle.

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NOTES :

[1Voyez ma nouvelle « La santé est une prison » sur Atramenta.

[2Fine allusion à « Mon étrange plaisir ».

[3Les hommes de 40 ans et plus bénissent Pfizer pour la découverte du citrate de sildénafil, et maintenant pour celle de son vaccin bienfaisant.

[4Voir « Jeunes et jolies », l’excellent film de François Ozon.

[5« J’ai voulu montrer combien il est difficile, pénible et long de tuer un homme. » https://www.lexpress.fr/culture/cinema/4-le-crime-etait-toujours-parfait_495132.html.

[6Réplique du film.

[7Lire la nouvelle « Patriotisme » de Y. Mishima qui s’est lui-même ouvert le ventre en public en 1970.


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